Pour un moment -un moment seulement- le bagou et le verbe haut peuvent faire passer un premier trapéziste qui sait en faire bon usage pour un grand clerc. Et voire un grand commis de l’Etat.
Car vite, la réalité rattrape les discours et le recours systématique à de la communication cosmétique. C’est le constat qu’est en train de se faire l’opinion congolaise après le « crash » du fameux dossier congolais de la fibre optique.
Présenté pompeusement par le ministre des PTT, Tryphon Kin-Kiey Mulumba, comme ce qui sera « la plus grande réalisation du quinquennat de Joseph Kabila », soit bien avant le défi de la pacification du pays, de l’extinction de tous ces foyers de feu qui menacent l’unité nationale, la fibre optique a loupé son « soft » atterrissage.
Annoncée non sans grand renfort de publicité dans la presse kinoise, l’inauguration de la « réalisation du quinquennat » prévue pour le 22 avril 2013 n’a pas eu lieu. Et cela après deux autres dates tenues pour fermes mais qui n’ont pas vu un moindre début de la remise de l’ouvrage à l’Etat congolais.
Faute d’explications à donner aux Congolais à qui on continue à promettre monts et merveilles pendant que, se servant sur la bête, les gouvernants se la coulent douce, dans les colonnes de son propre journal, le ministre des PTT, sous l’un de ses nombreux pseudonymes, a recouru fin avril dernier à la recette traditionnelle d’enfumage pour saluer la fibre optique devenue, dit-il avec une fausse exaltation, une réalité.
« Cette grossesse a été difficile, la naissance s’est déroulée dans la douleur, mais ce qui compte c’est le résultat qui réjouit tout le monde : le bébé et la mère se portent à merveille. Seul reste le baptême. Il va falloir trouver le curé, apprêter la layette, disposer d’un petit fonds afin d’apprêter la maison, qu’elle soit belle quand les invités viendront prendre un verre et un repas. Il faut que la fête soit une réussite. Le ministre s’y emploie ».
Est-ce cela qu’aurait souhaité apprendre les Congolais à l’heure qu’il est du ministre en charge du dossier de la fibre optique ? Que cherche-t-on à leur cacher sinon, comme c’est la coutume dans ce pays, une dilapidation des deniers publics, l’existence des graves conflits d’intérêts et d’éventuels délits d’initiés dont se sont rendus coupables autour de la fibre optique ceux-là même qui en ont la gestion politique, administrative et technique ?
A en croire le très sérieux TeleGeography, une firme dont l’autorité mondiale est indiscutable dans la traçabilité, le stockage et le traitement des informations du domaine de la télécommunication , le problème à la base du nième fiasco de l’interconnexion de la RDCongo à la fibre optique de West African Cable System (WACS) procède de l’incurie et de la cleptomanie avec laquelle ce dossier a été conçu dès le départ , et de la piètre manière dont il a été ensuite pris en charge et suivi.
En effet, la banque des données de TeleGeography GlobalComms révèle qu’au lieu de recourir aux prestataires de services ayant un savoir-faire et une expérience avérée dans le domaine comme le leur conseillaient les fabricants franco-américains de l’équipement Alcatel-Lucent, et pour des raisons faciles à deviner, les prédateurs aux affaires en RDC avaient plutôt préféré confier en avril 2011 le marché à une obscure compagnie locale dénommée Smart Trading Ideas.
Mise à part sa sympathique appellation, Smart Trading Ideas n’a aucune référence ni non plus l’expérience et le savoir nécessaires dans la technologie de la fibre optique. Résultat, lorsque le navire amenant le câble WACS est arrivé sur les côtes de Muanda, il n’y avait aucune infrastructure adéquate sur place destinée à le recevoir.
Bien plus, on retrouve parmi les données de TeleGeography GlobalComm qu’en mai 2012 une rondelette somme de 3 millions de dollars destinée à prendre en charge les aspects techniques liés à cette interconnexion s’était « volatilisée » des coffres de la Société Commerciale des Postes et Télécommunications (SCPT), l’ex-OCPT, ex-ONPTZ.
Dans les institutions politiques du pouvoir d’occupation en place en RDC, le détournement du denier public est devenu le sport national où Hyppolite Kanambe rivalise avec ses ministres, des députés et des PDG des grandes entreprises d’Etat.
