vendredi 22 octobre 2010

RDC - Club de Paris : Volte-face des Occidentaux ?

image Yves Leterme
 

Il n’est pas particulier que les officiels belges choisissent la presse pour annoncer de grandes décisions lorsqu’il s’agit de questions congolaises. C’est même une coutume sur fond d’un certain mépris. Hier, c’était un juge qui a choisi la presse pour astreindre la Rdc au rapatriement de la dépouille mortelle de Armand Tungulu. Aujourd’hui, c’est un ministre belge qui, par la presse, annonce la décision du Club de Paris de différer l’annulation de la dette de la Rdc en 2011.
Cette annonce, quelle que soit la vérité qu’elle pourrait renfermer, est de nature à créer la confusion qui, de la part de la Belgique, entre dans le cadre d’un plan dont les grandes articulations se dévoilent au fil des jours. Il s’agit de réduire les ardeurs des hommes au pouvoir en Rdc. Et à la rigueur, pourquoi pas, leur enlever quelques lustres la veille d’importantes échéances électorales. Il suffit de lier ce fait des autres pour s’en convaincre.
La confusion savamment entretenue a entre autre but de mettre en doute la capacité du gouvernement congolais d’assurer la bonne gestion du pays. La prestation du ministre belge à l’Agence belge d’informations, fait dire que le point d’achèvement qu’avait atteint la Rdc et qui aurait pour but l’allègement de la dette extérieure due au Club de Paris, ne serait qu’un mirage. On connaît l’impact d’une telle déclaration dans l’opinion politique congolaise. Certains membres du Club de Paris, selon le communiqué évoqué par le ministre belge, se poseraient des questions sur la manière dont la Rdc aurait atteint ce point d’achèvement. Et l’on énumère d’autres critères à remplir avant l’annulation de la dette.

De critères en critères

Les nouveaux critères annoncés sont post-atteinte point d’achèvement. Et pourtant, si on doit prendre les Institutions financières internationales au sérieux, il y avait des critères à atteindre préalablement au point d’achèvement. Si la Rdc a atteint ce point d’achèvement - c’est une question de morale - elle a droit aux conséquences de ce sacrifice auquel le peuple congolais a consenti. La prestation du ministre belge concernerait peut-être l’annulation de la dette alors que le point d’achèvement appelait à un allègement de la dette. Dans l’opinion congolaise, telle que la chose est présentée, c’est bonnet blanc, blanc bonnet. On peut croire à une confusion voulue lorsque, pour annoncer le report de l’annulation de la dette, on met en cause la gouvernance du gouvernement congolais et on enfourche le cheval du climat des affaires.
On peut se poser des questions sur la sortie médiatique du ministre belge lorsqu’on sait que la réunion qui doit traiter la question de l’annulation de la dette se tiendra au mois de novembre 2010. Est-ce un présage ou une annonce des décisions qui seront communiquées à la Rdc à la fameuse réunion de novembre prochain ? L’autre question que plus d’un se posent, c’est celle de savoir pourquoi l’annonce doit venir de la Belgique. Les autres membres du Club de Paris se cacheraient-ils derrière l’ancienne métropole de la Rdc ? Par conséquent, la Belgique jouerait dans ce cas, le rôle de fou du roi. Car, lorsque c’est la Belgique qui le dit et choisit bien son moment, cela peut entrer dans le cadre d’une querelle congénitale belgo-congolaise. Les autres pays peuvent, riant sous cape, garder le visage trompeur de partenaires bienveillants et compatissants à ce pays détruit par la dictature et qui sort d’une guerre meurtrière. A propos du climat des affaires, c’est le énième bout de chaîne par laquelle les pays occidentaux veulent tenir la Rdc. Hier, c’était la démocratie la condition essentielle pour bénéficier des appuis budgétaires. La démocratie voulait dire multipartisme et élections.

