Les Congolais de Belgique et d’autres pays occidentaux sont venus nombreux à Bruxelles pour écouter "V.K". Photo C.I.C
L’ancien président de l’Assemblée nationale congolaise, Vital Kamerhe a passé le week-end à Bruxelles. Vendredi 4 février, il a animé un «dîner de presse» dans un hôtel bruxellois dans le quartier Grand Sablon devant une cinquantaine de personnes. Répondant à une question sur l’idée d’organisation d’«élections primaires» pour désigner le candidat de l’opposition au scrutin présidentiel, «Vital» a déclaré qu’il est favorable à l’élaboration du «profil» du candidat de l’opposition à ce scrutin. Selon lui, ce profil devrait être basé sur des «critères objectifs» et non sur un «diktat» ou une «auto-proclamation». Il a néanmoins souligné que son parti est disposé à faire des «concessions» Le lendemain, samedi 5, le président de l’UNC a procédé, devant une assistance estimée à 600 personnes, à l’installation des fédérations en Europe de son parti l’Union de la Nation Congolaise. La manifestation de samedi a connu quelques incidents mineurs provoqués par des «chahuteurs». Samedi soir, l’auteur de ces lignes a été submergé par des appels téléphoniques. Un seul sujet : certains propos tenus par "V.K" lors de ces deux réunions.
Dîner de presse
Bruxelles. Le Grand Sablon. Vendredi 4 février 2011. Vital Kamerhe (V.K) anime un dîner de presse. Heure prévue : 16h30. Dans la petite salle, on reconnaît quelques «vieux visages» de la presse belge : Colette Braeckman (Le Soir), Roger Huisman (Het Belang Van Limburg), François Misser (BBC Afrique notamment). Les journalistes congolais sont venus en grand nombre : Cyprien Wetchi (Les Amis de Wetchi – Télé Matonge), Cheik Fita (Blog cheikfitanews), Fabien Kusuanika (Antenne A et Congolex), Marc Tabu (TVF1), Nancy Mbuyi (CCTV), Congoindépendant etc. Sans oublier l’analyste politique Jean-Pierre Mbelu. Côté politique, quelques membres du staff dirigeant de l’UNC sont attablés. C’est le cas notamment de l’ancien gouverneur de la province de l’Equateur Jean-Bertrand Ewanga Is’Ewanga et l’ancien gouverneur du Kasaï Occidental André-Claudel Lubaya.
Il est 17 heures lorsque la chargée de Communication de l’UNC-Belgique, Nicole Bwatshia Ntumba, «Coco» pour les intimes, annonce l’arrivée de Kamerhe. Après un petit mot d’introduction, la parole est donnée à «V.K». «Un discours improvisé est un discours préparé», disait le général De Gaule. Comme à son habitude, l’orateur du jour se lance sans l’aide d’un écrit. Il énonce quelques thèmes : «La situation politique en RD Congo, ma vision par rapport à la grande puissance endormie qu’est le Congo et les prochaines élections». Kamerhe fait état «des faits et signes inquiétants» qu’il a constaté au niveau du microcosme politique congolais. Il cite en premier lieu la révision constitutionnelle. «Pourquoi cette révision est-elle intervenue au moment où l’enrôlement des électeurs a déjà débuté notamment dans les provinces du Bas-Congo et du Maniema ?, s’est-il interrogé. Peut-on décemment changer les règles du jeu en pleine compétition ?» Vital de regretter que le Sénat ait voté dans le même sens que l’Assemblée nationale. Alors même que «la revision de la Constitution n’était pas inscritedans son ordre du jour ». Au lendemain de l’amendement de la Constitution, le président de l’UNC avait lancé l’idée d’une pétition. But : récolter 100.000 signatures afin d’initier une «contre-révision» de la Loi fondamentale. Réaliste, Kamerhe dit craindre que cette démarche reste «sans effet» devant un Parlement qui pourrait recourir aux «mêmes méthodes». Selon lui, la campagne de récolte de signatures se poursuivait dans l’arrière-pays. La police a raflé par trois fois des listes des signatures notamment à Butembo. Plus de 120.000 signatures ont été recueillies à Bukavu. «Il n’est pas impossible, dit-il, qu’on frôle un million de signatures». Le président de l’UNC a déploré la «timidité» de la réaction de la «communauté internationale» au lendemain de la «révision».
