vendredi 19 novembre 2010

Nord-Kivu : des chiens pour dissuader les violeurs



À Nyanzale, au Nord-Kivu, des femmes se font accompagner au champ par des chiens pour se protéger des violeurs qui sévissent toujours dans la région. Les aboiements et les morsures de ces gardes du corps se révèlent assez efficaces.
Le chien, meilleur ami de la femme ? Depuis environ six mois, en tout cas, il est devenu un de ses plus dissuasifs défenseurs autour de Nyanzale, une localité à 120 km au nord de Goma (Nord-Kivu). Dans ces localités sous contrôle des rebelles rwandais, situées dans ce que l'ONU appelle des "zones rouges", une vingtaine de femmes se font désormais accompagner de leurs chiens quand elles vont aux champs pour éviter de se faire violer.
Depuis Kimia 2, la traque lancée en 2009 par le gouvernement congolais contre les Forces démocratiques pour la libération du Rwanda (FDLR), plusieurs villages ont en effet été victimes en représailles, de tueries et de viols. L'insécurité règne à Nyanzale, où les déplacés de guerre ont trouvé refuge. En plus des FDLR, principaux violeurs, des civils ont également pris l’habitude d'abuser physiquement des femmes dans les champs.
Les maris assistent sans pouvoir rien faire à la banalisation de ces actes odieux. Décidées à ne pas se laisser faire, les femmes utilisent donc des chiens. Ces derniers les accompagnent et leur servent de gardes du corps. Lorsqu'ils voient un intrus, ils aboient. Pour Furaha, c'est un signal de détresse : "Une femme est à danger : il faut fuir". Si leurs agresseurs les rattrapent, "les morsures que le chien peut leur infliger constituent une dissuasion efficace", ajoute Uwera. La dernière fois qu'elle a été victime d'un viol, c'était en juillet dernier. Elle s'est depuis procuré un chien.

Protection limitée

"La femme qui nous les a fournis avait été agressée deux fois dans son champ en l'espace de trois mois ! Depuis que son chien a mordu un brigand qui tentait de la violer, elle partage son expérience", dit-elle. En quatre mois, Uwera a déjà ainsi été sauvée à trois reprises par son chien. Mais, celles qui ont adopté cette protection savent qu'elle est provisoire et limitée. "Qu'est-ce qu'un chien peut faire devant un homme armé ?", interroge l'une d'entre elles. Allusion aux viols perpétrés à Kalembe, son village d’origine, considéré par les déplacés comme le quartier général des FDLR. Une inquiétude présente également dans le rapport d’octobre 2009, intitulé Trop de pertes, pas assez de résultats : l’impact des opérations anti-FDLR sur les civils dans l'est de la RDC et ce que l'Union européenne devrait faire. Quinze ONG internationales signataires y notaient que "le prix payé par les civils est bien trop élevé en comparaison des modestes résultats de la stratégie militaire actuelle". À partir des chiffres des Nations unies, elles résument ainsi "le coût de Kimia 2 pour les civils" : "Un civil tué, sept civils violés et 900 civils déplacés de force pour chaque combattant FDLR désarmé avec succès."
Une insécurité qui justifie, d’une part, le maintien d’une quarantaine de camps de déplacés au Nord-Kivu dans lesquels les femmes sont mieux protégées que dans les "zones rouges". Et, d’autre part, l’arrestation en France, en octobre dernier, du secrétaire exécutif des FDLR, après celle, fin 2009 en Allemagne, de son président, Ignace Murwanashyaka et du vice-président Straton Musoni, accusés de crimes de guerre et crimes contre l'humanité. Callixte Mbarushimana est poursuivi par la Cour pénale internationale pour "crimes commis à grande échelle" à l'est de la RD Congo en 2009 et 2010. Il devra répondre notamment de 300 viols imputés aux FDLR en août 2009, sur les 15 000 signalés, la même année, au Nord et au Sud-Kivu.

Vers la fin de l'impunité ?

Après le rapport de l’Onu sur les crimes commis en RD Congo de 1993 à 2003 et l’arrestation de Callixte Mbarushimana, des enseignants d’universités se demandent si le vent ne serait pas en train de tourner pour les auteurs de ces violences. Localement, Justine Masika, présidente d'une plate-forme de 35 ONG de Goma dénommée Synergie des femmes pour les victimes de violences sexuelles, est moins optimiste. Selon elle, la fin des viols n'est pas encore d'actualité, puisque, précise-t-elle, les auteurs de ces crimes circulent encore librement. Les arrêter serait la meilleure façon de "rendre justice aux victimes des conflits dont les tenants et les aboutissants leur échappent", ajoute cette femme, Prix Tulipe 2008, un prix décerné chaque année par le gouvernement des Pays-Bas à un activiste des droits humains.
En attendant, aller au champ avec son chien reste, pour l’instant, l’unique façon de se protéger pour les femmes de Nyanzale.

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