dimanche 14 juillet 2013

Ce que les Africains ignorent de Nelson Mandela.


L'Afrique du Sud a joué un rôle important dans toutes les guerres que connait notre pays, la RD Congo. En 1996, alors que le Rwanda préparait activement l'invasion du Zaïre, l'Afrique du Sud, de son côté, fournissait armes et munitions au régime de Kigali. 

C'est d'ailleurs le premier pays à alimenter la machine de guerre du Rwanda après la levée de l’embargo – suite au génocide du printemps 1994 − par l’ONU en 1996. 
 
Et quand on demanda à Kader Asmal [président du Comité national sud-africain de contrôle des armes conventionnelles (NCACC) et ministre des Eaux et Forêts] pourquoi son pays armait-il le Rwanda? 
 
Réponse implacable: Le président Kagame a le droit de traquer ceux qui ont commis le génocide dans son pays, et d’ajouter sans détour : « Nous sommes arrivés à la conclusion que ces maniaques du génocide en exil au Zaïre constituent la première menace dans la région ».  
 
Pourtant, l’Afrique du Sud savait très bien que les revendications de Kigali n’étaient que fallacieuses. Nous avons réussi à nous procurer un document ultra-sensible sur les réelles motivations du Rwanda et de ses alliés occidentaux envers le Zaïre, dès août 1994; donc quelques semaines après la prise de pouvoir du FPR au Rwanda. 
 
Ce document que je reproduis en annexe dans mon bouquin à venir prouve si besoin en était encore que les choses sont loin de ce que racontent le régime de Kigali, ses alliés  occidentaux et leurs médias de service. Bref.

Autre chose qu’il faut savoir: Pendant les négociations initiées par l’Afrique du Sud entre l'AFDL et le régime de Mobutu pour soi-disant parvenir à un cessez-le-feu, Mandela en coulisse faisait pression sur Kabila pour qu'il redonne aux multinationales sud-africaines, les concessions minières qu’elles exploitaient avant que la rébellion ne les cède à Jean-Raymond Boulle, le grand patron de l'AMFI, celui là même qui a mis à la disposition de l'AFDL, un jet et 50 millions $ pour l’effort de guerre. 
 
Autre fait important: En août 1998, lorsque la guerre a éclaté − le Rwanda et l’Ouganda ayant décidé d’envahir pour une seconde fois la RDC −, l'Afrique du Sud a, encore une fois, ravitaillé les troupes rwando-ougandaises en armes et munitions. 
 
Et lorsque la SADC a volé au secours de Laurent Desiré Kabila pour contrer l’invasion des régimes précités, l'Afrique du Sud fut le seul pays à refuser de se joindre à la coalition formée par le Zimbabwe, la Namibie et l'Angola. Mugabe s'apercevant du double- jeu Sud-africain, traitera Mandela d'hypocrite.

Pour trouver une solution au conflit, des pourparlers sont organisés à Lusaka en Zambie. Entre-temps, le diplomate US Howard Wolpe, en toute discrétion, va rédiger ce qui servira de feuille de route à toutes les parties en conflit. 
 
C'est au cours d'une réunion secrète tenue au mois de juin 1999 à l'hôtel Livingstone de Pretoria qu’avaient été discutées les dispositions de l'accord de Lusaka. 
 
Présidaient cette réunion : Mandela et Thabo Mbeki. Participaient à cette rencontre : Museveni, Kagame et Buyoya. Après discussion, la mouture finale a été transmise à Bill Clinton, Madeleine Albright, Kofi Anan via l'Ambassade américaine à Prétoria. Des copies seront envoyées à Omar Bongo, en tant que doyen des chefs d'état et à Blaise Compaoré, à l'époque, président en exercice de l'OUA. 
 
Tous entérineront ce texte ne réalisant pas que l'Afrique du Sud de Mandela a servi de couverture à une opération ficelée en coulisse par les Américains. Tout Congolais digne de ce nom sait aujourd’hui que l’accord global et inclusif  issu des accords de Lusaka, a hypothéqué la souveraineté de la RD Congo. 
 
Lorsqu’Honore Ngbanda, le président national de l’Apareco,  disait que personne parmi les congolais présents au pays de Mandela n’avait participé à l’élaboration de ce texte de malheur, il avait raison.

En clair, l’Afrique du Sud de Mandela a joué et continue de jouer le rôle de gendarme de la politique américaine dans la région. Ce pays ne souhaitait pas que les hostilités au Congo prennent fin. 
 