Citant «une source», l’orateur dit avoir appris que la loi électorale en préparation «va comporter» entre autres deux articles portant respectivement limitation, à 70 ans, l’âge maximum d’éligibilité du candidat à l’élection présidentielle et excluant les formations politiques n’ayant pas un minimum de cinq années d’existence de la faculté de présenter de candidat au scrutin présidentiel. C’est le cas de l’UNC. «Nous sommes donc dans une perspective d’une loi taillée sur mesure», fait-il remarquer. Poursuivant ses «constats», Kamerhe a relevé le traitement discriminatoire dont font l’objet les forces politiques et sociales appartenant à l’opposition tant au niveau d’accès aux médias publics que de l’organisation de leurs activités. «Les partis de la majorité peuvent organiser des meetings et leurs dirigeants vont et viennent sans heurts aux quatre coins du pays», dit-il. Il espère que la Mission onusienne pourra «sécuriser» non seulement les opérations de vote et les candidats mais aussi les «résultats» de chaque bureau.
Après cette «entrée», Vital Kamerhe d’aborder le «plat de résistance». Ceux qui avaient assisté aux prestations précédentes n’auront pas appris des idées nouvelles. Le président de l’UNC a fait état des discussions qui seraient en cours au sein de l’opposition afin de trouver un consensus sur quatre points : un programme, la stratégie à adopter face à la CENI (Commission électorale indépendante), la mise en place de la Cour constitutionnelle et l’installation du Conseil supérieur de l’audiovisuel et de la communication. A en croire «Vital», l’opposition devrait dessiner le «profil» de son candidat à l’élection présidentielle. A propos du programme, l’orateur de déclarer : «Notre peuple a besoin de la paix et de la sécurité. Il a besoin de la nourriture, de l’éducation et des soins de santé de qualité.» C’est ici qu’il revient sur son credo sur les similitudes d’atouts existant entre le Brésil et la RD Congo en termes des ressources naturelles. Il évoque également la «refondation de l’Etat». Il s’agit, martèle-t-il, de promouvoir un «Etat de droit» capable d’assurer ses missions régaliennes. Il faut pour ce faire un leadership. «C’est une équipe dont les membres regardent dans la même direction en se mettant au service du bien commun ». Comme dans ses autres prestations antérieures, «V.K» a insisté sur la valorisation du rôle de la femme. Sans oublier les paysans.
«Je n’ai pas attendu 17 ans…»
Vint l’heure des questions-réponses. Ne fait-il pas une «mauvaise lecture» de la situation de la RD Congo en jouant la carte des élections ? «Nous nous inscrivons dans la voie électorale qui est une voie pacifique». Serait-il favorable à l’organisation d’«élections primaires» pour désigner le candidat de l’opposition ? «C’est une question qui reste posée. Il s’agit d’élaborer le profil du candidat de l’opposant en se fondant sur des critères objectifs. Notre parti est prêt à faire de concessions mais n’acceptera pas le diktat.» Les Congolais ont fait confiance à Vital Kamerhe en 2006, devraient-ils lui renouveler leur confiance en 2011? «L’histoire du Congo ne commence pas en 2006. Que celui qui n’a pas péché jette la première pierre à Kamerhe. Rappelez-vous la «Lettre des 13 parlementaires» à l’origine de la création de l’UDPS en 1982. En ce qui me concerne, je n’ai pas attendu 17 ans. Je me suis ravisé très vite. Ai-je l’attitude de quelqu’un qui dessert les intérêts du peuple congolais ? J’ai été contre l’entrée des troupes rwandaises au Congo. Il en est de même de l’usage de la force pour désarmer les hommes de Jean-Pierre Bemba. L’Assemblée a organisé des débats sur l’affaire Bundu dia Kongo et les contrats chinois. Je m’étais trompé en 2006 en croyant que nous allions dans la même direction. Si le pouvoir m’avait envoyé pour noyauter l’opposition pourquoi ce même pouvoir irait-il prévenir l’opposition ? Un autre Congo prospère et fort est possible». Quelle est la véritable nationalité de Monsieur Kamerhe? «Depuis que j’ai annoncé ma candidature à l’élection présidentielle j’entends dire que je suis un Rwandais. Est-il abominable d’être Rwandais? Je suis un Congolais et fier de l’être. Je n’ai pas appris les quatre langues nationales au Rwanda. Ce discours sur la nationalité devrait être banni du débat. Il y a des Congolais qui ont une part de responsabilité plus grande que des étrangers dans la destruction du Congo. Remettons-nous en question !» Aurait-il «inspiré» le dossier intitulé «Kabila : Mobutu light» publié la semaine dernière par l’hebdomadaire parisien «Jeune Afrique» ? «Dans cette logique, je suis donc capable de dicter un article à la rédaction du quotidien bruxellois « Le Soir ». Je crois que mes détracteurs sont à la recherche de quelque chose du genre «outrage au chef de l’Etat. Construisons le Congo sur base des idées, sur base d’une vision. Je crois qu’un Congo fort et stable est possible.»
Installation des fédérations de l’UNC-Europe
Bruxelles. Place Rogier. Samedi 5 février. Le président de l’UNC va procéder à l’installation officielle des fédérations de l’UNC pour l’Europe. Heure : 14 heures. La salle est archicomble. Pas moins de 600 personnes sont présentes. Il y a là des sympathisants de l’UNC, des représentants des autres organisations politiques et sociales mais aussi des «curieux», venus observer. C’est le cas notamment de plusieurs officiers des ex-Forces armées zaïroises. Quel est le facteur qui a motivé cet «engouement» apparent? Est-ce la curiosité? Est-ce la soif de la nouveauté au plan idéologique ou simplement l’inconstance légendaire des Congolais? C’est sans doute les trois.
Il est 14h45 lorsque le secrétaire général de l’UNC, Jean-Bertrand Ewanga Is’Ewanga vient «chauffer» la salle par quelques slogans en lingala. Des slogans repris en choeur par les membres de ce parti. «UNCeeee !», entonne-t-il. «Mopepe ya Sika !» (UNC, la nouvelle vague ou vent nouveau), répondent les militants. «UNCeee !, Lisanga ya Bana Congo» (L’union des enfants du Congo). «UNCeee, Toujours ensemble.» Ewanga adopte un ton plus provocateur en empruntant des extraits d’une chanson pamphlétaire de feu Luambo Makiadi : «UNCeee, Mokolo tonga !» (Le détenteur du pouvoir) ; «UNCeee, abotoli tonga» (vous a arraché le pouvoir) ; «UNCeee, okotonga na nini eeeee !» (Qu’allez-vous faire désormais ?). Ewanga de murmurer : «Ezali nde motuna. Tofingi moto te !» Traduction: c’est une simple question. Nous ne nous en prenons à personne.
Il est 15heures 10 lorsque Kamerhe fait son entrée. Il est accueilli par des applaudissements. Une très jeune fille lui remet un bouquet de fleurs. D’une voix innocente, elle dit : «Monsieur Vital Kamerhe, soyez le bienvenu. Vous êtes l’espoir du Congo. Nous sommes tous derrière vous.» (Applaudissements). Après un mot introductif de la Chargée de la communication, le secrétaire général Ewanga prend la parole pour «proclamer» les nominations des responsables des fédérations UNC et leurs adjoints respectivement pour la Belgique (Hilaire Lumbaie Mulumba, Anne-Marie Mbungani (politique), Lino Amedika (Mobilisation et Finances), Christian Buhendwa (Etudes, Stratégies et Action), le Canada (Dr Ilo Bosefo), la France, la Grande-Bretagne, la Suisse (Yves Salumu et Roger Matayi), Allemagne (Jean-Pierre Bobono, Tota Makambo, Henriette Masambombo Misenga), Russie (Williams Mbobo Mputu, André Ambambula, Léon Ngalamulume, Ornelie Mvuemba. D’autres désignations devraient intervenir.
Le président de l’UNC prend la parole. Il reprend son thème favori consistant à rappeler son action en tant que président de l’Assemblée nationale. Il aborde les similitudes entre le Brésil et le Congo en citant Lula Da Silva comme modèle. «Je suis venu au sein du peuple, dit-il. J’ai réalisé que le navire piloté par le PPRD tangue et va bientôt sombrer.» «Pourquoi ai-je choisi la diaspora ?», s’est-il interrogé avant de répondre : «Vous êtes le symbole vivant de l’intelligentsia congolaise. Vous n’avez pas choisi de vivre à l’étranger. Vous êtes ici parce que rien ne marche chez nous. En cause, l’absence de vision, l’absence de volonté politique et l’absence d’ambition pour le Congo.» L’orateur s’engage dans une sorte de monologue : «Est-ce qu’un Congo prospère et stable est possible ? Nous disons oui ! ». Et de poursuivre : «Le Congo a besoin d’une armée républicaine et non une d’armée où l’on recrute les soldats au grade de général.» « Tous les officiers de valeur ont quitté le pays. Ceux qui sont restés sont chosifiés.» « Une justice impartiale au service de tous est-elle possible? Oui !» Pour Kamerhe, il ne faut pas s’en prendre aux juges et magistrats. «La cause du problème est structurelle», souligne-t-il. Il énonce ou plutôt rappelle, dans la foulée, les grandes lignes du programme de l’UNC. Il dit la nécessité pour la RD Congo de se doter d’une classe moyenne. A propos de la future loi électorale, «Vital» suspecte le pouvoir de chercher de subterfuge afin d’éliminer Etienne Tshisekedi et lui-même de la course. «V.K» s’adresse à l’assistance dans les quatre langues nationales. Il lance quelques phrases en Tshiluba. La salle vibre ! Il passe en Kikongo, en lingala et en swahili. «Nous avons besoin de vous, conclut-il, discussion ezanga tina tolingi yango te.»
