jeudi 3 février 2011

Les Villes Congolaises deviennent des grands villages dangereux

Mz’ee Mwembo PhD

L’Ingratitude des Intellectuels Congolais

Depuis 1960, les intellectuels congolais occupent les maisons, les postes et les fauteuils abandonnés par les colonialistes belges.
La majorité d’intellectuels congolais préfère travailler à Kinshasa ou être chômeur dans une ville du pays. Ils disent : ‘Mieux vaut être le dernier en ville plutôt que de travailler ou être le premier dans les villages.’ Cette préférence de la vie en ville à celle du village crée l’exode rural. Le mouvement volontaire ou forcé des habitants des villages vers les villes est en train de produire deux phénomènes suicidaires dans notre pays: la ruralisation des villes et la mort à petit feu des milieux coutumiers. Ces phénomènes peuvent un jour provoquer l’effondrement du baobab, le Congo RDC. Peut-on dire que beaucoup d’intellectuels congolais sont ignorants de cette situation ?
Regards Croisés a publié un rapport sur l’atelier de réflexion sous-régional tenu à Goma en 2008, regroupant le Burundi, le Rwanda et la RD Congo. Les participants ont examiné plusieurs points relatifs au développement et au bien-être des habitants de pays membres. Les participants ont trouvé que le fossé qui sépare les villes et les villages dans notre sous-région s’élargit au jour le jour au point où les villages se vident et les villes elles-mêmes deviennent des villages. Regards Croisés  accuse les intellectuels congolais, car ils sont responsables de cette situation fort alarmante. Je suis inspiré de leur article pour écrire ce petit article.

Sans risque de me tromper, la majorité des intellectuels qui occupe des postes importants dans notre pays à tous les nouveaux étaient nés et élevés aux villages. La majorité d’entre eux a quitté les villages pour étudier dans les villes ou de grands centres.  Ceux qui sont nés en villes ont des parents qui ont quitté leurs villages pour s’installer en ville afin que leurs enfants aient l’occasion d’étudier. Les villages sont donc le point de départ ou la source d’où sont venus les intellectuels ou leurs parents.

Une fois, les études terminées, certains occupent des postes de commandement, ou des postes de prise de décisions et ils sont bien rémunérés. Ces mêmes congolais ne veulent pas rentrer au village. Leurs parents ou grands-parents qui ont consenti des sacrifices énormes pour les envoyer à l’école croupissent dans la misère dans les villages sans hôpitaux, sans écoles, sans accès à l’eau courante, sans habits ni habitation adéquate.
Certains congolais bien placés se contentent d’envoyer de temps en temps un peu d’argent ou des habits. Ils préfèrent construire en Afrique du Sud ou en occident au lieu de commencer à construire à ‘Jérusalem’, c’est-a-dire dans leurs milieux d’origine. D’autres se décident d’amener leurs parents du village à la ville. Mais en Afrique l’éducation de l’enfant c’est l’affaire et le devoir de tout le village. Le village a investi dans les enfants en leur donnant la protection, les habitudes de bonne conduite, et l’encouragement, mais une fois en ville dans un bon poste, ces enfants ingrats oublient le village natal et refusent de rentrer d’où ils étaient venus sous prétexte qu’il n’y a pas de vie au village.
L’exode rural est en train de produire deux phénomènes suicidaires de la ruralisation des villes et la mort à petit feu des milieux coutumiers. Ces phénomènes peuvent un jour provoquer l’effondrement du baobab. La faute incombe aux intellectuels congolais.
La Ruralisation des Villes Congolaises
Les villes du Congo reçoivent au jour le jour un grand nombre d’habitants venant de villages. Ces citoyens viennent dans les villes pour s’y installer, pour y vivre et y réaliser leurs rêves. Les habitants des villages fuient le milieu traditionnel pour multiples raisons. Pour certains ce sont ces contraintes tribales et le peu d’opportunités de s’épanouir qui les poussent à quitter le milieu natal pour vivre dans les villes ou de grands centres. Ces dernières années, les villages ne sont pas en sécurité.
Dans les villes, l’eau courante des robinets, l’électricité, les marchés, les écoles, les dispensaires et les hôpitaux attirent de nombreux citoyens des villages. Les promesses de ramener la vie aux villages se fait toujours attendre. Une fois dans une ville, les nouveau-venus abandonnent la langue, les coutumes, l’identité et les valeurs du village pour éviter les railleries de citadins. Ces derniers se considèrent comme des civilisés; ils se placent entre les muzungu et son frère ou sa sœur qui a besoin de civilisation occidentale. L’homme ou la femme de la ville sent une obligation de continuer l’œuvre de civilisation lui confiée par le ‘mundele’, parti il y a cinquante ans. Quelle fidélité au ‘maître’!
Avec un exode toujours croissant, les villes de Kinshasa, Lubumbashi, Goma, Mbuji-Mayi, Kisangani et tant d’autres deviennent de plus en plus volumineuses et bouillonnantes. Kinshasa est devenue une méga ville ayant au moins sept millions d’habitants. Kinshasa, par exemple, n’a que des structures d’accueil et les infrastructures d’un grand village, mais un village sans âme, sans racines. Un grand village qui grossit mais qui ne murit pas. Tous les congolais veulent habiter Kinshasa à leurs risques et périls.
L’accroissement de la population n’est pas du tout un progrès lorsque la qualité de la vie y est médiocre et problématique. La population des villes augmente, mais les infrastructures se détériorent. L’eau et l’électricité sont distribuées dans les quartiers d’habitation à tour de rôle selon le principe connu sous le nom de délestage. Le transport en commun est insuffisant et devient un casse-tête de chaque jour et coûteux pour la majorité d’habitants de villes. Dans les villes congolaises, des piétons sont aussi nombreux que dans les villages. Le logement est difficile à trouver et devient de plus en plus cher. Une maison de deux ou trous chambres à coucher peut loger une douzaine de personnes. Malgré toutes ces difficultés, tous les congolais veulent habiter Kinshasa à leurs risques et périls.
La seule caractéristique qui distingue les villes de villages de nos jours c’est l’étendue. A part quelques quartiers habités par les privilégiés, les villes congolaises sont devenues de grands villages avec une exception que les villages traditionnels sont encore paisibles. Dans les villages traditionnels, le bien commun est plus important que le bien individuel. Les vélos, les chèvres et les moutons des habitants dorment dehors sans que le voleur ne vienne les voler. Mais dans les villes devenues de grands villages, les portes de maisons doivent être verrouillées, cadencées. La méfiance, l’insécurité y est toujours grandissante. Ce sentiment d’insécurité n’étonne pas, car nos villes ressemblent aux villes occidentales dont le mode de vie fascine et éblouit les congolais encore naïfs. Dans les villes, les voisins ne se connaissent pas, ne se voient pas et parfois ne se parlent même pas. C’est le chacun pour soi et Dieu pour tous.
Être Muté à l’Intérieur du Pays est une Condamnation
Lorsqu’un congolais qui habite Kinshasa, Lubumbashi ou une ville est muté pour servir son pays à l’intérieur du pays cela est perçu comme une punition. Ainsi certains congolais s’arrangent avec les responsables pour rester en ville. De même certains dirigeants qui veulent se débarrasser d’un subalterne gênant, il le menace et dit : ‘Tu seras muté à l’intérieur ! »
