lundi 16 mai 2011

Ray Lema : "On ne parle pas des 2 millions de morts à l'est du Congo"

Ray Lema :


13/05/2011

Artisan de la sono mondiale, Ray Lema a mis le multiculturalisme au coeur de son nouvel album, 99. Il entend à cette occasion alerter le monde sur le sort des habitants de la région de Kivu, à l’est du Congo, ravagée par les conflits armés.

Comment définiriez-vous le multiculturalisme ?

Ray Lema : C’est le fait d’aimer plein de choses issues de toutes les cultures du monde. Cela rend les gens plus riches intérieurement ; par conséquent, ils comprennent mieux ce qui les entoure. Le contraire, c’est le phénomène des tribus. Des villageois vivant en vase clos en Chine, en Afrique, peu importe, ou bien des petits mecs faisant les 400 coups dans leur quartier, qui sont dans l’impossibilité d’appréhender le monde d’aujourd’hui.


Comment analysez-vous l’état de crispation en France à propos de la mixité et de la laïcité ?


Ray Lema : Le vrai problème, c’est la philosophie économique actuelle, et non la mixité. Nombre de pourfendeurs de cette dernière parlent au présent en occultant la période où la France est allée prendre chez les autres. Congolais, je n’aurais jamais pu être ici si la France n’avait débordé de son lit ; c’est une ancienne puissance coloniale... Je me ballade souvent dans le monde. Au Japon, par exemple, je suis considéré comme un artiste français de renom, et non comme quelqu’un provenant du Congo. La France a une certaine aura dans le monde grâce à sa mixité. Concernant la laïcité, un gouvernement qui choisit de la défendre, c’est très bien, mais il faut aussi prendre en compte les personnes versées
dans la religion. C’est difficile de séparer le matériel du spirituel chez l’humain. La religion, c’est un truc intime, personnel. La crispation vient du fait que l’on confond l’islam et les islamistes.


Les Oubliés du Kivu est une chanson émouvante sur la situation dans cette région de la République Démocratique du Congo. Quels sont les faits qui l’ont motivée ?


Ray Lema : Nous avons toutes ces tueries dans l’est du pays. Ce sont les femmes qui souffrent le plus. Les combattants, si l’on peut les qualifier comme tels, passent leur temps à violer des milliers d’entre elles. Le viol est extrêmement préjudiciable
pour une personne et pour un peuple. On rentre dans l’intimité de l’autre pour le détruire. C’est un crime. Je le chante, espère, reste constamment en contact avec le pays, et je mène de petites actions pour que cette situation parvienne à l'attention du monde. J’espère que vous pourrez m’aider dans ce sens. Il y a eu presque 2 millions de morts au nord Kivu. On n’en parle pas !

Ray Lema, album 99


- 99, Ray Lema, (One Drop). Sorti le 9 mai 2011.

Propos recueillis par Pierre Cuny

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