Réactions
L’auteur de ces lignes a recueilli plusieurs réactions après les deux « événements » créés. Par l’UNC. Plusieurs membres de l’opposition ont contacté la rédaction de Congoindépendant pour réagir aux premiers échos parvenus à Kinshasa. Il faut dire d’emblée qu’il y a eu un grand malentendu entre les organisateurs et l’assistance. Nombreux sont en effet des participants qui espéraient l’organisation d’un débat avec Vital Kamerhe. «Je voulais lui poser la question sur son livre «Pourquoi j’ai choisi Kabila», confie un participant. «J’ai déjà entendu au moins cinq fois le discours que vient de prononcer par Kamerhe, dit, pour sa part, Didier. Il a développé les mêmes choses notamment à France 24. Il veut valoriser la femme mais il n’y avait aucune personne de sexe féminin à la tribune. Il parle souvent de Lula en oubliant que celui-ci n’était pas un apparatchik avant de diriger le Brésil.» Pour «Didier», «V.K» manque de cohérence. «Faut-il être nécessairement le président de la République pour servir son pays ?», enchaîne «Luc». Le Bruxellois Richard Alongo ne fait pas dans la dentelle. Pour lui, «Kamerhe est à la base de nos malheurs pour avoir été le directeur de campagne de Joseph Kabila.» Plusieurs participants regrettent que les organisateurs de la rencontre n’aient pas distribué des formulaires d’adhésion. Ruffin Bonsenge Ngandja n’en a cure : «Je vais adhérer à l’UNC. Vu l’actualité en Afrique, je ne crois pas que les élections auront lieu au Congo. J’aurai souhaité que Vital Kamerhe lance un appel au soulèvement populaire. J’espère qu’Etienne Tshisekedi le fera. Un pouvoir conquis par la force ne peut être vaincu que par la force». «Comment se fait-il que Monsieur Kamerhe s’en va à Bruxelles pour parler du « profil » du candidat de l’opposition à l’élection présidentielle ?» L’homme qui parle est un opposant politique. Il téléphone depuis Kinshasa. Il poursuit : «Vital tente de monter les enchères pour arracher le poste de Premier ministre. Il veut installer la zizanie au sein de l’opposition. Il se dit opposant sans s’opposer à Joseph Kabila. Où trouve-t-il l’argent pour effectuer ses nombreux voyages à l’étranger? Le problème de Kamerhe se limite à son conflit avec Augustin Katumba Mwanke.»
Il importe d’ouvrir une parenthèse pour relever que dans une interview accordée à l’hebdomadaire «Jeune Afrique» n°2609 daté du 9 au 15 janvier 2011, «V.K» avait eu notamment ces mots : «(…). Lorsque j’ai annoncé ma candidature, en décembre, j’ai dénoncé, parmi mes divergences avec Joseph Kabila, l’existence de ce gouvernement parallèle. Mais que les choses soient claires : je ne dirige pas ma lutte contre Kabila. Je dénonce un système qui nous conduit droit dans le mur. (…) ». Fermons la parenthèse. Notre interlocuteur de conclure : «Nous avons pour objectif le départ de Joseph Kabila. Ce samedi 5 février, nous avons organisé la matinée politique de l’Union pour la Nation. Toute personne qui ne sera pas derrière le candidat choisi par l’opposition lors de l’élection présidentielle sera considérée comme un ennemi envoyé par Kabila. Etienne Tshisekedi wa Mulumba est notre candidat. Nous n’allons en aucun cas livré l’opposition à Kamerhe.» Un autre opposant appelle de Bruxelles : «En vertu de quel droit Vital Kamerhe se permet-il de venir nous parler de «profil» du candidat de l’opposition à l’élection présidentielle. Nous avons broyé du noir dans l’opposition pendant que lui et les autres membres de la nomenklatura se pavanaient dans les palais de la République…»
On le voit, «V.K» n’a pas encore trouvé le «mot magique» pour convaincre ses «nouveaux camarades politiques» autant que de nombreux concitoyens de la sincérité - l’irréversibilité ? - de sa «rupture» avec «Joseph Kabila».
