vendredi 22 octobre 2010

RDC : Jean-Pierre BEMBA victime d’une injustice... judiciaire


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Jean-Pierre BEMBA - Le Sénateur Jean-Pierre Bemba Gombo
 

La Cour pénale internationale a annoncé jeudi 21 octobre que le procès du président du MLC (Mouvement de libération du Congo), Jean-Pierre Bemba Gombo, va s’ouvrir le 22 novembre prochain. L’ancien vice-président de la RD Congo sera étrangement seul sur le banc des accusés pour répondre des «crimes de guerre et contre l’humanité» imputés, à tort ou à raison, aux combattants de son Mouvement déployés en République Centrafricaine à la demande de l’ancien président Ange-Felix Patassé. Sans être blanc comme neige, Bemba n’a jamais été présent sur le théâtre des opérations. Il avait placé ses «hommes» sous le commandement direct tant du chef de l’Etat centrafricain de l’époque que de l’état-major de l’armée de ce pays (FACA). L’accusation tente manifestement de faire expier un bouc émissaire en lieu et place de confronter tous les protagonistes au drame centrafricain pour savoir qui, en définitive, est responsable de quoi faisant ainsi éclater la vérité.
La Chambre de première instance de la CPI va donc (enfin) juger Jean-Pierre Bemba Gombo. Il doit répondre du chef de «meurtres, viols et pillages» imputés aux éléments du MLC déployés d’octobre 2002 à mars 2003 en Centrafrique à la demande d’Ange-Félix Patassé, alors chef d’Etat de ce pays. Patassé faisait à l’époque face à une rébellion armée dont le chef n’est autre que l’actuel président de la RCA, le général François Bozizé.
Le 22 novembre prochain, le risque est grand que l’on assiste à une haute farce judiciaire menée par une juridiction internationale inique. Inique parce que partiale et discriminatoire. Il faut refuser de voir pour ne pas constater que la CPI est instrumentalisée par certains groupes d’intérêts. La mansuétude affichée par le procureur près la CPI, Luis Moreno-Ocampo, à l’égard des co-accusés centrafricains est, en effet, difficilement compréhensible. Ceux-ci n’ont en aucun cas été inquiétés. Aucun mandat international n’a été délivré à l’encontre de Patassé et des ses acolytes. C’est le cas notamment du chef milicien Abdoulaye Miskine.

L’e-mail en provenance de Bangui

Arrêté à Bruxelles en mai 2008 sur la base d’un mandat international délivré par la CPI en «extrême urgence», Bemba est privé de liberté depuis bientôt une trentaine de mois. Un comble pour une juridiction censée fonctionner selon les canons occidentaux qui consacrent la primauté de la liberté sur la détention. La date d’ouverture du procès a été reportée à maintes reprises au gré des caprices du procureur Moreno-Ocampo. Au mépris du respect des droits de la défense. Cette longue «garde à vue» ne peut s’expliquer que par les difficultés rencontrées par l’accusation à administrer les preuves de ses allégations. Il y a, en effet, trop de faits troublants dans cette affaire Bemba.
Le 21 avril 2006, un courrier électronique est adressé à Léonard She Okitundu, alors directeur du cabinet de Joseph Kabila. Une copie est envoyée à l’ambassadeur de la RD Congo à Bangui Mugaruka bin Rubibi. L’objet du message est libellé comme suit : «JPB CPI». L’expéditeur s’appelle Abdel Karim Mekassoua. Il était à l’époque le ministre de la Communication : «Chers amis, écrivait-il, je vous transmets les infos nécessaires à la très haute attention du PR. Merci de mettre 2 billets A/R à disposition sur AF, pour un départ le 22 avril de Bangui et retour le 24 avril via Douala pour A. Karim Meckassoua et Me Goungaye Wanfiyo Nganatoua. Je confirme le rendez-vous avec Antoine qui a mon contact de Paris (...). Mes respects au PR et merci pour votre diligence.» Décédé depuis, Me Nganatoua est l’homme qui, avec l’aide des «experts» de la FIDH (Fédération internationale des ligues des droits de l’Homme) a pu monter de toutes pièces et les «témoignages» et autres «preuves» sur les « atrocités » commises uniquement par les combattants du MLC appelés à tort les «Banyamulenge». Ce fait montre non seulement que les «plaignants» ont été instrumentalisés mais surtout qu’une connivence a existé et continue à exister entre l’actuel chef d’Etat centrafricain et son homologue congolais. Selon des sources, «Antoine» dont il est question ne serait autre que Antoine Ghonda Mangalibi, un transfuge du MLC passé avec armes et bagages dans le camp kabiliste.

