L’exploitation des ressources minières de l’est de la République démocratique du Congo (RDC) est devenue la principale motivation des affrontements qui perdurent dans cette région. Telle est la conclusion d’un rapport du groupe d’experts de l’ONU sur la RDC rendu public lundi 29 novembre.
Alors que le président Joseph Kabila a officiellement annoncé en septembre le gel de l’exploitation minière au Kivu, les experts de l’ONU décrivent comment cette exploitation se poursuit, en grande partie sous la supervision d’officiers des forces armées de RDC (FARDC).
Selon le rapport, des généraux tels que le commandant de la 8e région militaire (qui couvre le Nord-Kivu), Vainqueur Mayala, ou le chef d’état-major de l’armée de terre, Gabriel Amisi Kumba, sont activement impliqués dans l’exploitation de la mine de cassitérite de Bisie, l’une des plus productives du Nord-Kivu.
Campagne de viols systématiques
Ce dernier est tenu pour principal responsable d’une campagne de viols systématiques ayant fait plus de 300 victimes entre le 30 juillet et le 2 août derniers dans 13 villages situés sur l’axe Kibua-Mpofi.
Selon un des violeurs, l’ordre « serait venu de Cheka en personne, à qui il avait été dit que l’usage généralisé du viol attirerait l’attention sur son groupe armé », faisant de lui un acteur de poids. Le rapport onusien révèle que cette attaque a été facilitée par le refus d’une brigade des FARDC exploitant les mines de Bisie et d’Omate d’effectuer une rotation avec une autre unité chargée de sécuriser la zone qui allait être concernée par les viols.
«Kinshasa reste très tolérant vis-à-vis de la criminalité d’origine militaire»
Une série d’offensives militaires soutenues par l’ONU a échoué dans cette mission : elle n’a eu pour effet que d’augmenter les sévices subis par les populations civiles, de permettre aux ex-CNDP de prendre le contrôle des principales mines et de repousser les FDLR vers des mines plus enclavées, sans les affaiblir en profondeur.
« Malgré des discours répressifs à l’intention de la communauté internationale, Kinshasa reste très tolérant vis-à-vis de la criminalité d’origine militaire », notait le groupe de réflexion International Crisis Group dans un rapport publié il y a deux semaines.
Suspension de l’opération militaire en cours au Kivu
Dans la droite ligne de la loi récemment adoptée aux États-Unis sur la traçabilité des minerais importés de RDC, les experts de l’ONU proposent une initiative volontaire des industries concernées en vue d’exercer une « diligence raisonnable » dans le contrôle de l’origine de leurs approvisionnements.
Du côté congolais, le groupe onusien espère que Joseph Kabila va s’appuyer sur le rapport pour « faire le ménage » dans son armée. Selon nos informations, la première étape devrait être l’annonce de la suspension de l’opération militaire « Amani Leo » (« La paix aujourd’hui », en swahili) en cours au Kivu.
| Laurent d’ERSU |
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