lundi 25 mars 2013

Ntaganda : Congolais ou Rwandais ? Le cas patent de la citoyenneté flottante

Lundi, 25 Mars 2013


L'actualité de ces derniers jours en RDC ou de façon plus globale, dans les pays dits des Grands Lacs africains est dominée par la reddition mystérieuse du sieur Ntaganda, Général de son état.

Son passé dans différentes rébellions qui ont décimé les populations à l'est du pays est trop chargé pénalement au point où pas un mais deux mandats d'arrêt avaient été lancés contre lui en 2006 d'abord et puis en 2012.

Jusque-là, il avait pu échapper à l'arrestation grâce aux couvertures qu'il jouissait auprès de ses protecteurs. L'État congolais par la volonté manifeste de Joseph Kabila avait empêché son extradition à la cour de la Haye sous prétexte qu'il était un facteur de stabilisation de la paix dans l'Est de la république grâce aux accords signés le 23 mars 2009.

Maintenant qu’il a y été transféré après le coup de théâtre de sa présence à l’ambassade des USA au Rwanda, cela n’a pas empêché Boshab, le secrétaire général du PPRD, d’entonner encore la même ritournelle réclamant qu'il soit jugé au pays au lieu d’être déféré à la CPI.

Ce qui est frappant dans ce cas comme dans celui d'un autre chef rebelle de triste mémoire, Nkundabatware, son compagnon d’arme dans le CNDP et dans l’APR, c'est leur manière de jongler avec la nationalité. Certes qu’on peut détenir plusieurs nationalités à la fois mais encore faut-il que cela soit conforme à la législation du pays.

Pour eux - ils ne sont pas les seuls - ils sont tantôt Congolais et tantôt Rwandais. C’est la négation de la réalité qui constitue une insulte au bon sens et aux règles devant régir chaque citoyen face à la loi. Car, certains postes de responsabilité peuvent être réservés uniquement aux nationaux.

Jusqu’à preuve du contraire, il n’est stipulé nulle part dans la constitution congolaise que l’armée nationale peut intégrer dans ses rangs des individus ne possédant pas la nationalité congolaise aux termes de la loi. Par quelle magie ces gens sont dans l’armée et occupent même des postes de commandement !

Il est évident qu’occulter la nationalité de départ ou ne pas l’assumer officiellement est gravissime. Tout compte fait, ce vice est à la base de tout le désordre organisé et programmé qui se consomme à l’est de la république particulièrement au Nord-Kivu depuis plus d'une décennie.

L'occupation par la force des riches territoires de cette région par les Rwandais, toutes ethnies confondues, justifie toutes les manœuvres de déstabilisation ourdies contre la RDC. Surpeuplé, le Rwanda qui a une densité de 375 habitants au km², de loin supérieure à la moyenne africaine de 30 habitants par km², a un besoin fondamental d’espace vital pour sa population.

Tous les moyens sont donc utilisés pour parvenir à long terme soit à diviser le Congo en créant un autre pays qui servirait de réservoir des matières premières au Rwanda ou alors d’annexer carrément cette partie-là en portant atteinte à l’intégrité territoriale de la RDC.

Le cas de Bosco Ntaganda dont on dit maintenant ouvertement qu’il est rwandais, de père et de mère et qu’il est né à Kinigi, au Rwanda, éclaire au grand jour la fausseté des rébellions dites congolaises dès lors que l’on sait que celles-ci sont guidées ou téléguidées par le gouvernement rwandais.

La prise de Goma par exemple était l’œuvre des militaires rwandais, commandés par des généraux rwandais avec la participation de quelques militaires du M23 qui, par ailleurs, sont pour la plupart des Rwandais ou Rwandophones si l’on préfère.

Le problème de la nationalité émerge avec force dans un milieu où l’infiltration dans tous les secteurs a atteint des proportions inimaginables érodant ainsi la souveraineté du pays.

Toutefois, ce problème n’est pas confiné seulement à l’est de la république. C’est une question hautement politique et qui envahit toutes les sphères du pouvoir ou de la vie sociétale tout court.

Qu'on se souvienne encore du moratoire lancé par Kamerhe en 2007 pour régler le problème des personnes concernées par la double nationalité au sein des institutions républicaines qui est demeuré lettre morte jusqu'aujourd'hui.

En rapport étroit avec ce dossier, on peut évoquer le cas du recensement national qui n'est toujours pas entrepris jusqu'à ce jour. C’est, il nous semble, une politique délibérée visant à entretenir le chaos afin de faire passer n'importe qui comme étant citoyen congolais.

Par ailleurs, les dernières élections politiques organisées au mois de novembre 2011 ont démontré de la façon la plus éloquente combien on pouvait trafiquer facilement les cartes d’électeurs faisant office de cartes d’identité pour citoyen.

Ainsi, des bulletins de vote furent trouvés au Rwanda et beaucoup de Rwandais possédant des cartes d’électeurs avaient traversé la frontière pour venir voter et retourner ensuite tranquillement chez eux s’ils en avaient envie.

Au-delà du cas Ntaganda qui n'est qu'une pointe d'iceberg, il est impérativement question de s'atteler à démystifier le grand jeu de poker menteur qui se joue à l'est du pays avec la complicité de beaucoup de personnes.

Son interpellation à la CPI ne changera pas grand-chose sur la dynamique du terrain tant que ceux qui alimentent ces agressions en créant un foyer de tension quasi permanent ne vont pas se décider à desserrer l’étau et changer de politique pour que règne finalement la paix dans cette région.

Tout le moins, y a-t-il lieu de penser que le processus en cours avec la comparution d’un des principaux acteurs conduira irrémédiablement à faire sauter certains verrous pour qu'enfin éclate la vérité en dépit des dénégations auxquelles nous pourrions naturellement nous attendre de la part de ceux qui se proclament « saints » mais qui comptabilisent dans leur registre macabre de milliers de morts sans qu'ils s'en émeuvent.

Le massacre qui a élu domicile à l’est de la république et qui déstabilise fortement l’élan pour la reconstruction du pays est une calamité pour le Congo. Paradoxalement, c’est une aubaine pour les pays voisins et les multinationales qui les soutiennent.

Ainsi, ils peuvent utiliser une cohorte de mercenaires étrangers sous le chapeau des rébellions congolaises revendiquant des causes citoyennes alors qu'il s'agit en réalité d’aventuriers patentés qui ont escroqué la citoyenneté congolaise et qui s’en servent comme arme afin d’exercer le terrorisme obscurantiste et scélérat en commettant des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité.

À la lumière de tous ces cas éclatants qui ne cessent de se multiplier, et dont beaucoup d’autres sont enfuis au cœur du système, le constat est amer : certains individus ont le privilège d'avoir une citoyenneté flottante au détriment naturellement des intérêts de la république.

Mwamba Tshibangu

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