Bruxelles. Le Grand Sablon. Vendredi 4 février 2011. Vital Kamerhe (V.K) anime un dîner de presse. Heure prévue : 16h30. Dans la petite salle, on reconnaît quelques «vieux visages» de la presse belge : Colette Braeckman (Le Soir), Roger Huisman (Het Belang Van Limburg), François Misser (BBC Afrique notamment). Les journalistes congolais sont venus en grand nombre : Cyprien Wetchi (Les Amis de Wetchi – Télé Matonge), Cheik Fita (Blog cheikfitanews), Fabien Kusuanika (Antenne A et Congolex), Marc Tabu (TVF1), Nancy Mbuyi (CCTV), Congoindépendant etc. Sans oublier l’analyste politique Jean-Pierre Mbelu. Côté politique, quelques membres du staff dirigeant de l’UNC sont attablés. C’est le cas notamment de l’ancien gouverneur de la province de l’Equateur Jean-Bertrand Ewanga Is’Ewanga et l’ancien gouverneur du Kasaï Occidental André-Claudel Lubaya.
Il est 17 heures lorsque la chargée de Communication de l’UNC-Belgique, Nicole Bwatshia Ntumba, «Coco» pour les intimes, annonce l’arrivée de Kamerhe. Après un petit mot d’introduction, la parole est donnée à «V.K». «Un discours improvisé est un discours préparé», disait le général De Gaule. Comme à son habitude, l’orateur du jour se lance sans l’aide d’un écrit. Il énonce quelques thèmes : «La situation politique en RD Congo, ma vision par rapport à la grande puissance endormie qu’est le Congo et les prochaines élections». Kamerhe fait état «des faits et signes inquiétants» qu’il a constaté au niveau du microcosme politique congolais. Il cite en premier lieu la révision constitutionnelle. «Pourquoi cette révision est-elle intervenue au moment où l’enrôlement des électeurs a déjà débuté notamment dans les provinces du Bas-Congo et du Maniema ?, s’est-il interrogé. Peut-on décemment changer les règles du jeu en pleine compétition ?» Vital de regretter que le Sénat ait voté dans le même sens que l’Assemblée nationale. Alors même que «la revision de la Constitution n’était pas inscritedans son ordre du jour ». Au lendemain de l’amendement de la Constitution, le président de l’UNC avait lancé l’idée d’une pétition. But : récolter 100.000 signatures afin d’initier une «contre-révision» de la Loi fondamentale. Réaliste, Kamerhe dit craindre que cette démarche reste «sans effet» devant un Parlement qui pourrait recourir aux «mêmes méthodes». Selon lui, la campagne de récolte de signatures se poursuivait dans l’arrière-pays. La police a raflé par trois fois des listes des signatures notamment à Butembo. Plus de 120.000 signatures ont été recueillies à Bukavu. «Il n’est pas impossible, dit-il, qu’on frôle un million de signatures». Le président de l’UNC a déploré la «timidité» de la réaction de la «communauté internationale» au lendemain de la «révision».
Citant «une source», l’orateur dit avoir appris que la loi électorale en préparation «va comporter» entre autres deux articles portant respectivement limitation, à 70 ans, l’âge maximum d’éligibilité du candidat à l’élection présidentielle et excluant les formations politiques n’ayant pas un minimum de cinq années d’existence de la faculté de présenter de candidat au scrutin présidentiel. C’est le cas de l’UNC. «Nous sommes donc dans une perspective d’une loi taillée sur mesure», fait-il remarquer. Poursuivant ses «constats», Kamerhe a relevé le traitement discriminatoire dont font l’objet les forces politiques et sociales appartenant à l’opposition tant au niveau d’accès aux médias publics que de l’organisation de leurs activités. «Les partis de la majorité peuvent organiser des meetings et leurs dirigeants vont et viennent sans heurts aux quatre coins du pays», dit-il. Il espère que la Mission onusienne pourra «sécuriser» non seulement les opérations de vote et les candidats mais aussi les «résultats» de chaque bureau.
