jeudi 2 décembre 2010

Afrique à la Une : consternation et inquiétude en Côte d’Ivoire

Toujours aucun résultat du second tour de la présidentielle. La CEI avait trois jours pour les annoncer. Le délai a expiré tout à l’heure à minuit. Que va-t-il se passer maintenant ? La question agite toute la presse ivoirienne et de la sous-région.
Sur le plan formel tout d’abord, le quotidien L’Inter  constate qu’il ne « reste plus qu’un seul schéma. Celui de la récupération du dossier par le Conseil constitutionnel. Organe recours,affirme-t-il, pour trancher tous les contentieux sur les élections. (…) Il revient dès maintenant au président de ladite institution, Paul Yao N’dré, et ses conseillers de statuer sur ce qui a dû causer le blocage des résultats à la CEI afin de trancher et donner le verdict des élections. Ce travail juridique, relève L’Inter, va incontestablement porter sur la validation ou non du scrutin dans certaines zones du Nord où le camp présidentiel et certains observateurs ont eu à dénoncer des empêchements de vote, des actes de violence et des intimidations. Ce sujet épuisé, le Conseil constitutionnel pourra finalement épiloguer sur les décomptes des voix pour déclarer le vainqueur du scrutin. Une décision très attendue dans les heures et jours qui suivent, mais avec beaucoup de crainte. Vu les passions qui se ravivent déjà dans les deux camps adverses où d’aucuns ont vite fait de combler l’incapacité de la CEI en se proclamant déjà victorieux. »
Vers des moments difficiles ?
En attendant, triste constat : la Côte d’Ivoire est plus que jamais déchirée… « Après huit ans de crise, l’on constate aujourd’hui que les acteurs politiques ivoiriens n’étaient pas sérieusement prêts pour sortir les populations du gouffre par des élections », déplore L’Intelligent  . « Une semaine, après leur face à face, l’on constate que les propos mielleux des deux candidats en faveur des populations n’étaient que de la poudre aux yeux, poursuit le journal. Parce qu’aucun candidat n’avait prévu de perdre cette élection. (…) Ce n’est pas ce que les Ivoiriens souhaitaient et attendaient des politiciens, s’exclame L’Intelligent. La mort, la terreur, la psychose, le couvre-feu, les Ivoiriens n’avaient pas dû envisager une telle atmosphère après une élection qui leur annonçait pourtant des jours meilleurs. (…) La belle fin d’année à laquelle tous rêvaient pourrait ne pas l’être, conclut le quotidien abidjanais. Car des moments difficiles, après la proclamation des résultats, ne sont pas à écarter. »
Alors, c’est bien sûr dans ces situations d’incertitude que naissent les rumeurs les plus folles… descentes dans les rues de l’un ou de l’autre camp, coup de force des militaires, assassinats de responsables… Soir Infos  dresse la liste de ces rumeurs et s’alarme : « le pays est à genoux par la faute de ces rumeurs indélicatement concoctées sur la situation non encore claire des résultats de l’élection présidentielle. Tout est au ralenti. (…) Comment alors en sortir ? », se demande Soir Infos« Pour certains, la solution se trouve dans la proclamation immédiate des résultats de l’élection présidentielle. C’est peut être plus ou moins vrai, estime le journal, mais est-ce tout pour que l’on revienne sérieusement à une situation de sérénité totale dans le pays, quand tout est en train d’être pourri à la base ? Et cela, au regard de l’attitude de chaque camp de chauffer ses troupes à blanc, pour créer le chaos dans le pays. »
Le temps de la déchirure…
L’Inquiétude est vive également dans la presse de la sous-région… « Côte d’Ivoire : la nouvelle crise », titre Le Républicain au Mali. « La CEI n’a pas pu s’acquitter de son devoir, constate le quotidien bamakois. Le siège des journalistes n’y a rien changé. Pas plus que le ballet diplomatique autour du siège de l’institution. Ni l’oukase de Nicolas Sarkozy et avant lui les exhortations d’Hilary Clinton. Ce qu’on voulait éviter est arrivé. »
« Le temps de la déchirure », s’exclame le site d’information Guinée Conakry Infos . « La tension qui prévaut dans le pays laisse croire que tout est possible et qu’aucune alternative n’est à exclure, affirme-t-il. Et si rien n'est fait, il ne serait pas exagéré de pronostiquer une nouvelle partition du pays. »
Même prédiction pour L’Observateur au Burkina : « il est à craindre que la Côte d’Ivoire soit à nouveau confrontée à de sérieux problèmes. Si, comme on l’en suspecte, le président sortant voulait perpétrer un hold-up électoral, ce serait une véritable déclaration de guerre et il n’est pas exclu que les hostilités reprennent entre le Nord et le Sud. »
Le Pays , toujours au Burkina, s’en prend directement à Laurent Gbagbo : « la fébrilité que l’on constate au sein du camp présidentiel porte à croire que le clan Gbagbo est sûr que les résultats lui sont défavorables et fait tout pour empêcher leur publication. Si cette hypothèse venait à se confirmer, le président Gbagbo serait en train de rater sa sortie. (…) Ayant acquis la sulfureuse réputation de quelqu’un qui ne se gêne pas de remettre en cause sa parole et sa signature, surtout depuis son accession au pouvoir, le président-candidat est accusé de vouloir faire un passage en force. Selon toute vraisemblance, Gbagbo est en train d’emprunter le même chemin que bien des dirigeants peu recommandables du continent. »
Enfin en France, la presse suit la situation avec une grande attention. « Les partisans de Gbagbo bloquent les résultats », s’exclame Le Figaro. Double page dans La Croix « la crise s’installe à Abidjan ». Double page aussi dans Libération « la Côte d’Ivoire suspendue au verdict des urnes », titre le journal qui s’interroge : « la Côte d’Ivoire échappera-t-elle à la guerre civile ? Y a-t-il encore quelque chance pour que la démocratie l’emporte sur l’Etat d’exception ? »

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