Pour Laurent Gbagbo, tout procède de la loi ivoirienne. En Côte d’Ivoire, le Conseil constitutionnel est juge en dernier ressort. Il est le seul à pouvoir donner les résultats définitifs de l’élection présidentielle. Si Youn-jin Choi se croit au-dessus de ce Conseil, il agit en violation de la Charte des Nations unies qui stipule que chaque pays est souverain. Bref, l’ONU n’est pas là pour s’immiscer dans les affaires ivoiriennes, mais pour accompagner le processus.
Pour Youn-jin Choi, tout procède des accords politiques de sortie de crise conclus en dehors de tout vote à l’Assemblée nationale. En avril 2005, à Pretoria, Laurent Gbagbo, Alassane Ouattara et Henri Konan Bédié – qui se méfiaient les uns des autres – ont créé la fonction de Haut représentant des élections (HRE). Ce haut fonctionnaire de l’ONU était chargé de certifier 1 – la paix, 2 – l’inclusion (Qui peut voter ? Qui peut être candidat ?), 3 – les medias d’Etat, 4 – la liste électorale, 5 – les résultats des élections.
Aujourd’hui, Youn-jin Choi n’a plus le même titre, mais affirme garder les mêmes prérogatives. Il s’estime donc tout à fait compétent pour certifier le vote du 28 novembre dernier et annoncer le nom du vainqueur de la présidentielle.
Dans cette polémique, le conseiller à la Présidence, Alcide Djédjé, dénonce une discrimination : «
Les pays africains sont les seuls où les hauts fonctionnaires se comportent de la sorte ». «
C’est faux », réplique un membre de l’entourage de Youn-jin Choi. «
Au Timor oriental, au Népal ou en Bosnie, l’ONU a certifié aussi les scrutins. Mieux, elle les a organisés ».
Il est vrai que la Côte d’Ivoire est l’un des premiers pays où l’ONU engage un bras de fer avec un chef d’Etat qui veut rester au pouvoir. Un bras de fer qui ne fait sans doute que commencer.
Un pays, deux présidents
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Présidentielle en Côte d'Ivoire |
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La Côte d’Ivoire s’est, en tous cas, endormie dans la soirée du 3 décembre avec deux présidents. Un président élu dans les urnes selon la Commission électorale indépendante et le représentant du Secrétaire général des Nations unies sur place et un président élu selon le Conseil constitutionnel, l’instance juridique suprême du pays.
Dans cette bataille de légitimité, Alassane Ouattara gagne haut la main si une victoire se mesure au nombre de soutiens extérieurs.
Sur le plan international, outre le patron de l’ONUCI qui a certifié son élection, Alassane Ouattara a notamment reçu les félicitations du secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, du président américain Barack Obama, du chef de l’Etat français Nicolas Sarkozy et de la chef de la diplomatie de l’Union européenne, Catherine Ashton.
Sur le plan local, le candidat du RHDP a reçu le soutien notamment des Forces Nouvelles et du Premier ministre, Guillaume Soro, qui s’est indigné de l’annulation des votes dans plusieurs départements du nord et du centre du pays.
Laurent Gbagbo, lui a revêtu son costume favori, celui du défenseur de la nation assiégée et des lois ivoiriennes. La télévision nationale l’a, d’ailleurs, montré en compagnie des chefs de l’armée, de la gendarmerie et de la police, venus le féliciter pour sa réélection. Vendredi soir, en revanche, personne à l’extérieur des frontières n’avait salué son maintien au pouvoir validé par la décision du Conseil constitutionnel.
Selon plusieurs sources diplomatiques, les appels à une sortie en beauté ne fonctionnent pas. Laurent Gbagbo pourrait pourtant se prévaloir du titre de chef d’Etat africain ayant le plus cédé à son opposition. Mais vendredi soir, il n’était manifestement pas prêt à céder le pouvoir à son plus farouche opposant, d’autant que la télévision nationale a annoncé la cérémonie de l'investiture pour ce samedi matin 4 décembre au palais présidentiel d’Abidjan.
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