dimanche 12 octobre 2014

L’Afrique face aux enjeux sécuritaires : quel système de défense pour le territoire et les peuples ?

vendredi 10 octobre 2014

L’Afrique et sa croissance économique ; l’Afrique émergente à l’horizon 2035. Ce sont les formules les plus usitées lorsqu’il s’agit de parler du grand continent et de le projeter vers l’avenir. 


A ce propos les journaux, organisations non gouvernementales et les institutions internationales évoquent les taux de croissance impressionnants (plus de 5,2% ) des dix dernières années, sans oublier les tournures habituelles que sont : la bonne gouvernance, la corruption, la démocratie, le développement durable, en somme le vocabulaire adapté pour parler d’une Afrique qui peine à être le bon élève que l’on voudrait qu’il soit.

Pourtant l’une des urgences, des priorités parmi les priorités n’est pas la croissance mais la programmation et la projection d’un système continental de défense et de sécurité capable d’éradiquer les menaces permanentes et rendre l’Afrique maîtresse de son destin sécuritaire.

Etat des lieux :

Il n’aura pas fallu attendre longtemps après les indépendances acquises la plupart en 1960 pour voir les coups d’Etats et la violence s’emparer du destin du continent. 

Des rebellions armées qui ont su défaire en de temps records des armées nationales et régulières mal préparées et mal équipées. L’Ouganda en est le prototype puisque entre 1966 et 1986 le pays a connu pas moins de 4 coups d’Etats (Mutesa, Obote, Amin Dada, Museveni). 

Une armée nationale fragile, peu réactive et pas opérationnelle ne peut donc garantir la sécurité du peuple et du territoire.

Plus tard en en 1993 au Burundi c’est le Président Melchior Ndadaye qui est assassiné avec la bénédiction de certains hauts gradés de l’armée burundaise, ce qui remet en cause la moralité, du dévouement du soldat et son attachement au respect des institutions légales et légitimes.

En 1997, c’est l’Alliance des Forces Démocratiques pour la Libération du Congo-Zaïre (AFDL) de Laurent Désiré Kabila appuyée par le Rwanda et l’Ouganda, qui mettait en déroute l’armée du maréchal Mobutu pourtant au pouvoir depuis plus de 30 ans ; ayant trouvé son sanctuaire au Zaïre Oriental, l’AFDL lors de son offensive ne trouve aucune résistance sérieuse. Ici c’est la fragilité du pouvoir central et son incapacité de mobilité totale et permanente sur l’ensemble du territoire qui est sanctionnée.

Enfin en 2010, c’est un groupe de terroristes nigérians qui défie l’Etat fédéral entier s’octroyant même le droit de séquestrer des citoyens et de les assassiner. 

Boko Haram laisse transparaitre le manque de préparation des forces nigérianes à la lutte contre la guérilla. 

Au regard de ce qui précède, il est clair que la décadence sécuritaire du continent n’est pas un épiphénomène ; surtout lorsqu’à cela s’ajoutent le matériel militaire obsolète, les effectifs pléthoriques au sein des armées africaines et aussi la carence des structures de formation militaire sur le continent ( académies militaires, industries militaires). 

Il est donc urgent de repenser le système de défense et de sécurité du continent africain.

Une course contre la montre ?

La Somalie est aujourd’hui contrôlée par les Shebabs, le peuple somalien est de fait en otage tout comme à l’Est de la République Démocratique du Congo, des femmes sont violées chaque jours et pis, les ressources coltan, diamants ou or sont pillées. 

En République Centrafricaine c’est l’Etat qui s’est effondré, transformé en véritable poudrière, le pays ne peut plus protéger le peuple. Tandis qu’ au Soudan du Sud malgré l’indépendance proclamée en 2011 les affrontements entre factions et anciens alliés se poursuivent.

Au regard de ce qui précède il est incongru de parler d’émergence ou de croissance si la sécurité n’est pas garantie, de même que les projections sur le long terme apparaissent du coup inutiles voire superfétatoires. Dit autrement, il faut au préalable garantir l’autodéfense de l’Afrique.

Garantir l’autodéfense c’est sécuriser nos matières premières, c’est éradiquer la circulation et la prolifération des armes, c’est empêcher la prise du territoire par des groupes armés et endiguer les risque de rébellion. 

Mieux, c’est assurer la continuité de l’Etat malgré les changement constitutionnels ou conjoncturels, combattre la mort et le terrorisme sous toutes ses formes.

Quelles solutions ?

Le 26 décembre 2003, naissait la Force Africaine en Attente, mise en place par le Conseil de Paix et de Sécurité de l’Union Africaine. 

Prévoyant le déploiement des contingents civils et militaires sur l’ensemble du territoire. Une mesure salutaire, puis à dire vrai, pas sans points inachevés. 