Après cette «entrée», Vital Kamerhe d’aborder le «plat de résistance». Ceux qui avaient assisté aux prestations précédentes n’auront pas appris des idées nouvelles. Le président de l’UNC a fait état des discussions qui seraient en cours au sein de l’opposition afin de trouver un consensus sur quatre points : un programme, la stratégie à adopter face à la CENI (Commission électorale indépendante), la mise en place de la Cour constitutionnelle et l’installation du Conseil supérieur de l’audiovisuel et de la communication. A en croire «Vital», l’opposition devrait dessiner le «profil» de son candidat à l’élection présidentielle. A propos du programme, l’orateur de déclarer : «Notre peuple a besoin de la paix et de la sécurité. Il a besoin de la nourriture, de l’éducation et des soins de santé de qualité.» C’est ici qu’il revient sur son credo sur les similitudes d’atouts existant entre le Brésil et la RD Congo en termes des ressources naturelles. Il évoque également la «refondation de l’Etat». Il s’agit, martèle-t-il, de promouvoir un «Etat de droit» capable d’assurer ses missions régaliennes. Il faut pour ce faire un leadership. «C’est une équipe dont les membres regardent dans la même direction en se mettant au service du bien commun ». Comme dans ses autres prestations antérieures, «V.K» a insisté sur la valorisation du rôle de la femme. Sans oublier les paysans.
«Je n’ai pas attendu 17 ans…»
Vint l’heure des questions-réponses. Ne fait-il pas une «mauvaise lecture» de la situation de la RD Congo en jouant la carte des élections ? «Nous nous inscrivons dans la voie électorale qui est une voie pacifique». Serait-il favorable à l’organisation d’«élections primaires» pour désigner le candidat de l’opposition ? «C’est une question qui reste posée. Il s’agit d’élaborer le profil du candidat de l’opposant en se fondant sur des critères objectifs. Notre parti est prêt à faire de concessions mais n’acceptera pas le diktat.» Les Congolais ont fait confiance à Vital Kamerhe en 2006, devraient-ils lui renouveler leur confiance en 2011? «L’histoire du Congo ne commence pas en 2006. Que celui qui n’a pas péché jette la première pierre à Kamerhe. Rappelez-vous la «Lettre des 13 parlementaires» à l’origine de la création de l’UDPS en 1982. En ce qui me concerne, je n’ai pas attendu 17 ans. Je me suis ravisé très vite. Ai-je l’attitude de quelqu’un qui dessert les intérêts du peuple congolais ? J’ai été contre l’entrée des troupes rwandaises au Congo. Il en est de même de l’usage de la force pour désarmer les hommes de Jean-Pierre Bemba. L’Assemblée a organisé des débats sur l’affaire Bundu dia Kongo et les contrats chinois. Je m’étais trompé en 2006 en croyant que nous allions dans la même direction. Si le pouvoir m’avait envoyé pour noyauter l’opposition pourquoi ce même pouvoir irait-il prévenir l’opposition ? Un autre Congo prospère et fort est possible». Quelle est la véritable nationalité de Monsieur Kamerhe? «Depuis que j’ai annoncé ma candidature à l’élection présidentielle j’entends dire que je suis un Rwandais. Est-il abominable d’être Rwandais? Je suis un Congolais et fier de l’être. Je n’ai pas appris les quatre langues nationales au Rwanda. Ce discours sur la nationalité devrait être banni du débat. Il y a des Congolais qui ont une part de responsabilité plus grande que des étrangers dans la destruction du Congo. Remettons-nous en question !» Aurait-il «inspiré» le dossier intitulé «Kabila : Mobutu light» publié la semaine dernière par l’hebdomadaire parisien «Jeune Afrique» ? «Dans cette logique, je suis donc capable de dicter un article à la rédaction du quotidien bruxellois « Le Soir ». Je crois que mes détracteurs sont à la recherche de quelque chose du genre «outrage au chef de l’Etat. Construisons le Congo sur base des idées, sur base d’une vision. Je crois qu’un Congo fort et stable est possible.»
