samedi 7 avril 2012

RDC: Le revers de la médaille

 
«Est pris qui croyait prendre», dit un vieil adage.
Un autre rappelle à qui veut aller loin de ménager sa monture. Depuis 2008, Kinshasa a feint d’ignorer cette sagesse.
 
En effet, le 23 janvier 2008, après des semaines de pourparlers, le gouvernement congolais avait convenu de signer un accord de paix à Goma, dans le Nord-Kivu, avec 22 groupes armés, dont le CNDP de Laurent Nkunda, engageant toutes les parties dans un cessez-le-feu immédiat, au désengagement des forces présentes sur le front ainsi qu’au respect des principes internationaux régissant les droits humains.
 
C’était aussi le début du programme de paix, dit Programme «Amani leo», visant à coordonner les efforts de paix dans l’Est du Congo.
 
Le gouvernement pensait bien faire. Aujourd’hui, les faits en décident autrement. Pourtant, pour Kinshasa, c’était la seule issue pour amener diverses milices actives dans à emprunter la voie de la paix. Illusion !
 
Bosco Ntaganda, proche de Thomas Lubanga, toujours incarcéré à la Cour pénale internationale (CPI) pour des faits commis en Ituri, servit alors de monnaie d’échange.
 
Malheureusement, l’homme était, depuis un temps, réclamé par la CPI qui le considère jusqu’à ce jour comme co-auteur des faits mis à charge du leader de l’Union des patriotes congolais, UPC, à l’occurrence Thomas Lubanga.
 
Véritable fusible pour le maintien, selon Kinshasa, de la paix à l’Est, Bosco Ntaganda a bénéficié des soins appropriés de la part des autorités politico-administratives de la RDC.
 
Mais, quelle que soit la durée de la nuit, dit-on, le jour finit toujours par poindre. Aussi, fallait-il que Thomas Lubanga soit jugé coupable par la CPI pour que la justice réclame, enfin, la tête de Bosco Ntaganda, son principal complice.
 
Des pressions se sont dès lors multipliées sur Kinshasa pour livrer, sans conditions, son protecteur, Bosco Ntaganda. Acculé de toutes parts, Kinshasa semble être sur le point de céder.
 
Depuis son camp retranché de l’Est, Bosco Ntaganda a eu écho de ce qu’il considère comme «un acte de trahison» à l’égard de Kinshasa.
 
Aussi, a-t-il juré de vendre très cher sa peau. En tout cas, il n’est pas prêt à rejoindre Thomas Lubanga dans les geôles de la CPI sans faire préalablement des dégâts dans les zones où opèrent encore ses fidèles, même si, sur papier, on les considèrent encore comme faisant partie des Forces armées de la RDC.
 
Ainsi, depuis un temps, l’on signale des désertions dans les rangs des troupes des FARDC, particulièrement ceux postés à l’Est de la RDC.
 
Pire, ces éléments qui se sont mutinés – c’est le terme approprié – sont, pour la plupart, issus des rangs du CNDP, c’est-à-dire autrefois sous commandement de Bosco Ntaganda.
 
Entre-temps, à Kinshasa, on ne sait plus à quel saint se vouer. Dans un communiqué frisant le désarroi, le porte-parole du gouvernement implore les mutins à revenir à la raison.
 
Il les supplie à se soucier, une fois de plus, de ce peuple martyrisé qui n’a que trop souffert. Dans le communiqué du gouvernement, pas un mot sur la stratégie de riposte en vue de ramener de l’ordre dans les troupes.
 
C’est déjà le revers de la médaille de l’acte de compromission de janvier 2008. Kinshasa croyait bien faire en faisant de Bosco l’élément central du puzzle pour une paix durable à l’Est.
 
Aujourd’hui, c’est tout à fait le contraire. Ntaganda n’est nullement l’artisan, il en est plutôt le fossoyeur.
 
A Kinshasa de changer le fusil d’épaule en regardant les choses en face pour éviter à ce que l’Est de la RDC s’embrase à nouveau.

Tout devait commencer par la neutralisation de Ntaganda et ses mutins, avant de procéder à une chirurgie militaire de fond pour pacifier durablement cette partie Est du pays.

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