(AfriSCOOP, commentaire) — Au Sénégal, au Burkina Faso et au Togo, les chefs de l’exécutif ont le dernier mot dans le bras de fer latent qui les oppose à leurs opposants, et indirectement à leurs peuples. Le sujet de friction est et demeure l’éventualité d’une nouvelle candidature de ces présidents qui lassent leurs gouvernés…
Les Sénégalais ne sont pas prompts à de vives réactions quand leurs dirigeants s’écartent de la bonne voie, mais quand ils sortent réellement de leurs gonds, difficile de les arrêter ! C’est ce que font comprendre subtilement les leaders du « Mouvement du 23 juin » au président Wade, en lui demandant de « ne plus se présenter à une présidentielle au Sénégal ». Il est difficile de ne pas comprendre le cri du cœur des différentes couches socio-politiques du Sénégal regroupées au sein du « Mouvement » précité, après la volonté affichée du Pds (au pouvoir) de faire adopter « un projet de ticket présidentiel » unique en son genre sur la planète !
Le camp présidentiel a beau jouer sur les interprétations juridiques et constitutionnelles en faisant comprendre que « la loi n’est pas rétroactive » ; et que du coup Me Wade peut se représenter, au regard de la révision du texte fondamental en 2001 qui a supprimé le septennat au profit du quinquennat !! « Qui a été piqué par un insecte, a peur de la morsure du serpent », dit un adage africain qui veut tout dire sur les précautions et les réserves d’un grand nombre de Sénégalais autour de la logique du « moi ou rien du président Wade » au Pds.
A Lomé et Ouaga aussi, on veut du neuf
Le président du Faso n’est pas le doyen d’âge des chefs d’Etat en Afrique de l’ouest, mais il est bel et bien celui qui a le plus passé d’années au pouvoir. Depuis qu’Eyadèma Gnassingbé s’en est allé avec ses 38 ans de règne sans partage au Togo. Au pouvoir depuis le 15 octobre 1987, l’ancien instituteur Compaore joue en ce moment au jeu du chat et de la souris. Au sujet de la modification de l’article 37 de la Constitution qui pourrait lui ouvrir la voie à un troisième quinquennat. De cette éventualité, les Burkinabé ne veulent pas du tout en entendre parler. Quitte à ce qu’un autre responsable du Cdp (parti au pouvoir) puisse « continuer à donner des fessées électorales » d’un autre âge aux opposants timorés du Faso. Les remue- ménage militaro-socio de début d’année 2011 ont suffisamment montré la disposition d’esprit des « Hommes intègres » face à un mandat de plus du grand médiateur Compaore !
Plus jeune président de la Cedeao (Communauté des Etats de l’Afrique de l’ouest), Faure Essozimna Kodjo Gnassingbé va terminer en 2015 son second quinquennat. Au regard de l’actuelle mouture de la Constitution togolaise, il pourra se représenter en 2015, vu que le verrou de la limitation des mandats présidentiels a été sauté le 31 décembre 2002. Par une Assemblée favorable au Rpt (aux commandes des affaires au Togo), après un boycott de l’Opposition aux législatives pour dénoncer les conditions de leur organisation. Problème, toutefois : lors de la signature de l’Apg (Accord politique global) du 20 août 2006, les principaux acteurs de la classe politique de la « Terre de nos aïeux » se sont accordés sur une « modification consensuelle » des articles polémiques de la Constitution toilettée en 2002. Une démarche consensuelle qui demeure une Arlésienne, car F. Gnassingbé a tout juste promis de verser ces débats dans un « dialogue inclusif » qu’il n’a jamais ouvert. Sa promesse politique date du 31 décembre 2010. Depuis 6 ans, le jeune Gnassingbé n’est pas encore parvenu à inverser la courbe de la pauvreté qui touche encore 62% de ses compatriotes !! Après 38 ans officiels d’Eyadèmaisme et 10 ans de « Faurisme » malgré eux, on voit mal les Togolais se taire devant une nouvelle candidature d’un Gnassingbé ! D’autant plus que toute velléité de concentration de pouvoirs dans les mains présidentielles suscite d’ores et déjà une levée de boucliers consensuelle dans la République togolaise. MM. Wade, Faure et Compaore : la sagesse africaine est ainsi étalée devant vous. Elle a parlé. A vous de suivre ou non ses préceptes, avec le risque d’essuyer de fâcheux corollaires qui fouetteront avant tout vos familles respectives. Nucléaires comme politiques.
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