vendredi 4 février 2011

Beyrouth City

Par  RICH NGAPI

Trouver un logement à Kinshasa devient un parcours de combattant. A moins d’avoir conquis une place de choix au soleil, de milliers de locataires transpirent à grosses gouttes pour s’offrir un petit loyer où cacher sa misère. A cette croix déjà lourde, se rajoute la surenchère imposée par l’opulence des expatriés. Des Indo-Pakistano-Libanais, des Ouest-Afs, des Chinois… et autres agents des organismes internationaux, surtout du système des Nations Unies, proposent gros aux propriétaires de maisons.
Selon mon ami qui sait tout sur tout et presque tout sur rien, des Libanais sont en voie d’occuper, à eux seuls, le quartier « Bon Marché » , commune de Barumbu. Déjà, un coin de ce quartier huppé de la capitale se nomme « Beyrouth City » - Beyrouth, c’est la capitale du Liban. Ici, si tu n’as pas mangé à ta faim (comme on dit à Kin), n’ose pas fourrer ton nez pour solliciter un loyer. Le prix va toujours crescendo. Pour la même capacité, une maison à « Beyrouth City » coute trois plus cher que dans toute autre commune.
Pareille situation s’observe également au centre ville, dans la prestigieuse commune de la Gombe. Mon ami qui sait décidément tout n’a pas trouvé de mot pour qualifier le sentiment de déception qui s’est emparé des Congolais. Ils ne peuvent plus habiter la Gombe. Certains agents des organismes internationaux versent déjà les frais de loyer pour une année. 12000 Usd, par exemple, pour une maison de 1200 Usd mensuel. Ce luxe, quel Congolais – à moins d’être de la race de nouveaux caciques – peut se le permettre ?
Ne pouvant plus tenir, les Congolais se résignent. Les difficultés de logement à Kinshasa ont poussé de nombreux habitants à occuper des espaces interdits. A l’extrême, des familles entières ont tout simplement choisi de s’installer dans des cimetières. Et, on continue de procéder aux enterrements. Ils côtoient donc des morts. Parfois, lorsqu’il n’y a qu’une chaise à l’arrivée d’un visiteur, on la lui cède et on s’installe paisiblement sur une tombe. Avec sa bouteille de bock.
Ah ! Que voulez-vous. J’ai entendu dire que l’Hôtel de ville lui-même est locataire. Incroyable ! Comment va-t-il s’apitoyer sur le sort des gagne-petit alors qu’il n’a pas encore résolu sa propre équation ? Le calvaire du locataire à Kinshasa ne fait que commencer. Les experts prédisent la disparition des Congolais dans certains quartiers dans dix ans, faute de pouvoir d’achat. Déjà, au quartier Bon Marché, « Beyrouth City » s’impose.

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