jeudi 4 juillet 2013

RDC : 53 ans après l’indépendance, le miracle est encore possible

Thursday, 04 July 2013

Cinquante-trois ans, c’est peu à l’échelle de l’histoire du monde. C’est en revanche une éternité pour un peuple qui se bat pour l’amélioration de ses conditions de vie. 

Le 30 juin 1960 est la date qui symbolise pour la RDC et les Congolais la libération de la domination coloniale. Ce jour-là, les Congolais avaient manifesté leur joie à l’indépendance, et l’espoir de bâtir un pays plus beau qu’avant était né. 

Comment ne pas penser à ce morceau joyeux au refrain entraînant,  « Indépendance Cha Cha », composé à Bruxelles (Belgique) en 1960 par Joseph Kabasele, alias Grand Kallé, et son orchestre African Jazz, pour célébrer l’indépendance, cette fierté retrouvée, cette dignité conquise à force de luttes ?

Mais, après cinquante-trois ans de marche vers la réalisation de ce rêve tant espéré , que de défis ! Des interrogations demeurent, notamment sur la gestion des affaires publiques, l’éducation, la sécurité des personnes et biens, la santé, qui sont pourtant des domaines prioritaires, indispensables pour tout développement.

La cupidité et la corruption, la délinquance financière et la mauvaise gestion des affaires publiques, le cynisme des dirigeants, l’absence de gouvernance responsable  demeurent un fléau. L’unité de la nation congolaise, consacrée par la Constitution, est mise à mal par des guerres successives et des rébellions dans l’Est du pays.

Le pays de Joseph Kasa-Vubu, père de l’indépendance nationale ( n’en déplaise aux falsificateurs de l’Histoire ) , est l’un des pays les plus pauvres  du monde, malgré ses immenses ressources naturelles

Selon l’étude du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) publiée  en 2012, la RDC  arrive au 186e et dernier rang -avec le Niger- du classement de l’Indice du développement humain (IDH). 

Près des trois quarts des 68 millions de Congolais (74%) vivent en dessous du « seuil de pauvreté multidimensionnel » qui tient compte de l’accès aux soins et de l’alimentation.

On s’était fait à l’idée, dès l’indépendance, que la RDC ne serait jamais parfaite, car elle est composée et dirigée par des humains ; des humains qui sont capables du meilleur autant que du pire. 

Mais on savait que les erreurs et les abus du passé rappelleraient toujours aux Congolais le besoin de s’ améliorer sans cesse, d’apporter les ajustements nécessaires, le cas échéant, et, finalement de toujours préserver la patrie aux fins de la remettre intégralement aux mains des générations naissantes et futures. C’est d’ailleurs un gage de survie, de continuité et d’épanouissement pour toute société organisée.

On s’était également fait à l’idée que la vie nationale collective ne serait pas facile ; tant de choix à faire, de défis à relever, de responsabilités à assumer. Mais on espérait voir germer dans le cœur de chaque Congolais un incoercible sentiment de profond amour pour le pays , une exigence, voire une obligation de le chérir et de le protéger.

L’amour des Congolais pour leur pays est connu de tous. C’est tout à fait vrai. Les musiciens l’ont chanté et immortalisé. C’est encore juste. Toutefois, cet amour qu’ont les Congolais pour cette terre qui les a vus naître, est-il un amour vrai, caractérisé par un patriotisme authentique ?

Un patriotisme authentique qui exprime un civisme et une participation citoyenne, et surtout qui fait appel à la  capacité des Congolais de servir le pays sans rien attendre en retour sinon que la fierté citoyenne d’avoir contribué au bonheur de la nation. 

Car, il n y a pas de plus grande expression de patriotisme que de se mettre au service de son pays et que chaque personne qui détienne une responsabilité dans la société se souvienne qu’elle est, avant tout, au service des autres.

L’inconscience de tous a entraîné la RDC dans le gouffre. Le manque d’éthique des dirigeants a fini par faire plonger le pays dans une gouvernance malsaine. 

Les Congolais assistent,  médusés et impuissants depuis environ quatre décennies, à une dégradation accélérée de leurs modes de vie et à un effritement prononcé de cette liberté arrachée par les vaillants combattants dans la lutte pour l’indépendance.

DEFENDRE ET PROTEGER LA DIGNITE DES CONGOLAIS

Si les Congolais veulent réellement donner au pays un regain d’énergies citoyennes, ranimer la fierté patriotique commune, retrouver cette liberté reçue en héritage et transformer cette ère difficile en une ère agréable, ils doivent s’y investir immédiatement et massivement dans ce qui constitue la raison existentielle de leur patrie : défendre et protéger la dignité des Congolais ; une dignité dont la valeur est inaliénable et universelle. 

Le philosophe Kant  ne nous a-t-il pas enseigné que la dignité de l’être humain est sacrée ?

Il y a des pratiques à abandonner, à éradiquer : les ambigüités dans les choix politiques, la course effrénée vers l’argent et le pouvoir, l’iniquité du système judiciaire, l’extrême concentration de la richesse dans des mains pas trop nationalistes, la centralisation à outrance de l’administration. 

Il y a aussi des choses à cultiver et à faire grandir irrémédiablement : la souveraineté nationale, l’unité nationale, le dialogue national ainsi que l’émergence d’une économie au service du peuple et de la nation.

