Depuis fin 2005, les acteurs politiques et la communauté internationale pressaient le président de la République, Laurent Gbagbo, afin qu’il organise, presque sans conditions, l’élection présidentielle. L’homme a toujours rétorqué que l’essentiel n’était pas d’aller à l’élection à tous les prix et à n’importe quelle condition. Il a toujours mis l’accent sur la consolidation de la paix, gage d’une véritable sortie définitive de crise. Mais, ses adversaires ont toujours considéré qu’il ne voulait pas aller aux élections. «Il a peur de moi !», lançait même un candidat tombé au premier tour. En 2007, le président tend la main à ses ennemis devenus ses adversaires puis collaborateurs. Un autre gouvernement hybride est mis sur pied dirigé par un Premier ministre secrétaire général du mouvement rebelle. Cette collaboration est dénoncée par des proches du président, pour qui le chien ne change pas sa façon de s’asseoir. Mais, le président lui, avait son idée, sa stratégie pour sortir la Côte d’Ivoire du bourbier. Une première date de l’élection est fixée au 30 novembre 2008. Des couacs sont constatés plus tard dans l’organisation. Le président est accusé, à tort, de ne pas vouloir aller aux élections, alors même que la CEI chargée d’en trouver la date est majoritairement composée de militants de l’opposition. Quand vient la période de l’enrôlement et de l’identification, la question du document à fournir se pose. Il est décidé que les Ivoiriens se fassent enrôler sur présentation du seul extrait d’acte de naissance, partout où ils veulent ou peuvent le faire. Première erreur, d’autant plus qu’il n’existe pas de différence entre l’extrait de naissance délivré à un Ivoirien et celui délivré à un non-Ivoirien. Conséquence : de nombreux non-nationaux font le rang partout dans le pays. Certains d’entre eux, pour éviter de se faire épingler, quittent leur lieu de résidence et vont se faire enrôler ailleurs à l’abri des regards indiscrets. Dans le nord du pays, de l’autre côté du rideau, de nombreux étrangers se bousculent parmi les Ivoiriens pour se faire enrôler et obtenir la carte nationale d’identité et surtout la carte d’électeur. On a tiré la sonnette d’alarme. Rien n’y fit. Beaucoup d’entre eux sont épinglés pendant le contentieux. Là encore, des gens ont crié au loup. «Xénophobie ! Exclusion !», a-t-on crié. Beaucoup d’observateurs se demandent aujourd’hui s’il fallait seulement exiger l’extrait d’acte de naissance comme seule pièce pour se faire enrôler. Le grand nombre d’étrangers inscrits sur la liste n’est-il pas l’une des causes de la fraude massive dénoncée par le camp présidentiel aujourd’hui ? Ce n’est pas tout. Compte tenu de cette vaste opération frauduleuse, des voix se sont élevées pour exiger le désarmement avant les élections. Là encore, le camp présidentiel est accusé de vouloir retarder les choses pour s’accrocher au pouvoir. Des mises en scène ont lieu dans la zone centre-nord-ouest (CNO). Et pourtant, tout le monde savait que le désarmement n’était pas encore total. Djédjé Mady, secrétaire général du PDCI, en tournée dans la région de Korhogo, ne dira pas le contraire. Lui qui a pris ses jambes à son cou à la vue d’un fusil calibre douze porté en bandoulière par un rebelle au meeting qu’il animait. Dès lors, tout le monde s’interrogeait sur la possibilité d’organiser des élections dans la zone rebelle. Le président Gbagbo, lui, a fait confiance aux uns et aux autres. N’a-t-il pas déployé de nouveau l’administration centrale et incité des fonctionnaires à retourner dans la zone ? Malgré la présence effective de l’administration, on continue de vénérer les commandants de zone et exécuter leurs ordres. Ils sont même plus écoutés et craints que les préfets et sous-préfets. C’est dans ce contexte que la date de l’élection présidentielle est fixée au 31 octobre 2010. Laurent Gbagbo passe le cap du premier tour et se trouve face à Ouattara Alassane. Entretemps, Konan Bédié, qui a perdu beaucoup de plumes à cause du vote des étrangers et de sa mauvaise stratégie de campagne, tombe au premier tour. Nous voilà au second tour. La population du nord a décuplé de façon exorbitante. Tous ceux qui ont affirmé que le désarmement n’était pas une urgence ou une nécessité se rendent compte aujourd’hui de leur erreur. Le président de la République a, depuis longtemps, montré et démontré sa bonne foi, au cours du règlement de cette crise. Il avait toujours dit qu’il fallait gagner d’abord la paix, avant d’aller aux élections. Il croyait que, de l’autre côté, les choses iraient comme sur des roulettes. Les faits montrent qu’il paie pour sa bonne foi et la confiance placée dans les uns et les autres.
Peut-être que si l’enrôlement n’avait pas été truffé de tricherie et si le désarmement avait été sincère et effectif, on n’en serait pas là aujourd’hui. La fraude aurait été minimisée et personne n’accuserait l’autre. Plutôt qu’une solution, cette élection risque d’être un problème.
Sam K.D.
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