De la démocratie au climat des affaires

Il s’avère qu’aujourd’hui, tous les pays africains se sont démocratisés, même ceux qui organisent des élections gagnées avec des scores staliniens. Ce sont d’ailleurs les pays pour lesquels les Occidentaux ont plus de sympathie. Lorsqu’ils se sont rendu compte que la démocratie avec le multipartisme et les élections à la clé devenaient courantes, ils ont introduit un autre critère d’éligibilité : la bonne gouvernance. Pour faire preuve de bonne gouvernance, il faut satisfaire aux exigences des institutions financières internationales, à savoir le Fonds Monétaire international et la Banque Mondiale. L’exemple de la Rdc est une preuve que l’on est loin d’être en présence d’un critère essentiel. Car, les Occidentaux semblent mettre plus l’accent aujourd’hui sur « le climat des affaires ».

A propos du climat des affaires

Le contenu du climat des affaires tel que voulu par les créanciers de la Rdc est sujet à caution. Il s’agit d’un contenu qui ressemble au diktat du maître à son sujet. Si le bon climat des affaires veut dire facilités accordées aux investisseurs, en Rdc il prend une autre signification. Tout le monde est d’avis que la Rdc a un code des investissements le plus libéral. Cela fait que dans beaucoup de contrats signés, la Rdc s’en tire avec un pourcentage qui fait jaser. On connaît des pays où l’Etat, en plus des taxes et autres redevances, s’octroie jusqu’à 50%.
En Rdc, il n’y a pas un contrat où le pays a plus de 30%. Mais on estime que cela ne suffit pas. Il faut davantage libérer au profit des investisseurs. Malheureusement, constate-t-on, pour avoir ouvert ses richesses à tout le monde, beaucoup d’aventuriers et autres maffieux y sont entrés. Ainsi a-t-on des opérateurs économiques qui viennent spéculer plus qu’ils n’investissent. Ils gagnent des marchés vite déclarés à la bourse pour être revendus au quintuple du prix d’acquisition. Cet aspect ne semble pas intéresser les prophètes du climat des affaires. Et lorsque la Rdc se rend compte qu’elle avait signé avec une entreprise qui ne peut pas l’aider à se développer et résilie le contrat, elle déclare la guerre aux membres du club de Paris voire aux institutions financières internationales.

Hier comme aujourd’hui

C’était le leitmotiv des négociations pour l’atteinte du point d’achèvement. On se souvient des réunions annulées, reportées, … La réunion du 18 novembre 2009, tant attendue a défrayé la chronique. Il fallait que les pays membres, comme l’a fait dernièrement l’ambassadeur belge à Kinshasa, se justifient. Le ton est venu des Usa par son ambassadeur à Kinshasa qui déclarait : « Le gouvernement des Etats-Unis a donné, lors de la réunion du Club de Paris du 18 novembre 2009, des assurances financières sans aucune condition. Toute information affirmant le contraire est fautive ». Il y avait un vrai problème et il s’appelait le Canada qui protégeait une entreprise canadienne, à savoir KMT qui avait vu son contrat résilié à la suite de la « revisitation » de tous les contrats miniers. L’opinion congolaise exprimée par la presse n’avait pas tort d’épingler également les Usa dont l’entreprise TFM (Tenke Fungurume Mining), une filiale de la firme américaine Freeport McMoran, avait son contrat en « revisitation ».

Le Canada avait-il baissé les mains ?

Ce que la presse congolaise avait présenté comme inquiétude au sujet des pressions canadiennes se confirmera. Car en effet, le Canada voulait avoir des éclaircissements sur la relecture du contrat de KMT (Kingamyambo Musonï Tailings). Ce contrat avait été résilié en août 2009 par le gouvernement congolais. La presse n’avait rien inventé. Car, le vice-ministre congolais des Finances avait déclaré à l’Agence de presse Bloomberg : « Le Canada est préoccupé par les contrats miniers annulés impliquant Lundin Mining Corp basée à Vancouver et First Quantum Minerals Ltd en République démocratique du Congo ». Le Canada a mis de côté toute retenue lors des Assemblées de Fmi et de la Bm pour exprimer ses réserves quant à permettre la Rdc atteindre le point d’achèvement.
Dès ce moment, il serait naïf de penser que ces pays baisseraient les bras en faisant bon cœur contre mauvaise fortune. La prestation du ministre belge est un effet d’annonce. C’est même un chantage pour démontrer à Kinshasa que rira bien qui rira le dernier. C’est simplement immoral. Car, c’est tout, sauf un bon climat des affaires créé par ceux qui croient avoir des leçons à donner à ce sujet.
Joachim Diana G., l'Avenir

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire