Dans la perspective de l’élection présidentielle qui se profile à l’horizon de notre pays aujourd’hui, il n’est pas sans intérêt que nous ouvrions nos yeux de congolais sur ce que certaines expériences malheureuses des élections organisées en Afrique peuvent nous apporter comme enseignement essentiel. Je pense particulièrement aux violences dont le Kenya a été le théâtre il n’y a pas longtemps, au processus chaotique des suffrages populaires en Guinée-Conakry, aux turbulences et contestations virulentes au Gabon ainsi qu’aux pénibles, pitoyables et profondément tragicomiques manigances qui bloquent actuellement la Côte d’Ivoire et annoncent déjà des orages et des ouragans dont les populations vont souffrir infiniment.
TURBULENCES, VIOLENCES ET TREMBLEMENTS DANS LE CORPS SOCIAL
En Côte d’Ivoire, nous avons assisté ces derniers jours à des contestations et remises en question des légitimités institutionnelles sur fond de mensonges, d’incohérences, d’accusations de tricherie et d’ingérences étrangères qui brouillent les problèmes dans un contexte d’un jeu social dont tout le monde sait pourtant qu’il n’a rien à voir avec les exigences démocratiques depuis de longues années déjà. Dans ce pays, on a voulu faire de l’élection démocratique la base de règlement de conflits sans que la démocratie n’ait pu avoir des véritables conditions d’efflorescence et d’épanouissement au sein même de la société. Pensée comme une dynamique qui devrait s’achever par la victoire d’un camp sur l’autre dans un pays déjà divisé par la guerre entre le pouvoir et la rébellion armée, une telle élection ne pouvait s’achever que par un retentissant et abracadabrant fiasco. Sans un minimum de foi commune en certaines valeurs de cohésion sociale, sans une base de confiance réciproque entre les acteurs politiques dans les institutions qui régissent la nation, sans une commune volonté de vaincre les pesanteurs des identités ethno-tribales et socioreligieuses fonctionnant comme des machines meurtrières, il n’est pas possible d’instaurer un ordre démocratique qui oblige chacun à respecter le verdict électoral et à en faire le point de départ d’une reconnaissance clairement exprimée des intérêts nationaux à défendre et à promouvoir. Faute de comprendre qu’une nation doit avant tout se vivre et se comprendre comme une nation avant de se donner réellement la démocratie comme force de gouvernance, on n’a pas vu que les bases psychiques, institutionnelles et sociales de la Côte d’Ivoire s’étaient déjà effondrées depuis longtemps et qu’il fallait les reconstruire solidement pour pouvoir garantir l’organisation d’une élection vraiment démocratique. Au lieu de cela, le pays a cru bon de s’offrir les élections comme une nouvelle forme de guerre et l’on s’étonne que dans cette guerre, comme dans celle, fortement armée, qui l’a précédée, personne n’a intérêt à s’avouer vaincu. Cela est d’autant moins possible que chaque camp sait que la victoire du camp en face sera le premier pas vers l’enfer de règlement des comptes, de procès en sorcellerie, de marginalisation mortelle et de liquidation physique des adversaires considérés comme des ennemis irréductibles.
Même quand on peut arriver à des solutions de partage du pouvoir comme cela fut le cas au Zimbabwe et au Kenya, les haines, les méfiances et la volonté de dominer l’autre sont telles que le système instauré relève plus du bluff démocratique que d’un réel souci de gouverner ensemble. Mugabe et Tsvavingaraï au Zimbabwe ne forment pas un attelage crédible et fiable, pas plus que Kibaki et Odinga au Kenya. Ils ne sont pas dans une société dont le système est huilé par des principes démocratiques dans lesquels tout le monde a foi. Sans la vigilance d’un ordre mondial dont ils sont obligés de respecter quelque peu les exigences, ces dirigeants n’auraient pas tardé ä s’emparer de leurs haches de guerre pour en finir, une fois pour toutes, avec leurs ennemis politiques. Dans leur cas comme dans beaucoup d’autres en Afrique, on joue à une démocratie imposée par l’étranger tout en guettant dans l’ombre la faute du camp en face. Pouvoir et opposition sont en guerre et leur pays est l’arène où ces gladiateurs s’affrontent, sans tenir compte des souffrances et du désarroi profond de leurs peuples ni des aspirations les plus fertiles de leurs populations.
