dimanche 5 décembre 2010

Bandundu : reconstruire les écoles sans attendre l'aide de l'État


SAMEDI, 04 DÉCEMBRE 2010 11:16
(Syfia Grands Lacs/RD Congo) Les habitants de Gungu, au sud-est de Bandundu, n’ont pas attendu l’aide de l’État pour reconstruire les écoles de leurs enfants. Ils ont remplacé le chaume par des tôles et remonté les murs avec des briques d'argile. Dix ans d'effort, aujourd'hui couronnés de succès, qui leur ont même valu les félicitations des autorités.
Dans la contrée de Gungu, territoire du sud-est de la province de Bandundu, les écoles ont changé d'aspect. Toitures et murs ont été reconstruits. Les salles de classe sont plus spacieuses depuis que les habitants ont compris qu’ils ne devaient pas tout attendre de l’État et retroussé leurs manches. Jean Kasanza, préfet de l’Institut Ngambun de Gungu, retrace ces années d'effort aujourd'hui récompensées. "Nous avons commencé par chasser les chaumes en les remplaçant par les tôles pour bien protéger les murs, construits en briques d'adobe deux ans plus tard avec les efforts de la population", explique-t-il, visiblement satisfait.
Près de la moitié des écoles de ce territoire présente aujourd'hui un tout autre visage. Il y a une dizaine d’années, le diocèse catholique de Kikwit, interpellé par les mauvaises conditions de scolarité des enfants, a lancé une opération dans la région pour amener les habitants à "supprimer petit à petit les écoles construites en bois et couvertes de chaume en les remplaçant par celles faites en pierres ou en briques d'adobe, couvertes de tôles." Un pari qui n’était pas gagné d’avance.

Savoir compter sur soi-même
L’effort a donc d’abord été mis sur la sensibilisation pour faire changer les mentalités. "Pendant deux ans, nous avons sillonné les paroisses, villages, institutions scolaires de Gungu afin d’éveiller la conscience des gens et leur faire comprendre qu’ils peuvent faire changer leur milieu de vie par leurs propres efforts", raconte Novele Erasme, un des coordonnateurs du projet intitulé "Chassons les sticks et les chaumes dans nos écoles". Les anciennes toitures ne résistaient pas aux intempéries. À la première forte pluie ou coup de vent, les murs et les toits cédaient, obligeant la population à les reconstruire sans cesse.
Convaincu par le message du diocèse, tout le monde a mis la main à la pâte pour changer les choses, chacun apportant des matériaux selon ses moyens : chevrons, madriers, clous…, bref tout ce qui peut être utile pour construire une maison. Pour obtenir plus d'aide, les prêtres ont même instauré une quête spéciale pour les écoles lors des messes du dimanche. À défaut d’argent, les fidèles apportent des produits des champs ou d’élevage : cossettes de manioc, maïs, poules, etc. que la coordination du projet centralise pour les vendre. L’appel du diocèse a eu des échos même à l’étranger. Les Amis musiciens de Madrid, une Ong espagnole, a ainsi fait don de tôles aux écoles de Gungu.
Les initiateurs du projet ont aussi enseigné aux habitants une nouvelle technique de fabrication des briques, appelée gusopa (transformer en pende, une langue locale, ndlr). Un jeune du village de Mbithambele, Sasa Ngambun, 25 ans, maçon, explique en quoi consiste cette "transformation" : "Pour que les briques d'adobe soient très solides et durables, nous mélangeons l’argile avec de la cendre et de la paille coupée en petits morceaux."

Un travail de fourmi
Ce projet collectif s’est exécuté petit à petit comme au sein d'une colonie de fourmis. "Tôt le matin, deux à trois fois par semaine, raconte Madinga Séverine, une paysanne, qui vient de décharger sa bassine d’argile, un groupe de mamans transporte de la terre rouge, récupérée en creusent au bord des rivières, vers les hangars où sont fabriquées les briques. Là, les hommes se mettent à l’ouvrage." Faute de moyen pour les transporter, "les jeunes élèves acheminent sur leur tête les briques cuites vers les différentes écoles en chantier, tandis que d’autres portent des pierres cassées par des adultes."
Tous ces efforts ont payé pour le grand bien de tous : 23 institutions scolaires sur les 54 que compte cette contrée sont aujourd’hui couvertes de tôles et leurs murs sont soit en briques, soit en pierre. Lors de la cérémonie d’évaluation des activités de dix ans du projet à Gungu, Mafuta Ntantu Joachim, chef des services généraux de la Division provinciale de l'Enseignement primaire, secondaire et professionnel Bandundu 2, n’a pas caché sa grande satisfaction. "La vision de ce projet a eu un pas d’avance sur le programme national de développement du gouvernement. Plus de 10 000 élèves, futurs cadres, étudient dorénavant dans de meilleures conditions. Nous ne pouvons qu’applaudir", reconnaît-il, ajoutant qu’il est possible de résoudre localement des problèmes sans toujours attendre de l’aide de l'extérieur.
Fort de ce succès, Monseigneur Bertin Kipanza Tumwaka, vicaire général de Kikwit estime que "cette expérience doit s’étendre dans tout le diocèse pour que l’élite de demain puisse étudier décemment…"

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