« On ne le dit pas assez, c’est Pretoria qui a financé, en grande partie, la guerre qui a commencé en 1998, soutint Paul Makela, Membre fondateur du parti présidentiel (PPRD) et ancien secrétaire général adjoint de la Commission préparatoire du Dialogue inter-congolais. 
 
C’est ce pays qui a fourni une importante logistique au RCD-Goma », le bras armé et politique du Rwanda au Congo. Les autorités sud africaines ne voulaient pas que le Dialogue intercongolais se termine au détriment des intérêts de leur pays, c’est-à-dire, de leurs multinationales. 
 
Selon Mr. Makela, pour Pretoria, il n’était pas question de voir Etienne Tshisekedi accéder à la tête de l’Etat congolais. En revanche, le RCD devait continuer à jouer un rôle important. En 2010, j’ai reçu un petit document dans lequel il est clairement établi que les autorités sud-africaines encourageaient les autorités rwandaises à morceler le Kivu.

Il faut également dire que durant les négociations secrètes qui ont conduit à sa libération, Mandela était en contact permanent avec William Casey, l’ancien patron de la CIA et ami du président Mobutu. 
 
D’aucuns se demandent par ailleurs si Mandela, pour être libéré, n’a-t-il pas accepté de ne pas bousculer l’ordre établi par le régime de l’apartheid qu’il avait combattu. 
 
A preuve, l’arrivée au pouvoir de l’ANC n’a rien changé dans la vie des noirs sud-africains, bien que quelques noirs se soient retrouvés dans des fonctions importantes au pays. Certains observateurs − dont moi −, croient que le forum pour la réconciliation nationale s’inscrivit dans cette même logique de ne pas s’attaquer ou de poursuivre en justice tous ces criminels blancs qui constituaient l’armature du pouvoir raciste de l’Apartheid. 
 
Autant le dire, c’est une fausse paix qu’on a vendu aux Noirs de ce pays. Puisque « la réconciliation » n’a pas eu les résultats escomptés, disons le pays n’a jamais connu de véritable réconciliation : la RSA a connu des graves violences raciales durant les années 90.  
 
A dire vrai, Mandela a trahit le combat des millions des noirs Sud-africains, voire mêmes des Africains qui avaient aidé l’ANC durant son combat contre les tenants du régime de l’Apartheid. 
 
On aura beau vanté la bravoure de cet homme qui a réellement combattu l’Apartheid dans le passé, il sied tout de même de rappeler que sa libération est intervenue au moment où le monde venait de connaître des bouleversements majeurs dus à la fin de la guerre froide et à l’effondrement du mur de Berlin. 
 
Le régime raciste sud-africain, bien que soutenu officieusement par les états occidentaux qui faisaient semblant de le critiquer, se devait de changer. Il est clair à ce stade qu’il fallait un changement dans sa politique pour redorer son blason terni par son passé de régime raciste. 
 
Mandela devait sortir de prison; les noirs, majoritaires dans le pays, étaient assurés de remporter les élections libres, mais à pas à n’importe quel prix : Le pouvoir politique aux noirs, lequel pouvoir ne sera dans les faits que symbolique. 
 
Puisque le vrai pouvoir, c’est-à-dire, le pouvoir économique, restera aux mains des mêmes racistes blancs. Même au sein du premier gouvernement de l’ANC, il y avait des individus issus du régime de l’apartheid, dans les postes stratégiques; notamment le ministère des finances et la Banque centrale. 
 
Il est certain que le président Mandela a accepté de jouer le jeu, on ne peut dire autrement…

Le journaliste sud-africain Allister Sparks résuma la situation comme suit : 
 
« Avant de céder le pouvoir, la Parti nationaliste tient à l’émasculer. Il tente de négocier une sorte de troc en vertu duquel il renonce au droit de diriger le pays comme il l’entend en échange de celui d’empêcher les Noirs de le diriger comme ils l’entendent. » 
 
Rassool Snyman, militant antiapartheid de longue date décrivit à son tour la situation comme suit : « Ils ne nous ont jamais libérés. La chaîne que nous avions au cou, ils l’ont mise à nos chevilles. »
 
S’il est vrai que dans le passé, le président Nelson Mandela s’est battu pour les droits de son peuple, il n’en demeure pas moins qu’avec le temps, l’homme s’est lui-même rangé aux côtés de ses ennemis d’hier, trahissant ainsi ce combat qu’il a longtemps mené pour ce même peuple. 
 
Syndrome de Stockholm? C’est à se demander à quoi a servi son combat finalement?
 

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