Au Gabon et en Guinée-Conakry, le processus électoral a fini par instaurer le règne d’un vainqueur et à faire accepter au vaincu sa défaite, selon les règles d’une démocratie représentative que l’ordre mondial actuel souhaite imposer à toutes les nations. Cette situation de victoire d’un candidat sur les autres et d’un camp sur d’autres camps, même sur fond d’un désir affiché de mettre sur pied un gouvernement d’union nationale, n’a rien d’une sinécure en Afrique.
Dans nos pays où l’accession au pouvoir est l’occasion pour les vainqueurs de s’emparer du « gâteau » national avec gloutonnerie et d’en jouir seuls au détriment des intérêts vitaux de tous les citoyens, la paix et l’ordre imposés par les armes n’ont rien à voir avec la paix profonde des esprits, des intelligences, des cœurs et des âmes, qui doit être le cadre même d’un être-ensemble réussi. Ils ne sont que des périodes de calme relatif avant les tempêtes qui finiront, tôt ou tard, par s’abattre sur la société. On peut un temps se féliciter de voir que les institutions fonctionnent dans un tel système, mais il est bon de savoir qu’à long terme, les injustices, les inégalités, les dénis des droits humains auxquels les vainqueurs des élections s’accoutument vite en Afrique préparent de redoutables déluges. Souvent, les vainqueurs basculent vite dans une nouvelle dictature, pour mieux défendre le « gâteau » dont ils sont les nouveaux maîtres et pour pouvoir pérenniser les avantages dont ils bénéficient sans partage.
On comprend qu’un tel ordre sociopolitique, dont la Côte d’Ivoire, le Zimbabwe, le Kenya, le Gabon et la Guinée-Conakry sont des miroirs où se projette toute l’Afrique, débouche sur ce que nous voyons tous et toutes aujourd’hui : le spectacle désolant des démocraties du bavardage creux. Des systèmes qui se servent du vocabulaire démocratique pour asseoir des pratiques totalement anti-démocratiques, avec des haines ravageuses, des fureurs destructrices, des carnages tsunamiques et des violences sans fin là où il aurait été utile que la paix des esprits et des cœurs règnent afin que l’Afrique bâtisse sereinement sa prospérité, son développement et le bonheur réel de ses populations.
LE FOND DU PROBLEME
Pourquoi en est-il ainsi ? Pourquoi, dans beaucoup de nos pays africains, le processus de l’élection présidentielle et de la démocratie a-t-il tant de mal à se vivre sans entraves et innombrables calamités ?
Dans toutes ces situations-miroirs que je viens d’évoquer, le problème de fond est le même. Pour le saisir dans sa portée réelle, il n’est pas pertinent de s’engager à supporter un camp ou un autre dans les conflits électoraux et de remettre en cause par ce biais la manière dont les élections sont organisées. Il faut plutôt s’interroger sur l’idée et la vision du pouvoir qui conditionnent l’organisation même des élections en Afrique. Cette idée et cette vision ne voient dans le pouvoir politique qu’une chape de plomb ou un système de coercition qu’un groupe met en place par tous les moyens disponibles pour dominer l’espace de la vie sociale et faire régner un ordre garanti par les violences de toutes sortes.
Dans une telle situation, ce sont les armes qui font et défont le pouvoir politique. C’est la force des fusils qui prime sur la puissance des urnes. Celle-ci est d’ailleurs souvent manipulée en Afrique pour masquer les vrais rapports des forces qui sont eux déterminés par la capacité pour les dirigeants de disposer à leur guise des armées et de contrôler toutes les structures de sécurité et de violence légale.
