jeudi 19 mai 2011

De la guerre du Kivu aux guitares tricotées

LEMONDE | 11.05.11 
Avec 99, Ray Lema renoue avec la diversité africaine. De sa précédente expérience phonographique, Paradox, parue en 2007, le pianiste et chanteur a retenu la compagnie du bassiste camerounais Etienne Mbappe, trouvé un nouveau batteur, Conti Bilong, complice attitré de Manu Dibango. Il a ajouté des cuivres cubains, un choeur franco-congolais, un guitariste brésilien (Rodrigo Viana), un tromboniste américain, un programmateur, Laurent Lupidi (Zebda, Brigitte Fontaine...), etc.
Le tout forme le groupe Saka Saka, le nom d'un plat congolais à base de feuilles de manioc et de poisson. Pianiste subtil, chanteur plutôt frêle, mais sachant imprimer une étrange tension à la voix, Ray Lema réussit à insuffler à 99 une étrange modernité. Il rate aussi, avec des titres assez fouillis pour être zappés (Kinzaki, Kinshasa). Mais la diversité souligne la tonicité de ces mélanges afro-beat (Losako, titre d'ouverture, qui signifie "bonjour" en lingala), reggae (I Do Know Now, chanté avec Anouk), caribéen (Leïla, avec le Brésilien Chico Cesar), hip-hop électro (99).
"L'Afrique, dit Ray Lema, n'est saluée qu'en cas de catastrophes majeures." Le compositeur de C'est une Garonne avec Claude Nougaro sait aussi écrire en français des paroles cruelles sur une belle mélodie. Les Oubliés du Kivu revient ainsi sur les "3 millions de morts, sans compter le nombre considérable de viols" causés par cette guerre intestine congolaise, occultée.
Dans Atan'dele ("tôt ou tard"), travaillé à la sud-africaine, voix, piano et choeurs, Ray Lema énumère les dirigeants mythiques panafricains : Thomas Sankara, Kwame Nkrumah, Nelson Mandela, etc. : "De grands hommes qui ont su rêver très fort", alors que l'Afrique actuelle affiche un cruel déficit d'utopie ; mais sait toujours tricoter des guitares (Aza Villageois).
"99" de Ray Lema, 1 CD One Drop. Véronique Mortaigne

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