samedi 4 décembre 2010

Laurent Gbagbo dans l’impasse

Comme si personne n’avait entendu, la veille, la Commission électorale indépendante créditer Alassane Ouattara de 54,1 % des voix, Paul Yao N’Dré, président de la Cour constitutionnelle, révisant les comptes, annulant le vote ici et là, est parvenu aux 51 % qui lui ont permis, ce 3 décembre, de proclamer Laurent Gbagbo vainqueur de la présidentielle. On est gêné ! Très, très mal à l’aise.

Il est des circonstances qui imposent de ne pas craindre de déplaire, de ne pas chercher à complaire, de ne pas se taire, lorsque ce qui est en cause relève du devenir d’un peuple. Le devoir sacré, ici, impose de mettre de côté ses sympathies, ses amitiés, ses intérêts personnels, bref, toutes les avidités éhontées, pour parler librement de démocratie, de transparence, de crédibilité.

Oublions donc les soi-disant observateurs africains, surgis de nulle part, qui avaient table ouverte à la télévision ivoirienne, pour justifier, avant coup, les annulations ciblées du vote. L’Afrique n’en a pas fini avec les margoulins qui n’ont d’autre vocation que de prospérer sur les malheurs des peuples.

Ils font partie de la grosse ficelle qui discrédite cette victoire programmée. Et si Laurent Gbagbo doit en vouloir à quelqu’un d’être aujourd’hui dans l’impasse, c’est bien à ses propres camarades et lieutenants, dont la stratégie n’était ni crédible ni convaincante.

Pour la première fois en Afrique, les Nations unies contrecarrent les desseins d’un pouvoir en place, au nom de la vérité des urnes. Nul ne peut leur faire le reproche de manquer de preuves. Ils les ont ! Rayer ainsi, d’un simple trait de plume, les suffrages portés sur son challenger est d’autant plus désespérant que ces annulations de circonstance portaient sur près de 13 % des voix.

Les Etats-Unis l’ont fait, l’Union européenne aussi. Même la France, si prudente, a osé reconnaître la victoire de Ouattara, et beaucoup d’autres suivront, sans doute. La Cour pénale internationale ayant prévenu qu’elle est à l’affût, on ose espérer que chacun sait désormais jusqu’où ne pas aller trop loin.

A ceux qui s’offusquent de voir les puissances étrangères se mêler un peu trop des affaires ivoiriennes, on a envie de rappeler que l’Union africaine ne dit pas autre chose, même si c’est à mots couverts. Et ce que nombre d’Africains ont envie de conseiller à Laurent Gbagbo, c’est un Africain du Sénégal, Alioune Tine, de la Rencontre africaine des droits de l’homme, qui l’exprime le mieux, lorsqu’il invite Gbagbo à faire preuve « de réalisme, de grandeur et de noblesse, en acceptant sa défaite, en évitant d’instrumentaliser la Constitution ».

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