Le pouvoir politique ainsi conçu est la base sur laquelle repose les légitimités en Afrique, comme dans beaucoup de pays dans le monde d’ailleurs. Il est même l’idée la plus répandue dans le monde et dans l’histoire depuis que les humains se sont organisés politiquement, dans les vieux systèmes impériaux comme dans nos modernes gouvernances soi-disant démocratiques.
Aujourd’hui, le vrai problème est de sortir de ce paradigme de violence qui n’est à mes yeux que celui d’un âge de fer de la politique, période dont l’humanité devrait sortir en tant qu’humanité pour rêver, penser, vivre et structurer autrement la politique. Même si cet âge de fer dure depuis des millénaires au point d’apparaître comme l’essence même de l’exercice du pouvoir dans les sociétés, il suffit de regarder l’évolution des idées et des systèmes politiques dans l’histoire pour se rendre compte qu’ils sont malgré tout « travaillés » de l’intérieur et nourris par des quêtes dont les exigences de liberté, de démocratie et de droits humains sont maintenant de paramètres indissociables d’une certaine perception des impératifs d’organisation politique selon les exigences d’humanité.
Nous savons dans nos sociétés modernes que ces impératifs constituent un processus douloureux et difficile d’enfantement d’un nouvel ordre de vision politique du destin de l’humanité : un nouveau paradigme, pour rependre un mot que les philosophes aiment utiliser quand ils cherchent à désigner les ruptures radicales de conceptions du monde et les exigences de changement en profondeur au cœur des sociétés.
Malgré son côté pédant et son caractère de préciosité élitiste, ce concept de nouveau paradigme dans la vision du pouvoir politique est le seul qui peut rendre compte des aspirations les plus profondes de l’humanité en matière de gouvernance des sociétés aujourd’hui. Il veut dire que dans le domaine de l’organisation des communautés humaines, des choix nouveaux doivent être faits, des orientations nouvelles doivent être ouvertes, en rupture avec les archaïsmes de l’âge de fer politique dont la chape de plomb couvre encore largement la conscience de l’humanité.
Alors que cet âge est dominé par une politique de barbarie, le nouvel âge devrait être celui d’une politique de civilisation, comme dirait Edgar Morin. Il faut entendre par là que le côté ténébreux des violences destructrices, d’exaltation d’identités meurtrières et d’organisation des sociétés sous le signe de la domination et de pyramides écrasantes devrait céder la place au pouvoir conçu et vécu comme espace d’organisation de l’énergie créatrice des personnes et des groupes sociaux, en vue de résoudre les problèmes cruciaux de la vie et de promouvoir un être-ensemble fondé sur le souci du bonheur partagé.
Cela exige de voir dans l’espace politique un espace de rupture avec les conformismes de soumission et l’anthropologie d’esclavage sous les signes desquels les systèmes politiques se déploient depuis des millénaires. A ces archaïsmes, nous devons opposer aujourd’hui la politique comme volonté d’assurer radicalement l’épanouissement de la liberté des personnes et des peuples, dans un cadre social qui soit dynamique permanente d’un esprit de libération face à toutes les formes d’esclavages, les plus brutales et les meurtrières comme les plus feutrées et les plus faussement douces.
Pendant que les hommes politiques peinent à comprendre cela et perdent leurs forces dans des batailles électorales fondées sur une vision politique du passé et sur des archaïsmes stériles et vains, le temps est venu de prendre de la hauteur dans la réflexion pour indiquer la seule voie d’avenir qui convient : la voie d’une politique d’humanité et de civilisation. Avec la liberté, la solidarité et l’innovation créatrice comme socle de l’être-ensemble pour le bonheur.
