jeudi 2 décembre 2010
Un médecin à Abidjan : "Je m’attends au pire"
Un Ivoirien se fait soigner à l'hôpital Houphouet Boigny d'Abobo, au nord d'Abidjan, le vendredi 26 novembre. Photo publiée sur le site de campagne du président sortant Laurent Gbagbo.
Alors que tout le pays attend la proclamation des résultats de l’élection présidentielle, dans les hôpitaux d’Abidjan on redoute une nouvelle vague de violences entre militants pro-Gbagbo et pro-Ouattara. Un médecin d'Abidjan témoigne.
La Côte d’Ivoire retient son souffle avant l’annonce des résultats de l’élection présidentielle, qui doit déterminer qui d’Alassane Ouattara ou du président sortant Laurent Gbagbo va diriger le pays. Dans la capitale Abidjan, ville fantôme depuis lundi, les services d’urgence des hôpitaux voient les blessés affluer depuis plusieurs jours.
Vendredi a été la journée la plus violente : trois personnes ont été tuées dans des heurts avec la police lors d’une manifestation contre le couvre-feu décrété par Laurent Gbagbo. Depuis ce week-end, les confrontations entre militants pro-Gbagbo et pro-Ouattara se multiplient, chaque parti accusant l’autre d’être responsable de ces violences.
"Les hommes des deux camps utilisent toute sorte d’armes de fortune pour se battre : des gourdins cloutés, des pierres, des bouts de bois..."
Notre observateur est un chirurgien au CHU de Cocody, au nord d’Abidjan.
La semaine dernière, j’ai vu une trentaine de militants blessés arriver à l’hôpital. Les hommes des deux camps (LMP et RHDP) utilisent toute sorte d’armes de fortune pour se battre : des gourdins cloutés, des pierres, des bouts de bois...
Il y a eu beaucoup d’arrivées vendredi - dernier jour de la campagne - et dimanche - le jour du vote. Le plus souvent, j’ai eu à soigner des contusions simples, avec quelques points de suture, un peu de Bétadine ou des anti-inflammatoires. Les blessés graves, victimes de grosses fractures ou de traumatismes crâniens, ont été directement transférés à la Polyclinique internationale Sainte Marie (Pisam) d’Abidjan, où ils ont pu recevoir des soins appropriés. Dans la nuit de dimanche à lundi, alors que le couvre-feu était déclaré, quatre blessés par balles sont arrivés à l’hôpital. On les a soignés ici au CHU. Depuis, ils sont rentrés chez eux.
"Dès leur arrivée à l’hôpital, ils sont pris en charge par le parti qu’ils soutiennent"
Les victimes sont amenées ici par le Samu ou les pompiers. On sait vite à quel camp ils appartiennent, mais nous soignons tout le monde, sans distinction. Dès leur arrivée à l’hôpital, ils sont pris en charge directement par le parti qu’ils soutiennent. Il n’y a pas de système d’assurance santé en Côte d’Ivoire. Quand les instances dirigeantes des partis entendent parler d’affrontements entre militants, ils envoient quelqu’un à l’hôpital pour régler les factures - par exemple les radiographies ou les transferts au bloc opératoire. Une solidarité s’est installée entre les partis politiques et leurs militants : dans leur budget de campagne, les partis ont prévu une somme d’argent pour aider leurs hommes blessés.
Depuis lundi, cela s’est calmé à l’hôpital, mais nous nous attendons au pire : comme tout le monde en Côte d’Ivoire. Les rues sont vides, chacun se terre chez lui, devant sa télévision, ou dans les QG des partis.
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