lundi 30 mars 2015

Les étapes de la reconstruction des femmes du Kivu

30 mars 2015

Avec ses salles d’opération, ses aires de repos, ses longs couloirs où s’alignent les patientes, Panzi est d’abord une institution médicale.

Mais avec le temps, ces lieux où le Dr Mukwege vit pratiquement cloîtré, est aussi devenu un grand village.. Vers les profondeurs des jardins, on distingue une cuisine communautaire et un réfectoire, une vaste pelouse où jouent les enfants, une crèche où des jeunes femmes veillent sur des bambins turbulents…

Dans ce quartier périphérique de Bukavu, Panzi et ses annexes forment une sorte de nébuleuse : grâce aux nombreux prix qui ont récompensé son action, le Dr Mukwege a créé la Fondation Panzi, multipliant activités et services destinés aux femmes (non sans susciter quelques jalousies dans le milieu…)

Si Maman Zawadi, la sœur du Docteur, s’occupe des enfants, Thérèse Kulungu, une ex-avocate venue de Kinshasa, dirige une « clinique juridique » où les femmes victimes de violences sexuelles viennent enregistrer leur témoignage, soigneusement archivé. 

Faut-il dire que cette « banque de données » reprenant les cas de plus de 40.000 femmes représente aussi une nomenclature des divers groupes armés, qui utilisent chacun des méthodes différentes…

Les juristes de la clinique encouragent les femmes à demander réparation et à porter plainte. « Il faut récuser les « arrangements à l’amiable » explique Me Kulungu. 

« Ils se concluent le plus souvent au détriment de la victime, par exemple lorsque les parents se contentent de recevoir une chèvre ou une poule pour les dédommager du viol de leur fille…Il arrive aussi que les familles décident de marier le violeur et sa proie, éteignant ainsi la plainte… » 

L’assistance juridique telle qu’elle est conçue à Panzi vise au contraire à aider la victime à faire valoir ses droits, à saisir les tribunaux afin de lutter contre l’impunité.

Après avoir été soignées, restaurées dans leur intégrité physique, les «femmes de Panzi » apprennent aussi à reconstruire leur vie, y compris sur le plan économique.

On leur enseigne non seulement la couture, la vannerie, activités classiques, mais aussi des rudiments de comptabilité afin de pouvoir gérer un budget, tenir un petit commerce. 

Mukwege s’émerveille toujours de leur savoir faire : « avec un petit crédit, de 100 ou 200 dollars, ces femmes se lancent. Elles achètent et revendent des légumes puis se construisent un petit logement… »

La « Cité de la Joie » animée par la Belgo Congolaise Christine Schuler-De Schryver vice-présidente de la Fondation Panzi, affiche des ambitions plus vastes encore, inscrites en grandes lettres à l’entrée des bâtiments : « transformer la douleur en pouvoir ». 

Il s’agît de permettre à des femmes qui ont connu les souffrances les plus extrêmes de redevenir non seulement des personnes à part entière mais aussi de se transformer en leaders d’opinion.

A la « Cité de la joie » sont ainsi admises des jeunes filles sélectionnées dans toutes les provinces du Congo pour avoir été victimes de « violences liées au genre », suivant la terminologie aujourd’hui utilisée.

Durant plusieurs mois, les « élues » suivent des cours de culture générale, apprennent à connaître leurs corps, à se défendre. Elles sont capables de prendre la parole en public, d’animer des réunions. 

«Lorsqu’elles retournent au village, elles sont transformées» assure Christine De Schryver, « elles sont devenues les ferments du changement social »… 
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Le carnet de Colette Braeckman 

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