En termes plus actuels, cela s’appelle démocratie. Une dynamique d’ensemble dont les élections, si elles sont pensées correctement et organisées sereinement, ne sont qu’une modalité de gestion heureuse de la gouvernance au service des intérêts communautés, loin des vanités des gouvernants qui croient qu’ils sont les maîtres du monde et les seigneurs de l’histoire.
L’AFRIQUE FACE AUX NOUVELLES EXIGENCES POLITIQUES DE L’HUMANITE
Le premier intellectuel africain à qui j’ai parlé de cette vision de la démocratie comme enjeu de civilisation et d’humanité m’a répondu : « Tu rêves, la politique ne sera jamais cela. Les processus électoraux en Afrique ne pourront jamais obéir aux utopies que tu brasses. Nous sommes dans les violences de la réalité et non dans le ciel glorieux des idées pures. »
Un autre m’a dit, convaincu de son fait : « L’humanité n’est pas au niveau d’une politique d’humanité et de civilisation et l’Afrique ne pense pas encore la politique en termes de démocratie. »
Ces objections sont courantes et j’ai du mal à en saisir la signification quand je considère les aspirations les plus profondes de nos peuples et de nos populations en Afrique et dans le aujourd’hui.
Face à la première objection qui invoque le réalisme et le pragmatisme pour ne penser la politique qu’en termes de rapports des forces purs et simples, avec ce que cela implique de violence structurelle et d’utilisation des « structures de force », comme on dirait en Russie, pour dominer l’espace social, je me demande pourquoi elle s’enferme dans un fixisme anthropologique et sociale dans un monde en mouvement constant. En réalité, l’humanité est historicité, est dynamisme, est ruptures et énergie d’innovation, avec sans doute des involutions multiples qui font croire que certaines réalités comme la violence politique sont des permanences irréductibles. Quand on oublie le mouvement et l’exigence d’innovation, on tombe dans un certain fatalisme. Celui-ci fait croire que la politique de barbarie et la seule possible et que la politique d’humanité et de civilisation que j’invoque est un songe naïf et une utopie creuse.
S’il en était ainsi, quel sens aurait tous les combats de libération et toutes les révolutions au nom de la liberté et du bonheur dans l’histoire de l’humanité ? Quel sens ont toutes les harmoniques d’aspirations éthiques et spirituelles de lutte contre le pouvoir du mal politique et de la violence dans la société tout au long de l’histoire ? A mes yeux, ces combats ont un sens fortement visible maintenant : ce sont les douleurs d’enfantement d’une politique de l’humain. La politique au nom de laquelle nous devrions nous indigner et nous révolter de manière constructrice face aux politiques de barbarie dont les processus électoraux viciés en Afrique sont des miroirs grotesques.
Ce qui s’est passé en Côte d’Ivoire, en Guinée-Conakry, au Gabon, au Zimbabwe comme au Kenya relève de pathologies d’une politique de barbarie. Il ne convient pas de prendre cela comme l’expression d’un quelconque pragmatisme politique ou d’un quelconque fixisme anthropologique. C’est plutôt la manifestation du mal politique et anthropologique contre lequel il faut lutter pour qu’advienne l’âge de la politique de civilisation à laquelle les peuples aspirent profondément sur la face de la terre, même si l’âge d’or d’une telle politique n’est pas encore pour demain.
La deuxième objection, qui concerne le caractère spécifique d’une identité africaine réfractaire à une vision démocratique du pouvoir politique, j’ai entendu certains Africains remettre en cause le principe même de l’élection présidentielle sur nos territoires, au nom de cette vision des choses. Ceux qui se situent dans cette mouvance de pensée ont tendance à justifier l’échec des processus électoraux actuels dans beaucoup de nos pays par l’inadéquation entre la démocratie telle qu’elle nous vient des nations occidentales et les visions du monde et du pouvoir propres aux traditions africaines.