A Kinshasa, les congolais qui viennent de provinces sont considérés comme des citoyens non civilisés ou des semi-barbares. Une fille de 18 ans née à Kinshasa refusait de recevoir les conseils de son oncle venu du Katanga pour visiter la famille après plusieurs années. La fille répondait à son oncle : « Vous n’avez rien à me dire, vous venez du village !»
Le Symbole de l’Arbre
Ave un exode massif qui ronge le pays de tous les quatre coins de la nation, avec le mépris de servir les villages, le fossé entre les villes et les villages s’agrandit au jour le jour. La vie, selon les intellectuels, se trouve en ville. Mais ils oublient que la vie en ville n’est qu’une illusion, une vie sans racine, sans âme, sans authenticité, une copie en noir du blanc (Fanon).
Professeur Ki-Zerbo, expert exceptionnel en développement endogène, et expert en histoire de l’Afrique dit que le développement d’un pays est comparable à l’arbre. Les racines de l’arbre lui permettent de tirer dans le sol les éléments nutritifs. Une arbre sans racines ne se développera pas et ne résistera pas le vent et le poids posé sur lui par les oiseaux et même par ses propres fruits. De même un pays dont les habitants n’ont pas de racines, de traditions, de langue maternelle ou nationale ne pourra pas résister les attaques extérieures. Disons que si l’Afrique a résisté l’esclavagisme venu des occidentaux et des arabes, c’est grâce à ses traditions et coutumes enracinées dans les cultures africaines, notamment la vie communale, la solidarité et le respect de la nature. Perdre nos valeurs c’est nous exposer à l’effondrement de notre pays surtout à cet âge ou le monde entier vient chercher la survie chez nous.
L’arbre a des branches qui se déploient dans l’air et se pointent à l’horizon. Un pays ne doit pas rester enraciné dans ses coutumes et ses traditions, il doit chercher ailleurs les éléments qui lui permettent de se développer, d’améliorer ses technologies et ainsi faire de progrès. Les intellectuels congolais sont responsables de la ruralisation des nos villes. Ils sont aussi responsables de la mort progressive des nos villages. La mort de nos villages c’est aussi la mort du baob qui est le grand Congo. L’éducation aujourd’hui doit être redéfinie. Elle doit viser à former les dirigeants actuels et les générations à venir pour régénérer la vie dans les villages.
La survie des villages c’est la survie des villes et par ricochet le développement du pays. Les villes se développaient en s’approvisionnant dans les villages et non en exportant de la Zambie, de l’Afrique du Sud ou de l’Inde ou de l’Europe ce que nous pouvons produire chez nous.
Pendant la période coloniale, les colonialistes prenaient soin d’entretenir les villages sachant que les villages étaient leurs sources de revenus. Bien que les colonialistes aient commencé une stratégie de détruire les coutumes, les langues, et les traditions congolaises, ils exerçaient quand même une autorité de l’administration belge pour que les villages continuent de se reproduire. Les missionnaires [catholiques], les agronomes, les agents de ‘Mbula Matadi’-L’Etat Congolais-assuraient certains services périodiques dans les villages.
Pourquoi, les intellectuels congolais ne peuvent-ils pas veiller à la survie des villages qui les ont vu naitre, qui les ont vu grandir, qui les ont armés du courage et de la motivation pour étudier ? Vraiment c’est ingrat ! C’est la ruine et l’effondrement du pays.
Les Congolais qui Veulent Travailler dans les Villages sont Découragés
Les congolais qui veulent travailler dans les villages sont découragés par les autorités du pays par des paiements des salaires irréguliers, détournés, et par le manque d’investissements dans les villages. Investir dans les villages peut décongestionner les villes. L’argent, la sécurité, tous les biens de la nation sont concentrés à Kinshasa. Les miettes sont envoyées dans les capitales des provinces. Le reste du pays n’est visité que pendant les campagnes électorales pour obtenir les voix des pauvres villageois qui sont autant naïfs que loyaux.
Que faire ?
L’expérience dans certains pays africains, tel que la Tanzanie, devait inspirer les autorités congolaises. Dans ces pays, les agents qui sont envoyés en mutations reçoivent des primes régulières. Ils reçoivent aussi des crédits pour faire les projets agricoles ou les projets d’élevage. Ainsi faisant, l’agent en mutation non seulement sert les villages, mais aussi il prépare son avenir et peut développer ses propres affaires au lieu de rester dans la logique humiliant de quémandeur d’emploi perpétuel.
Tout est à refaire au Congo. Au lieu de continuer voire amplifier les structures coloniales capitalistes dont une poignée exploite la majorité des compatriotes, la politique du 21ème siècle doit consister à revitaliser nos villages. Les villes congolaises ainsi que tous les autres systèmes hérités de la colonisation honteuse ont été établis de sorte qu’une classe composée d’un petit nombre exploite la majorité. Si les congolais sont vraiment sincères et s’ils ont l’amour du prochain, ils doivent se mettre ensemble pour refaire les systèmes de villes et faire une refonte de tous les autres systèmes. Le status quo ne fait que perpétuer les injustices sociales qui a la longue produiront une explosion difficile à contenir. Commentaire à Mz’ee Mwembo lombem@msn.com

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