Enfumage systématique
En mars 2013, ce montant fera encore parler de lui. C’est le ministre des PTT qui l’évoque comme solde que WACS attendait voir inscrire dans ses livres de compte avant de procéder à la livraison prévue pour le 26 du même mois de la station d’atterrage.
Et même lorsque le fameux point d’atterrage (la structure appelée à recevoir le câble de WACS) sera fin prêt en janvier 2013 et annoncé avec un grand renfort de publicité, le ministère des PTT «oubliera» au passage d’indiquer l’identité de l’entreprise (et celle de ses administrateurs) qui a exécuté ce «bel ouvrage».
En réalité, soit dit en passant, ce « bel ouvrage » ne fut rien d’autres qu’une simple bâtisse ordinaire qui, quoiqu’en matériaux durables, sa toiture rouge à quatre pentes et ses haies en fer à béton, n’est pas sans rappeler ces gîtes que l’administration coloniale avait construits dans nos rases campagnes en vue d’héberger pour une nuit ses agents de passage.
Mais de ce « bel ouvrage » qui, selon le ministère des PTT, n’est pas simplement la « réalisation du quinquennat » mais est aussi la «fierté de la ville, celle de la province et du pays», personne ne donne son coût ni les modalités de passation du marché.
Le mystère sera totalement maintenu sur des pans entiers de ce projet de la fibre optique. Ce qui laisse deviner des dessous de table obscurs pesant des millions de dollars. Voilà qui explique en partie le peu d’empressement dont font montre les partenaires de l’Etat congolais dans ce projet, et sans doute l’enfumage systématique auquel on recourt.
La preuve ?
Lisez d’abord attentivement cette « réflexion à haute voix » qu’aurait faite le ministre des PTT, Tryphon Kin-Kiey Mulumba, à Matadi, de retour de Muanda, telle que relatée sous la plume d’un certain T. Matotu, dans les colonnes du journal le Softonline mis en ligne le 19 avril dernier : «Alors que la République ne doit plus aucun sous à WACS, pourquoi WACS ne s’est pas rendu le 19 avril à Muanda comme il nous l’avait annoncé lui-même ? Pourquoi ce troisième report qui n’obéit à aucune logique ? Avons-nous eu à ce jour les bonnes informations de WACS ? Ne faut-il pas penser à une structure d’accompagnement qui prenne directement contact avec WACS pour savoir de quoi ça retourne ? »
Pour fondée que soit cette réflexion, on ne peut manquer de s’étonner qu’elle soit faite par celui-là même qui a le devoir de prendre en amont toutes les précautions d’usage en tant que représentant de l’Etat, maître de l’ouvrage, pour que ce qu’il déplore ici n’ait pas lieu.
Par ailleurs en tant que partie à un contrat, WACS peut-il vraiment se passer de l’obligation de respecter les termes du dit contrat au risque de s’exposer à des poursuites, sans s’être assuré au préalable de la passivité de l’autre partie ?
Pourquoi le ministre des PTT qui prétend ne plus rien devoir à WACS ne poursuit-il pas ce dernier pour son manquement à ses engagements, mais se livre plutôt à une méditation à haute voix?
Mais c’est ce qui suit donne froid au dos puisqu’il en dit long sur l’ampleur de la corruption dans laquelle baigne le gouvernement congolais en général et en particulier ceux qui ont en charge le raccordement de notre pays à la fibre optique. Tenez.
En aval du projet d’interconnexion de la fibre optique il a été créé une compagnie mixte nommée « Congo-Singa » chargée de la construction, la gestion et la maintenance de l’infrastructure de la fibre optique en RDC.
Dans cette entreprise, la RDC détient 49 % des parts tandis que les opérateurs privés de télécoms en RDC y détiennent 51%, soit la majorité. « Congo- Singa » est née des cendres de « Congo-Câble », créée à l’époque par l’ancienne ministre des PTT Jeanine Mabunda dans des conditions aussi opaques que celles qui ont entouré la création de « Congo-Singa ».
Comme celle-là en effet, grâce aux prête-noms et au souverain mépris que les officiels congolais ont à l’endroit des lois, telles celles reprouvant le conflit d’intérêts et criminalisant le délit d’initié, « Congo-Singa » ne compte pas que des opérateurs économiques du secteur des télécoms comme membres, mais aussi des mandataires publics et des représentants de l’Etat impliqués dans la gestion quotidienne du secteur des PTT.
Enrichissement facile
Seulement voilà : Non seulement l’Etat congolais a une marge de manœuvre très mince dans cette joint-venture, et ne peut par conséquent bloquer une quelconque volonté d’un secteur privé totalement sous la coupe des capitaux étrangers dans un domaine en rapport avec la sécurité nationale comme le sont par exemple les aéroports, le spectre des fréquences ou les centrales hydro-électriques; mais, pire, ses représentants dans le dossier desservent son image de marque et son investissement en y trouvant source d’enrichissement facile.
Comment ?
Selon des informations recueillies des sources fiables très proches de ce dossier, les représentants de l’Etat congolais ont pince sans rire présenté à leurs partenaires une structure des prix sans commune mesure avec les réalités telles que connues sur le plan mondial dans le domaine.
Ainsi la construction de la fameuse station d’atterrage a coûté au trésor public une somme de 12 millions de dollars, alors que les experts en la matière, la main sur le cœur, indiquent qu’un tel ouvrage ne peut en aucune façon coûter plus de 4 millions de dollars.
Qui a donc empoché les 8 millions de dollars de différence ? Question.
Par ailleurs, s’agissant de la ligne devant relier en fibre optique Muanda à Kinshasa, les représentants de l’Etat congolais en ont établi une facture qui laisse pantois. En effet ils facturent cette ligne à raison de 100.000 dollars par kilomètre quand partout ailleurs au monde la pose de pareil câble coûte au maximum 35.000 dollars.
Qui a (ont) empoché les 65.000 dollars par km ?
A vol d’oiseau les villes de Muanda et de Kinshasa étant distantes de 376.76 km, du simple fait de leur boulimie, les experts et politiques congolais des PTT et de la SCPT feront débourser à l’Etat congolais 3.766.300.000 dollars au lieu du tiers de ce montant.
Combien l’Etat congolais laissera-t-il dans les poches de ses serviteurs lorsqu’il viendra à étendre le réseau de la fibre optique au-delà de la ligne Muanda-Kinshasa ? Question. Qui au finish paiera lorsque viendra le moment de demander des comptes? Question.
Enfin, pour ne pas s’arrêter en si bon chemin, et faisant fi du fait que les privés rapporteront finalement sur les factures de leurs clients, c’est-à-dire le pauvre petit peuple congolais, toutes les surcharges qui leur sont imposées indûment par l’Etat congolais, nos experts et politiques des PTT et SCPT ont exigé de chaque opérateur de verser 100.000 dollars mensuellement pour être brancher sur la fibre optique.
Tout laisse donc augurer que la RDC sera le pays où les communications coûteront les yeux de la tête.
Ces chiffres qui donnent le tournis à tous les observateurs et qui expliquent en quelque sorte les successifs reports de l’interconnexion de notre pays à la fibre optique, à la SCPT et au ministère des PTT, on se gardera toujours de les mettre à la disposition de l’opinion congolaise.
Par contre, on gavera ça et là cette opinion des faits maquillés que des illuminés l’inviteront à saluer comme leurs propres performances au service de l’Etat. Or il n’en est rien, et alors rien du tout sinon une tentative de main mise sur le patrimoine public. Jusqu'à quand fermera-t-on les yeux sur ce genre de pratiques ?
Hyppolite Kanambe n’en a cure ! Bien au contraire, le comportement des ministres «collabos» qui sabotent le progrès social et le développement technologique de la RDC apporte de l’eau à son moulin dans ses objectifs premiers de détruire l’Etat congolais pour faciliter sa balkanisation.
Nous ne le dirons donc jamais assez, le premier ennemi du peuple congolais est le congolais lui-même. Mieux, une bonne frange de son élite !
Voilà pourquoi la jeunesse congolaise est appelée à se prendre en charge non seulement contre les occupants étrangers, mais aussi et surtout contre l’élite compradore composée de collabos congolais qui apportent leur soutien aux ennemis du peuple pour leurs besoins égoïstes.
Londres, le 23 Mai 2013
GUILLAUME AMISI KILOSHO

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