A leurs yeux, il y a dans l’essence même de la démocratie représentative occidentale et de ses modes de désignation des dirigeants quelque chose de profondément choquant pour un Africain authentique. Une personne dont l’idée de l’exercice du pouvoir est moins déterminée par la légitimité populaire exprimée dans le vote que par une cohésion sociale dont les paramètres fondateurs relèvent des traditions et des canaux vitaux particuliers. Des paramètres et des canaux où l’invisible se mêle au visible dans une alchimie des valeurs transcendantes garantissant les intérêts de tous au nom des normes incontestables. Face à une telle vision de la gouvernance sociale, la démocratie représentative serait une greffe qui ne peut pas prendre dans le corps électoral africain.
Même dans les pays que l’on a tendance à présenter comme les modèles d’une certaine réussite démocratique en Afrique, la situation n’est pas très différente des pays où l’échec de la démocratie est le plus visible, affirme-t-on. Ces pays de la réussite démocratique africaine ne seraient d’ailleurs que l’arbre qui cache la forêt, le masque qui peut toujours tomber d’un moment à l’autre quand surgissent du fond du subconscient séculaire des dirigeants africains la volonté, le désir et le souci d’un pouvoir d’un type qui correspondrait aux mentalités africaines.
Sur cette lancée, il n’est pas rare d’entendre dire aujourd’hui dans certains milieux que les despotes éclairés, même non élus, correspondraient mieux aux spécificités culturelles de la vision politique africaine du monde que les présidents élus dans des conditions calamiteuses que la démocratie représentative à l’occidentale nous impose. C’est à peine si certains Africains n’hésitent plus à donner raison à la fameuse déclaration de Jacques Chirac : « La démocratie est un luxe pour l’Afrique. » Un luxe que nous n’avons, pense-t-on, ni la volonté, ni les moyens, ni même l’envie de nous permettre, si l’on en juge à partir des situations comme celle des élections en Côte d’Ivoire, en Guinée-Conakry, au Gabon, au Kenya ou au Zimbabwe. Si l’on pouvait même se passer des élections et donner aux dirigeants actuels l’opportunité de mourir sereinement au pouvoir, nos pays s’en porteraient mieux et les violences liées aux élections n’auraient plus de raison d’être, ai-je entendu dire dans certains débats sur l’avenir africain. L’Afrique des despotes éclairés serait ainsi meilleure que l’Afrique des présidents mal élus dans l’ambiance de nos fausses démocraties qui tuent plus qu’elles ne font vivre.
J’imagine que ce type de discours, si l’on creuse à fond sa signification, n’est que la traduction d’un dépit profond et d’une immense désolation dans nos esprits d’Africains. Il ne peut pas être autre chose que cela tant il souffre d’indigence logique et d’absence de solidité éthique.
L’indigence logique, c’est de ne pas prendre en compte l’évolution historique des systèmes politiques et des aspirations profondes des peuples à la liberté et aux responsabilités créatrices pour construire leur développement au sens global de ce terme. Croire que la liberté et la responsabilité créatrice sont mieux garanties par le despotisme éclairé que par l’engagement de tout le peuple dans l’animation de son système de démocratie, c’est raisonner comme certains esclaves qui refusèrent d’être affranchis parce qu’ils voulaient vivre dans la bonté, la magnanimité et la générosité de leurs maîtres et seigneurs. Malheureusement, dans l’état actuel des aspirations des populations et des peuples, la liberté et la responsabilité créatrice sont non négociables en tant que valeurs sociales et ne peuvent nullement être aliénées auprès d’un despote, même éclairé. Le vrai problème n’est pas qu’un peuple se donne ou pas un despote, mais qu’il soit éduqué à assumer sa liberté et sa responsabilité dans la construction de son destin. Il n’y a pas de raison que les peuples africains n’assument pas cet esprit aujourd’hui et ne se lancent pas dans une construction politique qui aille au-delà de la démocratie représentative en vue de faire advenir une démocratie respectueuses de grandes valeurs d’humanité.
