mercredi 16 septembre 2015

«Frondeurs» : « Joseph Kabila » face à un choix cornélien


Charles Mwando Nsimba, 1er vice-président de l’Assemblée nationale

N’en déplaise au ministre Lambert Mende Omalanga ainsi qu’au sénateur She Léonard Okitundu lesquels ont choisi – pour des raisons évidentes - de jouer la carte de la «minimisation», la troisième lettre adressée à «Joseph Kabila» en date du 14 septembre 2015 par les «frondeurs» de la "Majorité présidentielle" (MP) sonne, au mieux, comme un «avis de forte tempête» et au pire, comme une oraison funèbre précédant l’ensevelissement.

L’histoire est un perpétuel recommencement. Cette troisième missive des membres du "G7" rappelle vaguement la «lettre ouverte» adressée au président Mobutu Sese Seko par les «13 parlementaires». C’était le 1er novembre 1980. Kyungu wa Kumwanza et Etienne Tshisekedi wa Mulumba en faisaient partie. 


Bien que toute comparaison ne peut être qu’hasardeuse, ces deux correspondances écrites avec 35 années d’écart posent aux destinataires respectifs le même problème : la fracture abyssale entre le dire et le faire. Bref, le respect des engagements.

« Joseph Kabila » se trouve face à un choix cornélien : sanctionner les «frondeurs» pourrait faire imploser la « Majorité ». Ne pas le faire risque d’être interprété comme un signe de mollesse.


En 1980, mal inspiré, le «Grand léopard» avait opté pour la répression. La suite est connue.

«Annus horibilis». Une année horrible. L’année 2015 est une année horrible pour «Joseph Kabila». L’homme et ses affidés auront tout essayé pour assouvir leur soif du pouvoir pour le pouvoir. sans succès. 


L’année 2016, elle, pourrait être une année à haut risque; l’année de toutes les incertitudes. Certains analystes n’hésitent plus à prédire une «confrontation» entre l’appareil répressif du «raïs» et la masse congolaise. 

Une confrontation qui pourrait aboutir, disent-ils, à la destitution de «Joseph Kabila». Et ce, avant l’expiration de son second et dernier mandat prévue le 19 décembre 2016.

« Initiatives courageuses »

Sept membres de la Majorité présidentielle ont (Banza Maloba Dany – ACO ; Yves Mobando Yogo – MSR ; Olivier Kamitatu Etsu – ARC ; José Endundo Bononge – PDC ; Gabriel Kyungu wa Kumwanza – UNAFEC ; Charles Mwando Nsimba – UNADEF ; Christophe Lutundula Apala – Alliance des démocrates pour le progrès – ADP/MSDD) pris, pour la troisième fois leur plume pour sonner l’alarme.

Ces personnalités politiques ont dit à haute et intelligible voix ce que murmure la grande majorité de la population. 


A savoir que « Joseph Kabila » entend se maintenir à la tête du pays en violation de la Constitution. 

Alors que dix années auparavant, le même « Kabila » les avait invités à se joindre à lui dans le but de mettre sur pied une « famille politique soudée » autour d’une « vision partagée de l’avenir de la RDC et dans le cadre d’un nouvel ordre politique établi par une nouvelle constitution».

Les « frondeurs », appelés également « G7 », exhortent « Kabila » à prendre « des initiatives courageuses » pour mettre un terme à la confusion entretenue par quelques zélateurs de sa mouvance autour des prochaines élections générales. 


Pour eux, il faut mettre le pays à l’abri d’«une crise politique inutile (...) aux conséquences imprévisibles». Ils proposent une piste : reporter les élections locales à une date ultérieure et organiser la présidentielle de novembre 2016 dans les temps prescrits.

«Djalelo»

Dans l’interview que Kyungu wa Kumwanza a accordée à Radio Okapi, le président sortant de l’assemblée provinciale du Katanga est allé plus loin en déclarant notamment : « (…). Nous avons combattu la dictature dans ce pays, nous ne pourrons plus jamais accepter qu’il y ait des velléités dictatoriales à travers certaines décisions et certains faits qui nous inquiètent. » 


Et d’ajouter plus loin : « Nous constatons que maintenant nous tendons vers les anciennes mauvaises habitudes de vouloir trouver parmi nous des hommes providentiels, des hommes miracles au détriment des institutions pourtant mises en place de commun accord par référendum. La tendance actuelle pour se faire aimer ou se faire remarquer, le langage du MPR [parti unique créé par le président Mobutu, NDLR] reprend. D’ici là, on va assister aux chansons telles que Djalelo tout simplement parce qu’on a tendance à éviter et combattre notre propre constitution ».

Kyungu fait manifestement allusion à l’association «Kabila Désir» initiée par le ministre Tryphon Kin-Kiey Mulumba. 


Ce groupement a opté pour un slogan autant ambiguë que risible : « Kabila totondi yo nano te ; posa na yo esili nano te ». Traduction : « Kabila nous avons encore besoin de toi... ».

Les réactions ne se sont pas fait attendre dans la « Majorité ». Réputé pour sa désinvolture habituelle, Lambert Mende a estimé que les « frondeurs » ne représentent qu’une "minorité". En clair, la mouvance kabiliste reste droite dans ses bottes.

«Le sénateur She Léonard Okitundu a, pour sa part, qualifié cette dernière lettre du «G 7» comme étant «du déjà entendu».
 

Selon lui, c’est une répétition «à peu près de la même chose ». 

Au cours d’une conférence de presse tenue lundi 14 septembre à Kinshasa, la coalition de trente-trois ONG de défense des droits de l’homme ont pris le contre-pied de la Cour constitutionnelle en demandant l’organisation « prioritairement » des élections législatives et la présidentielle, « avant toute autre élection », dans le respect du délai constitutionnel. 


« (…). Le gouvernement et la Ceni ne peuvent pas avoir une excuse si ces élections ne sont pas organisées dans le délai constitutionnel », a prévenu Georges Kapiamba, le coordonnateur de l’Association congolaise pour l’accès à la justice (ACAJ).

Question : Que va faire « Joseph Kabila » ? 


Le tout-Kinshasa attend de connaître les "oracles" qui sortiront de la prochaine réunion du bureau politique de la "MP". Ambiance! 
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Baudouin Amba Wetshi
© Congoindépendant

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