L’explication est simple, selon des experts et des diplomates: une armée corrompue et en déroute, l’ingérence du Rwanda voisin et une mission de l’ONU qui n’a ni moyens ni mandat pour intervenir efficacement.

En une semaine, les mutins du M23, d’abord confinés à une petite parcelle de l’est du pays, ont pris le contrôle de la majeure partie du Nord-Kivu, une province deux fois plus grande que la Belgique qui regorge de diamants, métaux précieux et minerais.

Armés par le Rwanda, selon des experts de l’ONU, les rebelles se sont mutinés et ont quitté l’armée régulière congolaise en avril, reprochant à Kinshasa de n’avoir pas respecté un accord de paix conclu en 2009 pour mettre fin à un conflit dans le Nord-Kivu. Ils étaient alors 500 à peine.

Aujourd’hui, ils sont environ 3.000 et affirment vouloir prendre Kinshasa et renverser le président Joseph Kabila. Sur leur chemin, ils tuent des opposants et violent des femmes, selon l’ONU.

Selon l’UNICEF, 100.000 personnes ont fui leurs maisons. A Goma, la capitale du Nord-Kivu, des milliers de déplacés se sont réfugiés dans les centres de l’ONU et des cas de choléra ont été signalés.

Face aux mutins, l’armée congolaise s’est « littéralement décomposée », constate le patron des opérations de maintien de la paix de l’ONU, Hervé Ladsous. Avec 17.000 Casques bleus, la mission de l’ONU pour la stabilisation de la RDC (Monusco) est la plus importante force de maintien de la paix dans le monde, pour un coût de 1,5 milliards de dollars par an.

Mais son mandat est de protéger les civils, pas de combattre la rébellion, rappelle M. Ladsous.

Le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon doit faire bientôt des propositions pour renforcer le rôle de ces Casques bleus originaires de 50 pays (principalement l’Inde, le Pakistan, l’Afrique du Sud et le Maroc).
Le rôle du Rwanda dans la rébellion suscite la controverse.

Selon un récent rapport d’experts de l’ONU, « la chaîne de commandement de facto » du M23 inclut Bosco Ntaganda, un allié du Rwanda recherché par la Cour pénale internationale pour crimes de guerre, et elle est dirigée au plus haut niveau par le ministre de la Défense du Rwanda, James Kabarebe.

Le rapport affirme que le Rwanda et l’Ouganda, frontaliers de la RDC, ont fourni armes et soldats au M23. Kigali a vigoureusement contesté ce rapport, et l’Ouganda a menacé de retirer ses soldats des missions de paix de l’ONU auquel il contribue.

« Les preuves contre le Rwanda sont solides, mais moins en ce qui concerne l’Ouganda », explique un diplomate de l’ONU.

Des responsables de l’ONU précisent qu’il n’existe aucune « preuve directe » de l’ingérence du Rwanda mais ils notent la présence à des points de contrôle d’officiers anglophones, alors que le M23 est un groupe francophone.

La soudaine maîtrise militaire des rebelles et leur armement alimentent aussi les soupçons.

« Jeudi, quand ils ont lancé leur première attaque, ils n’ont pas été capables de repousser l’armée » régulière, rappelle un responsable de l’ONU. « Vendredi, il y a eu une petite accalmie, et samedi matin c’était comme un Blitzkrieg ».

Peter Chalk, expert du centre de réflexion RAND, estime que l’armée de la RDC est en « pagaille complète » alors que l’armée rwandaise « est l’une des plus efficaces d’Afrique centrale ».

« Si le M23 a effectivement reçu des armes, de l’entraînement et de l’aide de la part des Rwandais, cela pourrait expliquer la facilité avec laquelle ils ont progressé dans la région », avance le spécialiste.

« L’incompétence des militaires de la RDC, l’attitude de l’ONU et le soutien du Rwanda leur ont donné en fait une totale liberté de mouvement ».

Aucun responsable de l’ONU n’a toutefois publiquement accusé le Rwanda et Ban Ki-moon encourage le président Kabila et son homologue rwandais, Paul Kagame, à surmonter leur méfiance et à entamer des discussions politiques.

L’avenir de la RDC pourrait être en jeu, selon Peter Chalk.

« La RDC est le plus grand pays d’Afrique, il est possible que ce soit un Etat trop grand et trop complexe pour exister en tant que pays unifié », prévient-il.

« L’histoire du pays et les intérêts multiples des pays voisins le rendent presque impossible à gouverner ».

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