Une cabale

En août 2009, la CPI a fini par faire droit à la demande de libération conditionnelle introduite par la défense. Et ce, en attendant l’ouverture du procès. On le sait, cette décision a été cassée en appel en décembre 2009. Les juges avaient estimé que le maintien de Jean-Pierre Bemba en liberté «constituait une menace pour des témoins à son procès.» Il apparaît que cette décision a été influencée par la position prise par la FIDH dans un communiqué publié le 3 septembre 2009.
Cette Organisation non gouvernementale internationale se disait «très préoccupée du risque que pourrait représenter» cette mesure «pour toutes les victimes et les témoins». Ajoutant : «La FIDH rappelle que la situation sur le terrain, tant en République Centrafricaine (RCA) qu’en République démocratique du Congo, est très tendue, et que les témoins et victimes des crimes dont Jean-Pierre Bemba est accusé se trouvent dans une situation extrêmement précaire». «La FIDH craint que l’extrême vulnérabilité des acteurs sur le terrain ne soit aggravée par une éventuelle libération provisoire de Jean-Pierre Bemba.» Le communiqué souligne en conclusion la «crainte» de la Fédération de voir Jean-Pierre Bemba échapper «à la justice internationale et que des preuves disparaissent.» Question : Quel est l’intérêt de la FIDH à voir Bemba maintenu en détention pendant que ses co-accusés centrafricains respirent l’air et ont pu bénéficier d’une amnistie au plan interne?
Coïncidence ou pas, au cours de ce même mois de septembre 2009, on apprenait que les résidences de deux anciens transfuges du MLC - devenus ministres de Joseph Kabila - ont été attaqués par des inconnus. Il s’agit de José Endundo (Environnement) et d’Alexis Thambwe Mwamba (Affaires étrangères). Les "assaillants" auraient chaque fois laissé un message accompagné d’une balle : «Si tu témoignes contre Jean-Pierre Bemba, tu mourras». Selon le ministre de la Communication et des médias Lambert Mende Omalanga, d’autres personnalités ex-MLC auraient le même message par SMS. C’est le cas notamment du ministre du Plan, Olivier Kamitatu, du député Antoine Ghonda ou du Sénateur Valentin Senga. Une année après, l’opinion congolaise attend toujours les conclusions de l’enquête que la police n’a pas manqué d’ouvrir à ce sujet. Pire, la "famille" de feu Nganatoua s’est manifestée dans les mêmes circonstances de temps via une dépêche de l’AFP pour exiger le maintien de Bemba en détention. L’AFP n’a jamais citer un seul nom des membres de cette "famille". Qui tire les ficelles derrière cette rafale des dépêches d’agence?

Requête

Dans une requête adressée à la CPI, jeudi 25 février dernier, la défense a formulé deux demandes. Dans la première, elle a demandé à cette juridiction à déclarer "irrecevables" les poursuites engagées contre l’ancien vice-président de la RD Congo et sénateur Bemba Gombo et «y mettre un terme définitif.» Au motif que cette affaire a déjà été jugée en 2004 par la justice centrafricaine et que Bemba a été lavé de tout soupçon. Dans la seconde, elle sollicite la libération de l’accusé et dénonce toutes les «manœuvres de procédure abusive» qui entourent cette affaire. La suite est connue. Pour la CPI, «le doyen des juges d’instruction de Bangui avait abandonné les poursuites à l’encontre de Bemba en vertu de l’immunité diplomatique dont il bénéficiait en tant que vice-président de RDC.»
La CPI a balayé ces arguments d’un revers de la main avant d’annoncer qu’elle est désormais en mesure d’ouvrir le procès de Jean-Pierre Bemba Gombo «pour crimes de guerre en Centrafrique». Rendez-vous est donc fixé au 22 novembre prochain. «C’est depuis deux années que le sénateur Jean-Pierre Bemba Gombo est privé de sa liberté en violation de son droit à une procédure équitable, transparente et contradictoire», déclarait l’avocat bruxellois Aimé Kilolo-Musamba au cours d’un entretien avec Congoindependant.com. Il est clair que l’accusé Bemba est persécuté, pour des raisons inconnues, par une instance judiciaire internationale inique.
Par Baudouin Amba Wetshi

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