Au nom de l’éthique d’humanité, il n’est ni souhaitable, ni utile, ni valorisant pour les peuples d’Afrique de vivre en dessous des exigences démocratiques, au nom de je ne sais quelles ancestralités vénérables dans leur despotisme transcendantal. Non, la bataille pour la démocratie est aujourd’hui inaliénable et elle passe par la capacité des peuples à prendre leur destin en main et à s’opposer à tout despotisme, aussi éclairé soit-il. D’où l’urgence de lier les exigences radicales de liberté et de responsabilité aux exigences, tout aussi radicales, de solidarité et de développement communautaire, surtout au profit des couches les plus défavorisées de la société. De telles exigences devraient conduire chaque personne à comprendre que l’ordre démocratique qu’il doit promouvoir l’intègre autant dans le tissu local de sa communauté où il doit agir que dans le tissu de toute sa nation dont il doit se sentir solidaire. Il serait ainsi possible de créer des relais associatifs de transformation sociale qui, de l’échelle locale à l’échelle nationale, permettent d’instaurer l’esprit démocratique comme cadre d’action sociale pour une économie communautaire, pour une formation communautaire des esprits en vue d’une nouvelle société. Une société qui ne soit ni une société de dictature aveugle, ni une société de despotisme éclairé, ni une société engluée dans les limites de la démocratie représentative à l’occidentale. Pour l’Afrique, bannir tout despotisme et faire mieux que la démocratie représentative occidentale qui favorise l’esprit de violence et de destruction par sa volonté de donner le pouvoir à un camp contre un autre, sont des impératifs fondamentaux. En matière de construction démocratique de nos sociétés, nous devons rompre avec toutes les velléités de spécificités ancestrales creuses et faire mieux que l’Occident, un point un trait. C’est ma conviction la plus profonde aujourd’hui.
POUR UN NOUVEL ORDRE POLITIQUE EN RDC
Au nom de cette conviction, je pense qu’il y a lieu de tout faire aujourd’hui pour que l’horizon de la nouvelle élection présidentielle qui aura lieu dans notre pays ne s’inscrive pas dans les schémas ivoirien, guinéen, gabonais, zimbabwéen ou kenyan. Je pense aussi qu’il ne convient pas que nous en arrivions au Congo, par dépit ou par désolation, à croire que la démocratie serait un luxe pour notre pays et que nous avons besoin d’un système de despotisme éclairé pour le développement de notre nation.
Compte tenu de la position stratégique de notre pays dans le monde, compte tenu d’immenses atouts humains dont nous disposons et de ressources naturelles immenses qui font de notre pays une terre de grandes espérances, le rêve que nous devons caresser en RDC et l’ambition que nous devons porter sont ceux d’une nation appelée à construire la politique d’humanité et de civilisation pour la proposer à toute l’Afrique et au monde d’aujourd’hui. Nous devons pour ce faire devenir la plus belle, la plus forte et la plus rayonnante démocratie du continent africain. Si nous voulons échapper au destin de guerre, de violence, de misère, d’inconscience et d’impuissance qui domine notre nation actuellement, nous n’avons pas d’autre choix que celui de devenir une grande démocratie au cœur de l’Afrique : une vraie démocratie où le pouvoir politique puisse garantir à chaque citoyen les possibilités les meilleures d’assumer sa liberté, d’exercer ses responsabilités et de faire resplendir tous les pouvoirs et toutes les énergies de sa créativité pour une sociétés du bonheur partagé.
J’entends la voix du doute s’emparer de mon interlocuteur et je vois sa réponse jaillir sans attendre que je précise quoi que ce soit : « - Tu rêves, dit-il, tu rêves, le Congo ne peut pas être ce que tu crois dans les conditions actuelles de notre existence et de nos réalités politiques ».
Je réponds : « La RDC est un vaste rêve pour toute l’Afrique. C’est ce rêve qui me porte et que nous devons tous et toutes incarner et transformer en une nouvelle réalité magnifique et éblouissante. »
Professeur à l’Université Evangélique du Cameroun
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire