mardi 1 février 2011

Qu’est ce qu’un " bon candidat"?

Par Guy De Boeck

Qu’est ce qu’un « bon candidat » à une élection quelconque ? En principe, ce devrait être un homme ou une femme dont on a des raisons de penser qu’il remplira bien la fonction pour laquelle on le propose. 


Dans la pratique, le « bon candidat » a tendance à se définir simplement comme « celui qui peut gagner l’élection », toute autre considération passant au second plan. Ce qui expose bien sûr au risque de présenter des gens qui ont de grandes qualités du point de vue de la propagande, comme d’être photogéniques, de bien « passer » à la TV, plutôt que celles qui feraient d’eux de bons présidents, ministres, députés, etc… Il était par exemple manifeste, lors des « primaires » démocrates  qui ont précédé la dernière présidentielle américaine, que les démocrates avaient décidé de dynamiser leur campagne en proposant aux électeurs une « grande première historique » : que le choix se portât sur Hillary Clinton ou sur Barack Obama, voter démocrate signifierait envoyer à la Maison Blanche soit la première femme, soit le premier Noir de l’histoire des Etats-Unis.
Il va de soi que cette tendance est bien plus sensible lors des élections qui envoient directement l’élu occuper une fonction importante que lors de celles qui servent simplement à composer une assemblée. Et c’est évidemment, par excellence, le cas quand il s’agit d’élire le Chef de l’Etat ou celui du gouvernement (par exemple en Grande-Bretagne, où le leader du parti vainqueur devient automatiquement Premier Ministre). Elle est aussi accrue par le bipartisme (qu’il s’agisse comme aux Etats-Unis vraiment de deux partis ou comme en France, d’une bipolarisation entre la Gauche et la Droite) et plus sensible dans un scrutin majoritaire à un tour, qui rend les oppositions plus acerbes en empêchant qu’un tiers candidat se présente comme « centriste » ou « modérateur », comme cela peut arriver dans un scrutin à deux tours (Ex : François Bayrou aux dernières élections françaises).
Enfin, toutes ces tendances sont poussées au paroxysme là où la politique est avant tout une question de personnes, où les présidents sortants ont l’habitude de se cramponner à leurs sièges, où les vainqueurs sont habituellement arrogants et despotiques, les perdants mauvais coucheurs et tous les camps prêts à user de toutes les ficelles pour se donner l’avantage, c'est-à-dire en Afrique et en particulier en RDCongo. 
(Les considérations émises ici se basent sur les dispositions légales de la RDC fin janvier 2011 c'est-à-dire APRES la révision de la Constitution mais AVANT toute modification de la loi électorale. Des bruits persistants font état de l’élaboration d’une loi électorale elle aussi « sur mesure ». Elle limiterait l’âge de la présentation de la candidature de la présidence à 70 ans et exigerait des candidats à la présidence qu’ils aient passés au moins les trois dernières années (avant les élections) au pays. Si ces bruits venaient à être confirmés par la loi électorale, certains candidats à la présidentielle seraient d’office exclus. Tel serait le cas de Vital Kamerhe, de Guillaume Ngefa, d’Etienne Tshisekedi, de Jean-Paul Moka, etc…Il faut supposer que, sans doute, si JKK redoutait la concurrence d’un candidat pygmée, la loi électorale prévoirait que les candidats doivent avoir une taille excédant 1m70).
Du côté de l’opposition congolaise, le choix du « bon candidat » se ramène depuis toujours à la question « Qui peut être sûr de battre Kabila ?». A quoi on donne des réponses différentes. (Il faut noter en passant que si, de son côté, la Majorité est unanime autour du président sortant, ce n’est pas qu’elle soit moins composite que l’opposition mais que, dans un pays où le politique est affaire de personnes et où il n’y a qu’un président sortant, le choix n’existe pas et qu’il n’y a pas non plus de possibilité de le rejeter pour des raisons idéologiques, rien n’étant plus absent de la politique congolaise que l’idéologie !)
Sans se faire en rien l’avocat de JKK à propos de sa « révision constitutionnelle précipitée et orientée » il faut reconnaître qu’elle est logique. Le scrutin à deux tours représentait en quelque sorte un « cadeau » pour l’opposition, à qui le premier tour servait de « primaires » en sélectionnant parmi les candidats d’opposition celui qui, au second tour, bénéficierait de l’effet « Tout sauf Kabila [1]». Insuffisant en 2006 pour entraîner la victoire de Bemba, cet « effet TSK » risquait de déboucher en 2011 sur une défaite de JKK, compte tenu de toutes les indications qui laissent prévoir une perte de voix pour le camp présidentiel.
Le passage au système majoritaire à un tour va obliger l’opposition à n’avoir qu’un candidat, si elle veut bénéficier de cet « effet TSK ». Ce qui ne va pas être simple à réaliser.
Un premier obstacle tient à la nature même de la politique congolaise, à son extrême « personnalisation » et à son absence d’idéologie. Toute dynamique unitaire entre partis revient toujours à abandonner de petits avantages personnels au profit de grands résultats que l’on espère dans l’intérêt général. Ainsi, dans l’Union de la Gauche française, le PCF et le MRG savaient fort bien qu’ils allaient électoralement « ramer pour le PS » et peut-être y perdre de l’influence. Mais ils en espéraient suffisamment de changement pour accepter ce désagrément. On voit assez mal comment une démarche de ce genre se réaliserait dans un paysage politique où les programmes et les idées sont les parents pauvres.
Puisque le défunt scrutin à deux tours offrait pour l’opposition l’avantage de sélectionner au premier tour le candidat qui, au second, bénéficierait du TSK, des voix se sont élevées pour suggérer que l’on procède, au sein de l’opposition, à des « primaires » à l’américaine. Précisons que ces voix étaient en général celles de Congolais bien intentionnés militant sur « l’Internet congolais » et non celles des états-majors politiques. Ce n’est pas l’effet du hasard !
La sélection par le premier tour avait en effet bien des avantages qu’une telle « primaire » n’aurait pas : le premier tour, faisant partie des élections, était donc comme celles-ci organisé et financé par l’état. Une « primaire » devait l’être par les partis eux-mêmes. De plus, la sélection du candidat a un effet qui a l’efficacité de la guillotine : au second tour, ne restent en lice que les deux candidats arrivés 1° et 2° au premier tour. Les inscriptions sont closes et il n’y a plus à discuter. Il peut bien y avoir des criailleries, mais elles n’empêchent pas le processus de se poursuivre et n’y peuvent plus rien changer.
L’organisation d’un « scrutin primaire » représenterait une lourde charge pour des partis à la veille de devoir financer une campagne électorale et disposant, par définition, de moins de moyens que leurs adversaires. De plus, il n’y a pas d’élections sans perdants et, au Congo, par définition, un perdant est quelqu’un qui crie à la fraude, soulève des arguties de procédure et saisit toutes les instances et tribunaux possibles. Il y agros à parier que maints « perdants » se présenteraient quand même et la « primaire » aurait donc eu lieu pour rien.

Les chances de la candidature unique dépendront donc de la possibilité d’un accord à négocier entre les principaux partis de l’opposition, chacun d’eux entraînant dans son sillage un nombre variable de « satellites » (mini-partis et « indépendants ») de toutes tailles. Il est d’ailleurs à remarquer que rien n’est lus incertain que la taille de ces partis eux-mêmes ! En effet :
- le MLC a bénéficié, en 2006, de l’absence de l’UDPS. Que ferait-il sans cette circonstance et sans Bemba ?
- l’UDPS n’a jamais pris part à une élection et l’on ne sait ce qui reste du prestige passé de Tshisekedi.
- le soutien électoral dont bénéficierait Vital Kamerhe est également une inconnue.
Mais il est par contre évident que l’opposition gâcherait probablement toutes ses chances si deux candidats ayant un poids réel, par exemple Tshisekedi ET Kamerhe, se présentaient tous les deux.

Cela dégrade encore un peu le sens de la question. « Qu’est ce qu’un bon candidat ?», qui ne se référait déjà plus à un homme ou une femme capable de bien remplir la fonction, ne se définirait même plus comme « celui qui peut gagner l’élection », mais comme « celui qui refuserait de se retirer ». Dans ce domaine il n’y a aucun doute : ce serait Tshisekedi. Il est trop imbu de sa propre personne pour accepter de faire campagne pour quelqu’un d’autre. La question, partie d’une interrogation sur de hautes qualités humaines, finirait par la constatation d’une prime à l’obstination.
Il fut encore tenir compte de ce qu’il reste encore au pouvoir la ressource de susciter en des endroits choisis, des candidatures « indépendantes » qui feront concurrence à la « candidature unique ». Il ya une autre inconnue. N’y aura-t-il pas des candidatures, autres que clle de JKK, venant non de l’opposition, mais de l’actuelle majorité.
Les beaux jours du Congo sont encore loin.

Source: Congo Forum

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