samedi 7 avril 2012

RDC – Agitation au Kivu, Kinshasa étale son impuissance

Ce qui était considéré jusque-là comme une simple rumeur est désormais un fait réel. Il y a eu bel et bien de l’agitation dans les deux Kivu.

Des éléments indisciplinés, appartenant à l’ex- mouvement militaire CNDP ont quitté leurs positions dans le Masisi, Ruthuru, Uvira, pour ainsi semer la panique au sein de la population locale.

Si les informations divergent d’un coin à l’autre, il a été noté que cette agitation serait consécutive au paiement de la solde.

Mais surtout à la rumeur faisant état de l’arrestation du général Bosco Ntaganda à la suite d’un mandat d’arrêt international émis par la Cour pénale internationale, CPI.

Frustrés, les éléments de l’ex-CNDP ont décidé de faire défection, comme s’ils tiennent à s’opposer à l’exécution de ce mandat.

Dans un premier temps, il a été fait allusion à la décision de Kinshasa de dépêcher une mission sur place pour enquêter sur la situation, et éventuellement apporter des solutions ou prendre des mesures adéquates.

Certaines radios périphériques ont même évoqué l’envoi du renfort à Uvira pour contrôler la situation. Sur place, au Kivu, les responsables militaires de l’opération Amani Leo ont affirmé qu’effectivement il y avait de l’agitation, mais que tout était rentré dans l’ordre.

Voire ceux des militaires qui auraient fait défection avaient regagné leurs positions.
Réagissant officiellement, le gouvernement vient d’admettre qu’il y a « une sorte de psychose au sein des communautés locales dans la province du Nord-Kivu et du Sud-Kivu ».

Le porte-parole intérimaire du gouvernement précise « qu’il a été constaté dans cette partie du territoire national des mouvements irréguliers de quelques éléments armés incontrôlés.

Ces hommes de troupe indisciplinés érigent des barricades non autorisées par la hiérarchie militaire et perturbent, de ce fait, par endroits, l’ordre public et la quiétude des populations ».

Sans moyens de riposte, le gouvernement ne trouve mieux que d’exprimer de regrets par rapport à ce qui se passe à l’Est.

« Le gouvernement de la République, qui suit cette situation de très près, regrette que nos populations soient ainsi régulièrement soumises à des exactions et tracasseries de tous ordres.

Il invite les responsables de cette situation à la stricte observance de la discipline militaire et à s’abstenir d’actes susceptibles de les exposer aux rigueurs de la justice tant nationale et internationale », déclare le porte-parole du gouvernement.

Pour se racheter, il rassure l’opinion tant nationale qu’internationale de sa volonté et de sa détermination à poursuivre le processus de démocratisation pour lequel notre peuple a payé le prix le plus fort.

«La paix tant recherchée par les Congolais, et qui s’affirme chaque jour davantage, requiert une mobilisation et une vigilance tous azimuts aussi bien des Congolais, premiers concernés, que de tous les partenaires, amis de notre pays.

Le gouvernement de la République invite les uns et les autres à y veiller comme à la prunelle de leurs yeux », conclut le porte-parole du gouvernement.

Mandat d’arrêt de la CPI : confusion

Mais le gouvernement ne doit pas s’arrêter en si bon chemin. Tenez. Le mandat d’arrêt international lancé contre Bosco Ntaganda, général des FARDC, mais pour des faits lui reprochés alors bras droit de Thomas Lubanga, continue à défrayer la chronique nationale et internationale.

Au moment où la procureure Fatou Bensouida de la CPI, remplaçante de Luis Moreno Ocampo s’apprête à débarquer à Kinshasa pour s’entretenir avec les autorités congolaises sur le même sujet, il y a cette agitation signalée au Nord-Kivu et Sud-Kivu que le gouvernement vient de dénoncer.

C’est en ces instants précis que la presse vient de rendre public le mandat d’arrêt en question. Mandat d’arrêt émis le 22 août 2006 contre Bosco Ntaganda «pour crime de guerre consistant à procéder à l’enrôlement d’enfants de moins de 15 ans ; crime de guerre consistant à procéder à la conscription d’enfants de moins de 15 ans ; crime de guerre consistant à faire participer activement les enfants de moins de 15 ans à des hostilités ».

Au vu de ces griefs et aux termes de l’article 58 – 1-B du Statut de la CPI, «l’arrestation de Bosco Ntaganda apparaît nécessaire à ce stade, pour garantir qu’il comparaisse, et qu’il ne fera pas obstacle à l’enquête ni n’en compromettra pas le déroulement». Ce mandat d’arrêt international est signé par trois juges de la CPI.

Depuis cette date, Kinshasa et La Haye ne parle pas le même langage. L’un brandit la raison d’Etat pour préserver la paix en RDC, l’autre rétorque avec la raison de justice et que les criminels de guerre ne peuvent rester impunis.

Thomas Lubanga a été reconnu coupable de crime de guerre. Bosco Ntanga, chef de la branche armée de l’ UPC, à savoir les Forces patriotiques pour la libération du Congo, FPLC, ne peut rester impuni, selon la CPI. Mieux, ancien chef d’état-major adjoint, chef des opérations militaires des FPLC.

Mais la confusion est plus patente quand on parcourt ce mandat d’arrêt.

En effet, dans le libellé des motifs de ce mandat, il est écrit textuellement ceci : «Par ces motifs, DELIVRE UN MANDAT D’ARRET contre Bosco Ntaganda, dont les photographies sont jointes en annexe, supposé être un ressortissant du Rwanda…. ».

C’est dire que selon la considération de la CPI, Bosco Ntaganda est un ressortissant rwandais. Si tel serait le cas, la CPI se serait trompé de porte. Le mandat d’arrêt devrait être adressé au Rwanda et non à la RDC.

Mais comme le Rwanda n’est pas signataire du Statut de Rome, la démarche est vouée à l’échec.

Voilà que le mandat est adressé au gouvernement congolais qui reconnaît Bosco Ntaganda comme ressortissant congolais. A ce titre, il est promu au grade de général au sein des FARDC. Dans ce cas, Kinshasa est concerné par l’arrestation de Bosco Ntaganda.

Cependant, si Bosco se reconnaît comme ressortissant rwandais et s’il tient à échapper à la justice internationale, il pourrait se réfugier au Rwanda.

Comment Kinshasa réagirait-il devant cette situation auprès des institutions nationales et du peuple congolais ? Surtout de s’être mis à dos la CPI en refusant, jusqu’à preuve du contraire, de procéder à l’arrestation de Bosco Ntaganda telle que souhaitée par la CPI ?

Clarification

Il revient à Kinshasa d’apporter des précisions qui s’imposent pour que son attitude soit comprise par le peuple congolais.

En fait, si réellement Kinshasa affirme coopérer avec la CPI, il sera bien obligé de saisir le Conseil de sécurité conformément aux Statuts de Rome.

Seuls les Etats sont habilités à s’adresser à cette instance pour la poursuite judiciaire.

© Le Potentiel 2005

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