
Si les responsables politiques impliqués de prêt (Gbagbo et Ouattara) et de loin (l’ONU et la France) à la crise actuelle suite à l’élection présidentielle en Côte d’Ivoire devraient être conscients, ils primeraient le bon sens, la patience et la justice.
Le camp Gbagbo conteste les scrutins dans 5 ou 6 zones dans le Nord à cause des troubles et intimidations vérifiés qui ont empêché bon nombre d’électeurs de voter. Le camp Ouattara conteste le scrutin dans une partie de l’Ouest du pays pour les mêmes raisons. Le camp Gbagbo soupçonne par ailleurs le logiciel de décompte d’être truqué. Ces problèmes ne sont pas insolubles. Il suffit de la bonne volonté politique et de la patience pour les résoudre. Les moyens matériels ne manquent pas pour cela.
La démarche objective simple ne consistera t- elle pas à enregistrer et valider les résultats des régions non-litigieuses d’abord ; puis recommencer avec plus de rigueur matérielle (urnes et ordinateurs fiables) et de surveillance policière accrue et neutre pour la sécurité physique et morale des électeurs dans les régions ou le scrutin est contesté (une partie du Nord et une partie de l’Ouest du pays) ? Ce sera la voie du bon sens de la patience et de la justice. Il suffit d’être patient et méthodique. Le temps ne presse personne dans cette affaire vitale pour un pays de 20 millions d’habitants.
Le communiqué précipité du président Français sous forme d’injonction pour que soient validés les résultats provisoires comme tels, ressemble bien au comportement suspect de celui qui cherche à vite s’en aller des lieux où il vient de commettre un forfait. La Côte d’Ivoire est un pays indépendant et ce n’a pas un chef d’Etat d’un autre pays indépendant qui lui donnerait des instructions publiquement pour qu’il valide son élection présidentielle. Un chef d’Etat étranger peut donner des conseils en privée et appeler ses homologues à la modération sur des questions d’États toute au plus. Mais faire des déclarations du genre du communiqué de Sarkozy est la preuve d’un intérêt politique obscure qui n’est pas celui du peuple Ivoirien. Sarkozy ne vient-il pas encore de commettre un écart qui écorne l’image du peuple Français ?
Le Secrétaire de l’ONU aussi est vite allé en besogne en exigent des résultats dans l’immédiat sans nuancer ses propos en attendant que les uns et les autres trouvent un consensus au sein de la commission électorale en Côte d’Ivoire.
Quant à Gbagbo, il a déjà commis la faute irréparable en se présentant à sa propre succession après dix ans au pouvoir. Il ne devrait pas se présenter pour la raison fondamentale de crédit moral pour la démocratie en Côte d’Ivoire et en Afrique. On peut lui accorder la circonstance atténuante qu’à cause de la situation de guerre civile et des conflits sociaux, il n’ait pas pu appliquer son projet de société.. Mais Gbagbo aurait été plus sage de laisser le sens moral l’emporter dans son choix plutôt que de s’attacher à l’enjeu de force politique directe et immédiat. Il aurait pu laisser un autre candidat valable de son parti affronter Ouattara. Cela est faisable avec intelligence et rigueur. Mais Gbagbo a choisi la facilité en se pressentant lui-même et cela devient un argument bon marché pour ses détracteurs peu instruits qui l’accuseront facilement de soif du pouvoir. Bien que Gbagbo soit patriote, il n’est pas noble. Il n’a pas su saisir l’occasion d’offrir à la Côte d’Ivoire un précédent d’acte public personnellement désintéressé.
Quant à Ouattara, il s’est dénoncé lui-même indirectement comme peu soucieux de la dignité de son peuple pendant le débat télévisé entre lui et Gbagbo. Il annonçait des chiffres astronomiques pour ses projets de société pour la Côte d’Ivoire tout en affirmant qu’il ira tout bonnement s’endetter pour financer tout cela. Il fait ouvertement confiance à ses réseaux d’appui extérieur. Il ne compte pas sur la force de travail, le savoir faire et la créativité des Ivoiriens pour développer le pays. Il prône un bien-être matériel de façades basé essentiellement sur l’argent d’autrui comme au temps d’Houphouët. Vivre dans l’opulence matérielle toute en restant les esclaves et marionnettes politiques des créanciers étrangers, c’est un peu indigne. Ouattara est un homme séduisant par son intelligence et sa bienséance, mais il est au fond un aventurier politique qui aime plus le prestige et la jouissance faciles. Il ne peut pas donner à la Côte d’Ivoire sa souveraineté en même temps que sa prospérité.
Alors dans cette situation des à peu près politiques, il vaut mieux la patience et le bon sens pour rendre la justice au peuple afin d’éviter à la Côte d’Ivoire de prolonger la crise et de risquer de retourner à la violence sociale gratuite.
Michel Kinvi
New York, le 03 Décembre 2010
kinvimichel@yahoo.fr
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