mercredi 8 décembre 2010

A la lumière de la crise post-électorale en Côte d’Ivoire : L’Afrique doit se réveiller

La nouvelle crise post-électorale que vit la Côte d’Ivoire depuis jeudi dernier doit interpeller les Africains sur l’avenir de notre continent.
Les chefs d’Etat de la CEDEAO sont à nouveau préoccupés par la nouvelle crise ivoirienne post-électorale. Ils vont, à la lumière du rapport de l’ex-président sud africain, Thabo Mbeki, se pencher sur la situation en Côte d’Ivoire. Cette autre crise dont on n’avait vraiment pas besoin doit interpeller les chefs d’Etat africains. Elle doit même fouetter leur orgueil en tant fils d’un continent qu’ils veulent l’égal des autres continents du globe terrestre. La question essentielle à laquelle sont amenés à répondre nos chefs d’Etat est celle de savoir ce que nous voulons pour notre continent après 50 ans d’indépendance de nos pays. 

Voulons-nous une Afrique des coups d’Etat, des rébellions et des guerres où règne l’anarchie, la risée des autres continents qui tirent les ficelles et profitent de cette situation pour piller nos richesses ? Ou, voulons-nous une Afrique où règne l’ordre, la discipline, le respect de nos lois et de nos institutions, le tout bâti sur la démocratie, et donc tourné vers la modernité et qui veut en définitive prendre son destin en main? C’est tout le fond du débat. Une fois que nos chefs d’Etat auront répondu à cette question, ils auront concomitamment trouvé la solution à la crise ivoirienne. 

De quoi s’agit-il ? Pendant 5, ans la Côte d’Ivoire a couru derrière des élections à cause d’une crise politico-militaire qui, elle, dure depuis 8 ans. Grâce aux efforts des uns et des autres, elle a enfin réussi à organiser le premier tour de cette élection qui, de l’avis de tous, doit ramener la paix, le 31 octobre 2010. Après l’annonce des résultats de ce premier tour par le président de la Commission electorale indépendante (CEI), entouré de ses vice-présidents et de tous les commissaires, pour ne pas donner l’impression de parler en son nom personnel, mais de celui de son institution, ceux-ci sont validés et proclamés définitivement par le Conseil constitutionnel (CC). Au terme de ce premier tour, les deux candidats admis au second tour, à savoir le président Laurent Gbagbo et le Premier ministre Alassane Ouattara, ont même adressé des félicitations au professeur Paul Yao N’Dré, président du Conseil constitutionnel.

Le second tour a été organisé le 28 novembre 2010. La CEI n’a pas été capable, à cause de divergences en son sein dues à sa composition (représentants des partis ayant des candidats à la présidentielle) d’annoncer les résultats provisoires dans les trois jours francs qui lui étaient impartis par la Constitution et le Code électoral. Au troisème jour à minuit, constatant que son institution est forclose, le président de la CEI, Youssouf Bakayoko, a transmis le dossier au président du Conseil constitutionnel et renvoyé les commissaires chez eux. Evidemment, lui-même est rentré à son domicile. Les yeux étaient désormais tournés vers la plus haute juridiction du pays. Et jeudi matin coup de théâtre. Le même Youssouf Bakayoko, apparaît en direct sur les antennes de la télévision française «France 24», dans le QG du candidat du RDR logé au Golf Hôtel, flanqué de deux gendarmes, qui n’étaient autres que les gardes du corps de Ouattara, en l’absence de ses vice-présidents et des autres commissaires, et annonce des résultats donnant Alassane Ouattara vainqueur avec 54,01%. Evidemment, les résultats de ce type, donnés hors délai, en dehors des locaux de la CEI, à l’insu des vice-présidents et des commissaires, dans le QG d’Alassane Ouattara sis à l’hôtel du Golf et sous la menace des armes ne pouvaient de toute évidence être valables.

C’est donc le plus naturellement du monde que le Conseil constitutionnel, qui avait déjà été saisi, a fait tranquillement son travail en toute sérénité. Au terme de ses travaux, le Conseil a, au cours d’une audience solennelle comme le prescrit la loi, proclamé les seuls résultats officiel et définitifs de l’élection présidentielle donnant le président Gbagbo vainqueur avec 51,35%. L’élection du président Gbagbo a été salué par une liesse populaire par les Ivoiriens dans toutes les rues d’Abidjan et de l’intérieur du pays. Les ivoiriens étaient très heureux pensant que l’élection du président Gbagbo allait mettre fin à une longue période d’incertitude pour ouvrir une nouvelle ère. Celle d’une Côte d’Ivoire résolument engagée sur la voie de la réconciliation, de la paix et du développement. 

Hélas, c’était mal connaître le représentant spécial du secrétaire général de l’ONU M. Choi. Outrepassant ses compétences de simple certificateur, c’est-à-dire dire si les élections se sont passées selon les normes internationales, il s’est arrogé le droit de proclamer Alassane Ouattara élu sur la base des vrais faux résultats donnés par Youssouf Bakayoko. Les conséquences de la forfaiture de Choi sont lourdes. Les partisans de Ouattara qui pensent qu’on leur a volé leur victoire ont multiplié les actes de violence en Côte d’Ivoire. On enregistre plusieurs morts et de nombreux blessés. Ouattara lui-même s’est installé dans une logique de sécessionniste avec un gouvernement installé au Golf Hôtel.

C’est Laurent Gbagbo qui a été le seul président élu par les Ivoiriens et dont la victoire a été proclamée par la plus haute juridiction du pays habilitée à le faire. On n’a pas besoin de sortir des pieds de jupiter pour le comprendre. C’est pourquoi les chefs d’Etat africains membre de la CEDEAO dont la Côte d’Ivoire est un membre important doivent faire une scène appréciation de la situation ivoirienne pour interpeller Ouattara afin qu’il s’inscrive dans la légalité et entre dans la République.

Boga Sivori (bogasivo@yahoo.fr) 

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