vendredi 3 décembre 2010

Incroyable: Emmanuelli soutient Gbagbo malgré tout!

Alain Léauthier - Marianne | Vendredi 3 Décembre 2010 


Après la victoire, qui semble à la régulière, de Ouattara, Gbagbo a continue de recevoir le soutien d'Henri Emmanuelli qui évoque une campagne de dénigrement à sens unique ! Au moment où le coup de force de Gbagbo, dont la «victoire» a été validée par le Conseil constitutionnel, risque de provoquer un bain de sang, la position de certains socialistes est non seulement révoltante mais irresponsable.

Une élection, deux présidents et un pays totalement divisé : malgré les exhortations, pour ne pas dire les gesticulations, des Chancelleries occidentales comme de l’ONU, le scrutin présidentiel ivoirien a débouché sur une impasse, avec à la clef un sérieux risque de nouvelle guerre civile. Pour la plupart des journalistes et observateurs internationaux présents sur place, la victoire d’ Alassane Ouattara, déclaré vainqueur par le président de la Commission électorale indépendante (54,1% des voix contre 45,9% à Laurent Gbagbo) semble avoir été acquise à la régulière. Ban Ki-moon le secrétaire général de l’ONU s’est d’ailleurs définitivement rangé à cette idée vendredi soir. Peu avant pourtant, il s’est trouvé plusieurs membres du Parti socialiste français, Henri Emmanuelli en tête, pour venir à la rescousse du président sortant. Et ainsi implicitement avaliser la décision du Conseil constitutionnel ivoirien, dominé par ses proches, de proclamer Gbagbo élu avec plus de 51% des suffrages.

Ami personnel de ce dernier, le président du Conseil général des Landes a cru bon de fustiger « les donneurs de leçon » engagés dans « une campagne de suspicion et de dénigrement à sens unique dirigée contre les autorités ivoiriennes. » Si l’on mène à son terme la logique intellectuelle du « vrai homme de gauche » qu’ Emmanuelli a toujours prétendu être, Alassane Ouattara le serait donc l’illégitime gagnant choisi, pour ne pas dire « coopté », par une sorte de parti de l’ étranger, en clair l’Occident (Francafrique comprise bien sûr) et les élites mondialisées. Et tant pis si rien n’est venu sérieusement étayer les accusations de fraudes dans les provinces du Nord, plutôt favorables à Ouattara, martelées par le camp Gbagbo. S’il faut probablement s’interroger sur les raisons profondes qui poussent plusieurs caciques socialistes (Jean-Christophe Cambadélis, Jack Lang, Jean-Marie Le Guen entre autres) à soutenir envers et contre tout un homme que François Hollande avait déclaré en son temps « infréquentable », l’angle d’attaque d’Emmanuelli risque hélas de trouver un écho bien plus dramatique sur place.

S’il entend coûte que coûte garder le pouvoir, le boulanger d’Abidjan, comme on surnomme Gbagbo pour son habileté à rouler amis comme adversaires dans la farine, pourrait bien jouer la carte du « nationalisme » et dénoncer l’intrusion des « puissances étrangères » dans les affaires du pays. A demi-mot, ce discours est déjà sur les lèvres de certains responsables de son parti et des « escadrons de la mort » réactivés depuis quelques jours. Cette stratégie du pire qui désigne l’ Autre, le musulman, le demi-ivoirien aux « origines douteuses », a longtemps exclu Ouattara de la vie politique du pays. Du temps où il était encore dans l’opposition Gbagbo l’avait dénoncée. Puis, après avoir accédé à la présidence et s’y être maintenu sans mandat pendant les cinq dernières années, il l’a reprise à son compte. Chaque fois que son trône a vacillé, Gbagbo a brandi une raison supérieure pour faire taire toute opposition : la défense des « intérêts supérieurs du peuple ivoirien ». En 2004 il n’a pas hésité ainsi à lancer ses milices et militaires contre les soldats tricolores présents dans le cadre de l’opération de maintien de la paix et les milliers d’expatriés français lors de la crise de 2004, grandement aidé il est vrai par l’aveuglement de Jacques Chirac et Dominique de Villepin à l’époque.

Reste que ce souverainisme tonitruant n’est en réalité qu’une rhétorique creuse qui sert avant tout ses intérêts et ceux de son camp. Bien au delà du cercle des électeurs « naturels » de Ouattara, c’est probablement le noyau dur du message envoyé par des millions d’Ivoiriens dont le niveau de vie n’a cessé de baisser au cours des dernières années. Curieusement aussi, sous le règne de l’intransigeant nationaliste et « progressiste » Gbagbo, l’implantation des entreprises hexagonales, incarnations diaboliques du néo-colonialisme français, ne s’est pas effondrée. Loin de là. Ouattara sera-t-il plus enclin à diversifier les partenaires de la Côte d’Ivoire ? L’ancien dirigeant du FMI a promis le changement et la « renaissance » sans donner beaucoup de précisions sur son programme. Mais la seule question qui vaille pour l’heure est celle de la légitimité de son élection. Que des socialistes ne le jugent pas « forcément plus fréquentable » que Laurent Gbabgo, comme on l’a entendu récemment, laisse rêveur sur le niveau des débats qui agitent quelquefois la première force d’opposition française.

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