Halte au « féminicide » en République Démocratique du Congo (RDC) ! 48 femmes violées par heure...
Plusieurs centaines de personnes se sont donné rendez-vous ce matin sur le parvis des droits de l’homme à Paris pour participer à la marche baptisée « Ni Violées, Ni Persécutées » en hommage aux quelque 1152 femmes violées chaque jour en RDC.
Trois cents kilomètres et quatorze jours de marche les attendent avant de rejoindre Bruxelles, la destination finale. Sur place, le 13 juillet prochain, le mouvement Ni Putes Ni Soumises (NPNS), l'AJES (Action des Journalistes de l'Espace Schengen) et la diaspora congolaise en France et en Belgique, qui ont organisé de cette mobilisation, remettront une plainte à la Cour Pénale Internationale, engageant celle-ci à intenter un procès contre les génocidaires congolais.
Le cortège demandera, en outre, la création d’un tribunal pénal international par l’ONU en RDC. Solène Chalvon, responsable du pôle international de NPNS, nous explique l’urgence de la situation en nous dressant un bilan cauchemardesque de la situation des femmes dans l’ex-Congo belge.
Comment est née l’idée de cette marche entre Paris et Bruxelles ?
Il y a un mois environ, l’association des journalistes de l’espace Schengen regroupant la diaspora congolaise, est venue nous voir avec ce projet. Leur but était d’alerter sur la pénibilité des conditions de vie des Congolaises, l’horreur de la situation dans laquelle elles sont. Parce qu’elles sont violées en masse, on pourrait croire que cela est « banalisé » dans leurs villages. Pourtant, beaucoup restent mal vues des villageois et sont donc contraintes à prendre le chemin de l’exil. C’est ce que l’AJES voulait retranscrire avec cette marche. Cela fait des années qu’ils se rassemblent et ne sont pas entendus. Nous sommes donc arrivés en soutien pour coordonner l’initiative, contacter les mairies… Nous avons eu affaire à des équipes municipales extrêmement réceptives, et à d’autres où le contact a été plus difficile.Vous allez parcourir 300 km. Combien de marcheurs pensez-vous mobiliser ?
Sur l’ensemble du parcours, plusieurs milliers de personnes devraient rejoindre la marche. Les conditions ne seront pas faciles : nous allons dormir dans des gymnases, sur des terrains de foot… Mais quoi qu’il arrive, nous aurons toujours un cortège de 48 femmes qui ne bougera pas. Elles symbolisent les 48 femmes violées chaque heure au Congo. C’est à Bruxelles que la mobilisation devrait être la plus forte. Nous sommes attendus par de grosses délégations. Nous avons notamment reçu le soutien des parlementaires belges. Le Congo étant une ancienne colonie belge, ils ressentent une sorte de responsabilité morale.TrustLaw, une entité de la Fondation Thomson Reuters, vient de classer la RDC parmi les pays les plus dangereux au monde pour les femmes. Un constat que vous partagez…
Bien sûr. Certains témoignages de ces femmes congolaises, attestés par les examens gynécologiques, dépassent l’entendement. Il y a trois jours encore, une femme a été enterrée vivante avec son enfant. On lui avait auparavant enfoncé une kalachnikov dans le vagin. D’autres sont violées pendant que leurs maris sont en train d’agoniser à côté d’elles… C’est épouvantable. Le viol, qui est utilisé comme arme de guerre depuis plus de dix ans, a fait 400 000 victimes en RDC. 1 152 femmes sont violées chaque jour !
Selon les ONG, ces chiffres varient du simple au double…
Les ONG n’avancent pas les mêmes chiffres, c’est vrai. Il y a tellement d’acteurs sur place qu’il n’est pas toujours facile de recouper les informations qui remontent du terrain. En ce qui nous concerne, nous nous sommes toujours appuyés sur les rapports d’Amnesty International et de Human Rights Watch.En 2010, l’ONU a réclamé des enquêtes au sujet de viols collectifs qui auraient eu lieu en RDC et a demandé des mesures pour lutter contre ce fléau. Depuis le 14 février dernier, 11 militaires comparaissent devant un tribunal pour crimes contre l’humanité par viols. Avez-vous le sentiment que les choses sont enfin en train de changer ?
Ces horreurs auraient dû cesser depuis longtemps. Mais les différentes annonces de l’ONU sont encourageantes, c’est vrai, les choses commencent à bouger. Les Congolais sont toutefois dubitatifs. Le problème est qu’en Europe, et dans le monde occidental de façon générale, on assiste à un processus de déshumanisation de l’Afrique. « Chez eux, c’est comme ça », entend-on trop souvent. Il suffit de se rendre dans certaines préfectures en France pour en avoir un aperçu. On y entend des choses ahurissantes !
Vous avez des exemples ?
Les permis de séjour restent très difficiles à obtenir pour les Congolaises victimes de viol qui trouvent refuge en France. On les fait passer pour des menteuses ! Leurs témoignages ont tendance à évoluer dans le temps. Au départ, elles n’osent pas expliquer leur situation, elles ont peur de parler d’autant qu’elles se retrouvent parfois face à des hommes. Puis leur parole se libère petit-à-petit, au contact des juristes et des psychologues. Alors forcément, leur récit n’est plus le même qu’au tout début. Voilà pourquoi nous appelons notamment à la bienveillance des administrations, en France comme en Belgique, pour les régularisations des Congolaises victimes de viol. C’est l’un des objectifs de notre marche.Quelles solutions préconisez-vous pour mettre fin au « féminicide » perpétré en RDC ?
Nous allons déposer une plainte à la Cours Pénale Internationale, engageant celle-ci à faire naître un procès contre les génocidaires congolais. Nous souhaitons en outre la création d’un tribunal pénal international, mandaté par l’ONU, à l’image de ceux qui existe déjà pour le Rwanda ou l’ex-Yougoslavie. Ce serait une avancée majeure. Le gouvernement congolais n’aurait pas son mot à dire et cela ferait « flipper » bon nombre de chefs de guerre.En parallèle, il faudra continuer d’« investir » dans les femmes congolaises. Elles sont la clé de la résolution du problème. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle, depuis trois ans, au travers du collectif « Urgence Congo », NPNS s’est rangé aux côtés de la diaspora congolaise en France pour alerter sur le féminicide en RDC. Nous avons notamment apporté notre soutien en début d’année à la Cité de la joie de Bukavu, créé par Eve Ensler (auteur des « Monologues du vagin », ndlr). Dans ce refuge, les « survivantes » apprennent à se reconstruire. Elles reçoivent des soins, des formations professionnelles et peuvent disposer d’une parcelle de terrain. Ce sera grâce à ce genre d’initiatives que ces femmes ne seront plus des victimes, et qu’elles prendront le leadership.
[Propos recueillis par Axelle Szczygiel/Elle.fr]
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