mardi 7 décembre 2010

Laurent Monsengwo peut-il incarner l’espoir?

 
Le Cardinal Laurent Monsengwo Pasinya. Photo www.idiofadiocese.com


Lors de la messe célébrée, dimanche 5 décembre, au Stade de Martyrs à Kinshasa, le tout nouveau cardinal Laurent Monsengwo Pasinya a prononcé une allocution digne de la «théologie de libération».
Analyse

«A César ce qui est à César, à Dieu ce qui est à Dieu», dit un célèbre adage. Que faire lorsque «César» accuse des défaillances dans l’accomplissement de sa mission? Que faire lorsque le pouvoir temporel paraît incapable de rencontrer les attentes les plus basiques de la population? La réponse paraît simple : le pouvoir spirituel doit donner de la voix. Il doit interpeller les gouvernants. L’Eglise joue ainsi son rôle de contre-pouvoir.

C’est en tous cas ce que le cardinal Laurent Monsengwo, archevêque de Kinshasa, a fait dimanche dans l’homélie qu’il a prononcée devant une foule estimée à 100.000 personnes. Il a mis l’accent sur la finalité de l’Etat en invitant les gouvernants congolais à exercer le pouvoir pour servir le «bien commun». Car, a-t-il ajouté, «un pouvoir qui s’occupe de ses propres intérêts, c’est un pouvoir sans objet". Dans ce Congo démocratique où tous les contre-pouvoirs sont devenus aphones, les déclarations du cardinal Monsengwo sont de nature à restaurer l’espoir perdu.

Depuis l’accession du Congo à l’indépendance, les responsables tant politiques qu’administratifs de ce pays peinent à intégrer dans leur "mental" certains principes sans lesquels toute vie collective est impossible. C’est le cas notamment de l’intérêt général. Le bien-être collectif. Osons schématiser. N’ayant pas été à l’école du service public, les gouvernants congolais se considèrent d’abord comme les serviteurs des intérêts des membres de leur famille biologique, de leur clan et de leur ethnie. Sans oublier le territoire ou la province. L’intérêt national ne vient qu’en dernier leur. Il suffit de voir les réceptions organisées par les natifs de telle ou telle autre contrée pour «fêter» l’entrée au gouvernement d’un des leurs. Faute de la «culte de rendre compte» et la «culture de la sanction», les dirigeants ayant lamentablement échoué continuent à s’imposer à la population. Une population dénuée de culture associative et de revendication des droits. La population regarde et laisse faire.

Jetant un regard critique sur l’instabilité qui règne depuis plus d’une décennie dans les deux provinces du Kivu et dans la Province Orientale, le Cardinal n’a pas pu s’empêcher d’inviter "les personnes concernées par cette guerre à déposer les armes et à faire la paix dans la justice et la réconciliation". De peur qu’il soit accusé de «faire de la politique», Laurent Monsengwo a préféré mettre ses propos sur le compte du Saint Père : "Le pape nous demande à nous tous d’employer toutes les voies du droit national et international pour mettre fin à la guerre au Congo, en général, et singulièrement à l’est". Et d’ajouter : "Point n’est besoin de tuer tant d’hommes et de femmes. Point n’est besoin de tant de violences innommables pour se faire de l’argent. C’est de l’argent criminel".

Sans le dire, l’archevêque de Kinshasa pointe ainsi un doigt accusateur en direction des responsables politiques et militaires qui tirent les ficelles derrière des groupes armés qui fleurissent dans cette partie du pays. La télévision publique britannique «BBC» a stigmatisé récemment le rôle trouble que jouent certains officiers des FARDC (Forces armées de la RD Congo) dans l’exploitation clandestine des minerais dans la province du Nord Kivu. Numéro deux des FARDC, le général Gabriel Amisi Kikumba, un proche parmi les proches de «Joseph Kabila», a été nommément cité comme étant le «protecteur» d’une société minière qui exploite la mine d’Omate.

En septembre dernier, «Joseph Kabila» avait interdit l’exploitation des minerais. Depuis lors, la production se poursuit sous le contrôle direct des hommes du général Amisi et des officiers étiquetés CNDP (Congrès national pour la défense du peuple), dont la loyauté à l’égard du Rwanda de Paul Kagame ne fait l’ombre d’un doute…

«Nous invitons toutes les personnes qui mènent la guerre à l’Est du pays à déposer les armes et à faire la paix dans la justice d’abord et ensuite dans la réconciliation » a martelé le Cardinal Monsengwo. Il n’est pas sûr qu’il sera entendu compte tenu des intérêts en jeu et surtout des complicités au plus haut niveau de l’Etat.

Depuis son retour à Kinshasa, le cardinal Laurent Monsengwo est accueilli comme un «sauveur». «Sur le parcours emprunté par le cortège, c’était la joie qui se lisait sur les visages des fidèles catholiques et des Eglises qui partagent l’œcuménisme avec l’Eglise catholique romaine. Ils étaient des milliers, ovationnant, brandissant pagnes, mouchoirs, calicots et rameaux pour dire merci à Dieu qui a doté Kinshasa d’un nouveau cardinal, le troisième après Joseph Albert Malula et Frédéric Etsou Bamungwabi», rapporte une dépêche de l’Agence congolaise de presse.

A tort ou à raison, Monsengwo semble incarner un nouvel espoir pour un peuple qui cherche désespérément un leadership capable de lui montrer le chemin. Le nouveau cardinal fera-t-il, cette fois, preuve de constance et surtout de tenacité dans ce nouveau "combat"? L’avenir le dira.
Baudouin Amba Wetshi
© Congoindépendant 2003-2010

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