mardi 7 décembre 2010

Côte d'Ivoire : après Mbeki, la Cédéao s'implique


L'ancien président d'Afrique du Sud, Thabo Mbeki, le 05 décembre 2010.
L'ancien président d'Afrique du Sud, Thabo Mbeki, le 05 décembre 2010.
AFP PHOTO / KAMBOU SIA

Par RFI
L'émissaire de l'Union africaine, Thabo Mbeki, a quitté le 6 décembre Abidjan sans avoir trouvé de solution à la crise ivoirienne. Le pays a toujours deux présidents, et deux Premiers ministres. La communauté internationale ne cache pas son inquiétude. L’ONU a ainsi décidé de retirer son personnel «non essentiel» du pays. Face à cette crise, les chefs d'Etat et de gouvernement de la Cédéao se réunissent en sommet extraordinaire ce 7 décembre, à Abuja, au Nigeria.

Trente-six heures sur place. Deux longs entretiens avec Laurent Gbagbo à sa résidence. Une rencontre de trente minutes avec Alassane Ouattara à l’hôtel du Golf. Sans oublier deux séances de travail avec Youn-jin Choi, le représentant spécial de l’ONU. Thabo Mbeki n’a pas ménagé sa peine, et pourtant, au final, sa médiation semble être un échec.
Au départ, l’ex-président sud-africain avait une feuille de route. Il devait expliquer à Laurent Gbagbo que, pour l’Union africaine, il y avait un vainqueur à l’issue de la présidentielle du 28 novembre, celui que la Commission électorale avait désigné - à savoir Alassane Ouattara -, et qu’il fallait donc en tirer les conséquences. Mais le président sortant n’a rien voulu savoir. Il s’est retranché derrière la décision du Conseil constitutionnel, qui le donne gagnant.

Le président burkinabe Blaise Compaoré
 
07/12/2010
 
 
De son côté, Alassane Ouattara s’est montré intraitable. « Si Monsieur Gbagbo accepte de partir dans les prochains jours », a-t-il expliqué, « aucune action en justice ne sera déclenchée contre lui, et il bénéficiera de tous les avantages dus à un ex-chef d’Etat. Mais il faut qu’il s’en aille ».
Thabo Mbeki a bien essayé d’organiser une rencontre entre les frères ennemis, mais les deux hommes ont refusé. Confidence du médiateur sud-africain : « C’est le dialogue de sourds. Tous deux sont dans une logique d’affrontement ». Pour l’heure, l’Union africaine passe la main, et cède la place à la Cedeao, l’organisation sous-régionale. Celle-ci se réunit ce 7 décembre au Nigeria, et pourrait envoyer à son tour un émissaire, mais cette fois avec de vrais moyens de pression.
Tous les regards tournés vers Abuja
Selon une source digne de foi, la Cédéao devrait adopter ce mardi 7 décembre une position très ferme sur la Côte d'Ivoire. Dans l'arsenal des mesures envisagées, outre une nouvelle condamnation de l'élection de Laurent Gbagbo, les chefs d'Etat de la Cédéao envisageraient d'imposer des sanctions.
Cette organisation devrait également nommer un émissaire pour une médiation de la dernière chance. Le nom de l'ancien président Nigérian Oléségun Obasanjo est cité dans les milieux diplomatiques. La communauté des Etats d'Afrique de l'ouest est sous la pression de Washington et des Nations unies.
On sait que le Conseil de sécurité va tergiverser, à cause des chinois et des russes.
De source diplomatique, le secrétaire général de l'ONU, compte donc sur l'implication de la Cédéao dans ce dossier pour faire ce que son organisation ne peut pas faire, c'est à dire, éventuellement, envisager une opération militaire.
Selon une source diplomatique, le président nigérian, Goodluck Jonathan est sous double pression des Américains et des Européens pression pour qu'il fasse preuve de fermeté.
L’ONU rapatrie son personnel « non essentiel »

Hamadoun Touré, porte-parole de l'Onuci à Abidjan
 
07/12/2010
par RFI
 
 
Les Nations unies vont procéder à l'évacuation temporaire des membres jugés non essentiels de leur mission en Côte d'Ivoire. L’Onuci, ce sont quelques 10 000 casques bleus, policiers et personnels civils, et c’est parmi ces derniers que vont être choisis 460 agents onusiens qualifiés de « personnels non essentiels ». Ils vont être évacués vers la Gambie et le Sénégal .Officiellement il s’agit d’un repli provisoire. Quoi qu’il en soit, ce départ annoncé illustre bien l’état de tension qui règne en Côte d’Ivoire.

Mohammed Ibn Chambas, secrétaire général de l'ACP
 
07/12/2010
par Joana Hostein
 
 
On savait déjà les relations exécrables entre l’Onuci et Laurent Gbagbo, en fait depuis que les Nations unies ont certifié les résultats de la Commission électorale indépendante donnant Alassane Ouattara vainqueur. Un proche de Laurent Gbagbo avait même peu après (en direct sur la télévision publique) menacé le patron de l’Onuci d’expulsion.
Dans son discours d’investiture, Laurent Gbagbo n’avait pour sa part pas hésité, sans la nommer directement, à mettre en cause l’ONU , estimant en substance qu’il y avait une ingérence insupportable de sa part, contraire au principe de souveraineté nationale.

Gilberto Lutucuta, ambassadeur de l'Angola en Côte d'Ivoire
 
07/12/2010
par Miguel Martins
 
 
Mais l’annonce de ce repli intervient aussi le jour même où l’envoyé spécial de l’Union africaine, le Sud-Africain Thabo Mbeki, achève sa visite de deux jours à Abidjan. La communauté internationale est donc pessimiste, et l’Onuci prend les devants.



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