Le Congo-Kinshasa est aujourd’hui humilié, pourtant craint et respecté dans les années 60-70 ! Il est devenue l’un des maillons faibles du continent. Il appartient aux Congolais de réveiller son esprit de grandeur  et  définir ses priorités d’avenir pour gagner la bataille du XXIe siècle.

Pour ce faire , il va falloir poser les bases d’un Congo nouveau en rénovant le présent dévasté par les incohérences (provoquée et entretenues par les Congolais eux-mêmes ) pour le rendre apte à regarder l’avenir avec sérénité,  et arrimer le quotidien à la promotion d’une société égalitaire et respectueuse du rêve des pionniers de l’indépendance. 

Ainsi, les Congolais auront réveillé dans la conscience nationale les idéaux de grandeur endormis depuis trop longtemps et trop profondément dans la mémoire collective. 

UN DEVOIR POUR TOUS

A défaut de pouvoir changer le passé, il serait sage de s’en inspirer et de s’engager ensemble à construire le futur. Ce chantier collectif fait appel à toutes les strates sociales congolaises. Un devoir pour tous.

Des politiques, qui doivent avoir une vision du pays la plus claire et la plus imaginative possible, et qui doivent définir les normes d’une réelle démocratie, pas n’importe laquelle, une démocratie qui fera enfin décoller cette refonte du système politique initiée au début des années quatre-vingt dix et qui est porteuse de grands espoirs pour la nation.

Des  acteurs de la finance, qui doivent revisiter le système économique, revoir son mode de fonctionnement. Surtout pas de demi-mesure pour satisfaire quelques ambitions personnelles.
Il faut prendre à bras-le-corps l’élaboration d’une nouvelle architecture économique destinée à doter le pays d’une classe moyenne nombreuse, entreprenante et instruite.

Les intellectuels doivent y participer, y contribuer, eux aussi, en transmettant aux jeunes une formation solide et authentique, car une démocratie forte et une économie saine requièrent la contribution de citoyens instruits.

Et quant aux jeunes, porteurs de grandes valeurs pour l’avenir de la RDC, mais souffrant d’un profond manque d’imagination morale, ils doivent avoir l’audace de résister à l’appât de la facilité financière que leur offre la déchéance sociale. 

Qu’ils sachent aussi que l’ascension du pays vers la rédemption se trouve entre leurs mains.

Naturellement, la gent masculine doit comprendre et admettre que tout cela ne se fera pas sans la participation sensible des femmes congolaises. Elles sont incontournables, « non-indexables » car c’est par elles que la prospérité économique arrivera puisqu’elles ont toujours été et sont encore les poumons du Congo.

Femmes d’action et de cœur, femmes d’acharnement et de persévérance, elles doivent se donner pour mission d’imprégner la pensée économique nationale d’une nouvelle sensibilité sociale et surtout d’infuser un peu de sagesse et d’équilibre à la politique congolaise longtemps désertée par le sens de la répartie.

TRANSFORMER LE PAYS ET ACHEVER L’INDEPENDANCE

Est-ce utopique de croire encore en un rêve commun, en un idéal commun, en une nation commune ? 

Est-ce farfelu de croire que la RDC puisse être un pays confiant dans son avenir ?

Non, le miracle est encore possible si, animés d’un patriotisme sincère, mais austère, d’un dévouement civique et sans limites, les Congolais acceptent d’y consentir les sacrifices politiques adéquats, acceptent d’y déployer les efforts sociaux requis, acceptent d’y dépenser les énergies citoyennes nécessaires au lieu de s’accrocher aux convictions obscurantistes, jusqu’au-boutistes et rétrogrades ou mieux à la peur d’être dépassé par un futur incertain.

Les Congolais ont le devoir de transformer le pays, l’obligation d’achever l’indépendance. Et pour que cela soit possible, il faut se tenir les uns à côté des autres formant une véritable nation unanime, tricotée à mailles serrées.

Ils doivent panser leurs « blessures sociopolitiques » et retisser leurs fragiles liens sociaux, se  libérer de leurs peurs et vaincre chacune des résistances des uns et des autres afin de rétablir le juste équilibre et une connexion féconde entre les diverses couches sociales, politiques et économiques de la nation congolaise, avoir un comportement  patriotique, un respect toujours plus grand de l’autre.

Ils doivent se donner les moyens de leurs ambitions, et ces moyens sont entre autres : un nouveau rapport d’équilibre entre les hommes et les femmes, des leaders forts et engagés au côté du peuple, une démocratie citoyenne vigoureuse et authentique.

C’est alors et alors seulement que le rêve d’un Congo plus beau qu’avant, c’est-à-dire plus humain et plus juste, totalement libéré de l’exploitation économique, de la dictature politique, de l’exclusion sociale, des querelles intestines, trouvera écho en leurs âmes et consciences et conséquemment, non seulement , ils  raviront à la communauté internationale tout espoir de les réoccuper, mais, encore et surtout, ils confirmeront au monde entier  que l’indépendance de la RDC n’a pas été un accident de l’histoire.

Que le 53ème anniversaire de l’indépendance de la RDC réveille la conscience citoyenne des Congolais pour trouver réponse à la question suivante : que veulent faire les Congolais de leur beau et grand pays ? C’est de leur conscience citoyenne que jaillira en effet la réponse.

Il n y a ni de bonnes, ni de mauvaises réponses, mais seulement des gestes patriotiques dynamiques et des actions citoyennes hardies et ambitieuses à la hauteur des talents et des compétences des Congolais.

Robert Kongo
Le Potentiel 

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