Par Donatien Ngandu Mupompa
Pour effacer les traces de Chebeya, l'inspecteur provincial adjoint de la Province Orientale aurait essayé de soudoyer une policière de l'Inspection générale de la police, en l'incitant d'arracher la page des visites du 1er juin 2010.Me Jean-Marie Kabengela Ilunga avait déclaré que l'affaire Chebeya a beaucoup de ramifications. A l'audience du lundi 7 février 2011, la déposition de Mme Mpila Shungu Corinne, sous-commissaire de police œuvrant au service du protocole de l'Inspection générale de la police, semble lui avoir donné raison.
En effet, la renseignante Mpila Shungu Corinne a fait une révélation inattendue dans le procès qui oppose le ministère public aux assassins présumés de Floribert Chebeya et Fidèle Bazana.
Elle a dit qu'en date du 2 juin 2010, étant à son poste à l'entrée principale de l'Inspection générale de la police où elle est chargée d'enregistrer les entrées et les sorties des visiteurs, le colonel Kanode Kamana, inspecteur provincial adjoint de la police de la Province Orientale, lui a demandé si c'était possible de lui arracher la page du registre contenant les enregistrements du 1er juin 2010.
Or, c'est à cette date que Floribert Chebeya et son chauffeur sont censés avoir franchi cette réception. En échange de ce service, a-t-elle dit, le colonel Kanode lui a présenté un billet de vingt dollars américains. Devant sa résistance, celui-ci a appelé le capitaine Nehema.
Toujours selon Mme Mpila Shungu Corinne, elle a refusé cette offre, en expliquant au colonel corrupteur qu'elle est orpheline, et ne voudrait pas laisser ses enfants qui ont encore besoin d'elle. Pour terminer, cette policière a déclaré à la Cour militaire qu'elle est l'objet de menaces et se trouve maintenant en insécurité.
En entendant ce récit, le ministère public a dit à la Cour que l'on fasse venir ce colonel de l'Inspection de la Province Orientale qui a demandé qu'on lui arrache une page du registre des rendez-vous. Mais plus précis, le premier président de la Cour militaire de Kinshasa/Gombe, le colonel Masungi, a ordonné qu'on établisse un mandat d'amener à l'endroit du colonel Kanode.
Pour se faire une juste opinion sur cette déposition, la Cour a présenté le registre en question à la renseignante. A la question du ministère public de savoir si c'est de cette façon que l'on termine le registre, voici sa réponse : «Ce n'est pas comme ça». Encore une question de l'organe de la loi : «Y'a-t-il des traces d'une page arrachée ?». Réponse de la sous-commissaire Mpila Shungu Corinne : «Négatif !».
La Cour a voulu alors savoir s'il y a un autre registre, et la renseignante a dit qu'elle ne sait pas s'il y en a à l'intérieur du bâtiment où se trouve un autre service de protocole.
A propos de ses jours de service, elle a affirmé avoir travaillé le 31 mai et le 1er juin 2010. C'est pourquoi la Cour lui a demandé si elle a vu son chef Ngoy Mulongoy dans la journée du 31 mai. En guise de réponse, elle a affirmé que ce dernier est là presque chaque jour ; tout en ajoutant qu'elle ne se souvient pas si elle l'avait vu en date du 1er juin.
L'autre apréhension du ministère public était d'avoir constaté que le 1er juin 2010, il n'y a que le commissaire Kalonga qui a rempli le registre. Comme explication, la renseignante a déclaré que c'est lui qui était assis à ce poste. Elle a même dit avoir reconnu l'écriture de ce commissaire. Au sujet de l'horaire, elle a déclaré que le travail du protocole se termine à 16h00''.
Comme on le voit, la liste des prévenus pourrait s'allonger dans l'affaire Chebeya, et certains pourraient être poursuivis comme coauteurs ou complices de ce double assassinat. Mais seulement, aucun mot n'est encore dit sur Fidèle Bazana Edadi - l'homme qui s'est trouvé à un mauvais endroit au mauvais moment - quand bien même on aurait l'impression qu'on a déjà effleuré la prévention d'assassinat.
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