Installation des fédérations de l’UNC-Europe
Bruxelles. Place Rogier. Samedi 5 février. Le président de l’UNC va procéder à l’installation officielle des fédérations de l’UNC pour l’Europe. Heure : 14 heures. La salle est archicomble. Pas moins de 600 personnes sont présentes. Il y a là des sympathisants de l’UNC, des représentants des autres organisations politiques et sociales mais aussi des «curieux», venus observer. C’est le cas notamment de plusieurs officiers des ex-Forces armées zaïroises. Quel est le facteur qui a motivé cet «engouement» apparent? Est-ce la curiosité? Est-ce la soif de la nouveauté au plan idéologique ou simplement l’inconstance légendaire des Congolais? C’est sans doute les trois.
Il est 14h45 lorsque le secrétaire général de l’UNC, Jean-Bertrand Ewanga Is’Ewanga vient «chauffer» la salle par quelques slogans en lingala. Des slogans repris en choeur par les membres de ce parti. «UNCeeee !», entonne-t-il. «Mopepe ya Sika !» (UNC, la nouvelle vague ou vent nouveau), répondent les militants. «UNCeee !, Lisanga ya Bana Congo» (L’union des enfants du Congo). «UNCeee, Toujours ensemble.» Ewanga adopte un ton plus provocateur en empruntant des extraits d’une chanson pamphlétaire de feu Luambo Makiadi : «UNCeee, Mokolo tonga !» (Le détenteur du pouvoir) ; «UNCeee, abotoli tonga» (vous a arraché le pouvoir) ; «UNCeee, okotonga na nini eeeee !» (Qu’allez-vous faire désormais ?). Ewanga de murmurer : «Ezali nde motuna. Tofingi moto te !» Traduction: c’est une simple question. Nous ne nous en prenons à personne.
Il est 15heures 10 lorsque Kamerhe fait son entrée. Il est accueilli par des applaudissements. Une très jeune fille lui remet un bouquet de fleurs. D’une voix innocente, elle dit : «Monsieur Vital Kamerhe, soyez le bienvenu. Vous êtes l’espoir du Congo. Nous sommes tous derrière vous.» (Applaudissements). Après un mot introductif de la Chargée de la communication, le secrétaire général Ewanga prend la parole pour «proclamer» les nominations des responsables des fédérations UNC et leurs adjoints respectivement pour la Belgique (Hilaire Lumbaie Mulumba, Anne-Marie Mbungani (politique), Lino Amedika (Mobilisation et Finances), Christian Buhendwa (Etudes, Stratégies et Action), le Canada (Dr Ilo Bosefo), la France, la Grande-Bretagne, la Suisse (Yves Salumu et Roger Matayi), Allemagne (Jean-Pierre Bobono, Tota Makambo, Henriette Masambombo Misenga), Russie (Williams Mbobo Mputu, André Ambambula, Léon Ngalamulume, Ornelie Mvuemba. D’autres désignations devraient intervenir.
Le président de l’UNC prend la parole. Il reprend son thème favori consistant à rappeler son action en tant que président de l’Assemblée nationale. Il aborde les similitudes entre le Brésil et le Congo en citant Lula Da Silva comme modèle. «Je suis venu au sein du peuple, dit-il. J’ai réalisé que le navire piloté par le PPRD tangue et va bientôt sombrer.» «Pourquoi ai-je choisi la diaspora ?», s’est-il interrogé avant de répondre : «Vous êtes le symbole vivant de l’intelligentsia congolaise. Vous n’avez pas choisi de vivre à l’étranger. Vous êtes ici parce que rien ne marche chez nous. En cause, l’absence de vision, l’absence de volonté politique et l’absence d’ambition pour le Congo.» L’orateur s’engage dans une sorte de monologue : «Est-ce qu’un Congo prospère et stable est possible ? Nous disons oui ! ». Et de poursuivre : «Le Congo a besoin d’une armée républicaine et non une d’armée où l’on recrute les soldats au grade de général.» « Tous les officiers de valeur ont quitté le pays. Ceux qui sont restés sont chosifiés.» « Une justice impartiale au service de tous est-elle possible? Oui !» Pour Kamerhe, il ne faut pas s’en prendre aux juges et magistrats. «La cause du problème est structurelle», souligne-t-il. Il énonce ou plutôt rappelle, dans la foulée, les grandes lignes du programme de l’UNC. Il dit la nécessité pour la RD Congo de se doter d’une classe moyenne. A propos de la future loi électorale, «Vital» suspecte le pouvoir de chercher de subterfuge afin d’éliminer Etienne Tshisekedi et lui-même de la course. «V.K» s’adresse à l’assistance dans les quatre langues nationales. Il lance quelques phrases en Tshiluba. La salle vibre ! Il passe en Kikongo, en lingala et en swahili. «Nous avons besoin de vous, conclut-il, discussion ezanga tina tolingi yango te.»