D’abord la force a une compétence limitée vu que celle-ci ne parle pas d’englober la défense maritime, or le golf de guinée (Gabon, Nigeria, Sao Tomé et Principe…) est aussi une source d’instabilité pour le continent africain. 

Il est clair qu’avec un sol marin riche en matières premières, cet espace est un véritable enjeux stratégique et symbole de l’indépendance économique africaine. 

D’où l’urgence de la constitution d’une Force Africaine Maritime (FAM) pour éviter les attaques pirates et la piraterie moderne entre autres car rien qu’en 2011, on a recensé au moins 60 attaques.

Ensuite, se pose le problème de financements pour accompagner les troupes au sol, rémunérer le personnel, militaire policier ou civil et fabriquer, acheter et entretenir le matériel militaire. 

En effet si l’ancien Président Olusegun Obasanjo parle du besoin de trouver plus de 760 millions de dollars par an pour permettre d’atteindre les objectifs sécuritaires, il n’en demeure pas moins qu’aujourd’hui encore les plus grands contributeurs ou donateurs pour les opérations de retour à la stabilité sont étrangers, il s’agit surtout de l’Union européenne avec une contribution supérieure à 12 millions d’euros. 

Ainsi pour mettre fin à cette dépendance il est urgent de prendre des mesures contraignantes, j’entends par là, obliger les Etats à donner une contribution annuelles obligatoires, par exemple 2% du PNB de chaque Etat. 

Par contre s’il advenait qu’un Etat refuse de payer sa contribution au bout d’un an, il ne serait plus seulement privé de vote, mais devra être suspendu de l’organisation jusqu’au payement total des dettes. 

Cela permettrait au moins de savoir qui sont les vrais partisans de la cause africaine et surtout de la faire avancer. Il pourrait même être proposé de priver lesdits pays de financements des banques africaines, sauf en cas de crise majeures, et sauf dans les secteurs vitaux que sont : l’éducation et la santé et l’alimentation pour des cas sensibles comme la Somalie et la Centrafrique actuelles.

En outre pour réaliser plusieurs économies et garantir la stabilité, des Etats tels que le Gabon et la République du Congo, pourraient supprimer le bicamérisme, supprimer le sénat et réaliser respectivement plus de 10 milliards de Franc cfa d’économie ; et même opter pour des redécoupages administratifs réduisant ainsi le nombre d’élus locaux et des charges électorales et politiques.

Toutefois ces propositions ne visent pas seulement des dépenses mais constituent un point important pour l’investissement puisque se pose avec force le problème des moyens matériels militaires. 

L’Afrique ne peut continuer avec la pratique d’import-import des armes, il est judicieux de créer, développer et améliorer une industrie militaire africaine en bénéficiant de l’expérience en la matière de l’Afrique du Sud qui à travers Denel et Armscor possède la meilleure industrie militaire continentale, mais aussi l’Algérie qui en possède une, aujourd’hui en pleine expansion. 

Le rôle de l’Algérie peut-être déterminant surtout en matière de lutte contre le terrorisme et pour fournir aux forces africaines les rouages nécessaires pour la lutte contre la guérilla. 

Il est évident qu’en créant ses laboratoires de fabrications des moyens de défense, le continent créera des opportunités d’emploi, pourra vendre à l’extérieur certains de ses produits, et proposera une solution de plus pour limiter la fuite des cerveaux puisque mettre en place une industrie militaire requiert la construction d’établissement universitaires, des instituts technologique, de centres industriels. 

De plus l’impact sur l’industrie civile sera considérable. Sans oublier que cela rendra possible la formation de soldats dévoués éduqués et bien formés, prêts à répondre aux attaques de tout ordre. Des soldats qui ne constitueraient plus la terreur chez les citoyens mais susciteraient plutôt l’assurance chez ces derniers.

En définitive, l’une des priorités parmi les priorités c’est la sécurité et l’autodéfense. Le continent en a besoin pour atteindre ses objectifs et assurer l’avenir des générations actuelles et futur. 

Il n’existera jamais une Afrique responsable et prospère sans un système de défense africain, continental et souverain. 

S’il est vrai que le continent peine à trouver ses marques en sécurité et défense il convient au moins de souligner que la présence des forces africaines au Sud Soudan, en Centrafrique ou en Somalie laisse une lueur d’espoir . 

Aussi les récents rapprochements entre certains pays comme l’Afrique du Sud et la Russie voire l’union africaine , peuvent laisser entrevoir une reprogrammation du système de défense et de sécurité. Bien que la priorité aujourd’hui c’est la coopération afro-africaine. 

Toutefois, n’ est-il pas judicieux pour l’Afrique de regarder à la question du nucléaire ?
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NGOUEDI MAROCKO 


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