Réactions
L’auteur de ces lignes a recueilli plusieurs réactions après les deux « événements » créés. Par l’UNC. Plusieurs membres de l’opposition ont contacté la rédaction de Congoindépendant pour réagir aux premiers échos parvenus à Kinshasa. Il faut dire d’emblée qu’il y a eu un grand malentendu entre les organisateurs et l’assistance. Nombreux sont en effet des participants qui espéraient l’organisation d’un débat avec Vital Kamerhe. «Je voulais lui poser la question sur son livre «Pourquoi j’ai choisi Kabila», confie un participant. «J’ai déjà entendu au moins cinq fois le discours que vient de prononcer par Kamerhe, dit, pour sa part, Didier. Il a développé les mêmes choses notamment à France 24. Il veut valoriser la femme mais il n’y avait aucune personne de sexe féminin à la tribune. Il parle souvent de Lula en oubliant que celui-ci n’était pas un apparatchik avant de diriger le Brésil.» Pour «Didier», «V.K» manque de cohérence. «Faut-il être nécessairement le président de la République pour servir son pays ?», enchaîne «Luc». Le Bruxellois Richard Alongo ne fait pas dans la dentelle. Pour lui, «Kamerhe est à la base de nos malheurs pour avoir été le directeur de campagne de Joseph Kabila.» Plusieurs participants regrettent que les organisateurs de la rencontre n’aient pas distribué des formulaires d’adhésion. Ruffin Bonsenge Ngandja n’en a cure : «Je vais adhérer à l’UNC. Vu l’actualité en Afrique, je ne crois pas que les élections auront lieu au Congo. J’aurai souhaité que Vital Kamerhe lance un appel au soulèvement populaire. J’espère qu’Etienne Tshisekedi le fera. Un pouvoir conquis par la force ne peut être vaincu que par la force». «Comment se fait-il que Monsieur Kamerhe s’en va à Bruxelles pour parler du « profil » du candidat de l’opposition à l’élection présidentielle ?» L’homme qui parle est un opposant politique. Il téléphone depuis Kinshasa. Il poursuit : «Vital tente de monter les enchères pour arracher le poste de Premier ministre. Il veut installer la zizanie au sein de l’opposition. Il se dit opposant sans s’opposer à Joseph Kabila. Où trouve-t-il l’argent pour effectuer ses nombreux voyages à l’étranger? Le problème de Kamerhe se limite à son conflit avec Augustin Katumba Mwanke.»
Il importe d’ouvrir une parenthèse pour relever que dans une interview accordée à l’hebdomadaire «Jeune Afrique» n°2609 daté du 9 au 15 janvier 2011, «V.K» avait eu notamment ces mots : «(…). Lorsque j’ai annoncé ma candidature, en décembre, j’ai dénoncé, parmi mes divergences avec Joseph Kabila, l’existence de ce gouvernement parallèle. Mais que les choses soient claires : je ne dirige pas ma lutte contre Kabila. Je dénonce un système qui nous conduit droit dans le mur. (…) ». Fermons la parenthèse. Notre interlocuteur de conclure : «Nous avons pour objectif le départ de Joseph Kabila. Ce samedi 5 février, nous avons organisé la matinée politique de l’Union pour la Nation. Toute personne qui ne sera pas derrière le candidat choisi par l’opposition lors de l’élection présidentielle sera considérée comme un ennemi envoyé par Kabila. Etienne Tshisekedi wa Mulumba est notre candidat. Nous n’allons en aucun cas livré l’opposition à Kamerhe.» Un autre opposant appelle de Bruxelles : «En vertu de quel droit Vital Kamerhe se permet-il de venir nous parler de «profil» du candidat de l’opposition à l’élection présidentielle. Nous avons broyé du noir dans l’opposition pendant que lui et les autres membres de la nomenklatura se pavanaient dans les palais de la République…»
On le voit, «V.K» n’a pas encore trouvé le «mot magique» pour convaincre ses «nouveaux camarades politiques» autant que de nombreux concitoyens de la sincérité - l’irréversibilité ? - de sa «rupture» avec «Joseph Kabila».
Baudouin Amba Wetshi
© Congoindépendant 2003-2011
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