lundi 6 décembre 2010

LE MYTHE DE LA GRATUITE DE L ENSEIGNEMENT PRIMAIRE

04.12.10 Syfia Grands Lacs

 L’école gratuite coûte cher aux élèves et aux enseignants



KISANGANI – La gratuité des premières années du primaire a rempli les écoles congolaises. Mais, sans moyens matériels et avec des enseignants peu motivés et désorientés, cette réforme pose autant de problèmes qu’elle en résout.

“Dans cette école, les 11 classes gratuites comptent au total 912 élèves inscrits cette année scolaire 2010-2011, presque le double de l’année précédente”, constate le directeur de l’école primaire Kambakamba, une école conventionnée protestante de Kisangani à l’est de la RD Congo. La gratuité de l’enseignement dans trois des six niveaux de l’école primaire, décidée par le gouvernement à la rentrée scolaire explique cet afflux massif d’élèves. Pour le ministre en Province Orientale de l’Enseignement primaire et secondaire, Polydore Latigo : “C’est une décision salutaire qui a permis aux parents d’envoyer leurs enfants à l’école, libérés des soucis de payer les différents frais scolaires et autres primes.”

Mais, cette mesure pose aussi des problèmes. Dans les classes, les élèves sont à quatre sur un banc prévu pour deux. Ceux qui sont aux extrémités ne sont qu’à moitié assis, obligés d’écrire sur leurs genoux. Parfois, ils se mettent debout pour pouvoir enfin écrire sur le pupitre comme les deux autres… “Nous comptons cette année en moyenne 87 élèves par classe bénéficiant de la gratuité, contre 46 l’année écoulée”, se plaint le directeur.

Le revers de la médaille

“Trop d’élèves en classe exige aussi beaucoup de travail et d’efforts d’encadrement de l’enseignant, déplore une prof qui a 63 élèves à gérer. Parfois, cela me donne envie de tout abandonner, si je pouvais trouver autre chose à faire !” D’autant que ce travail supplémentaire n’a pas fait grimper leur salaire. Au contraire. “Si le grand nombre d’élèves était assorti d’une majoration de la motivation des enseignants, la pilule serait facile à avaler. Malheureusement, la gratuité a entraîné aussi la suppression de la prise en charge des enseignants par les parents d’élèves”, remarque un professeur syndicaliste, d’une école non conventionnée.

Les parents n’ont, en effet, plus à payer la prime des enseignants qui complétait leur maigre salaire depuis de longues années. A l’école Kambakamba comme dans beaucoup d’autres, “pour compenser cette ‘perte’, nous avons majoré la prime mensuelle des élèves des 4è, 5è et 6ème années”, se justifie le directeur de cette école. Cette prime est passée de 1 500 l’année écoulée, à 2 500 Fc (1,6 à 2,7 $) cette année. La prime a pratiquement doublé dans certaines écoles de Kisangani comme dans l’école primaire de Kabondo. “L’enveloppe de la prime que paient les parents de ces élèves des classes terminales est équitablement répartie entre tous les enseignants de l’école”, précise son directeur qui équilibre ainsi le manque à gagner des enseignants des premières années.

Toutefois, la question du salaire des enseignants reste entière, si on ne veut pas pénaliser les élèves des dernières années du primaire. “Au début du mois d’octobre, les enseignants du primaire de la ville de Kisangani ont fait grève, explique l’enseignant syndicaliste. Ils réclamaient de l’Etat, leur employeur, deux choses : la majoration de leurs salaires et la libération des frais de fonctionnement des écoles”. Les cours ont repris dans toutes les écoles, mais rien n’a été réglé. Les élèves sont beaucoup plus nombreux, les enseignants toujours aussi pauvres…


© Syfia Grands Lacs, 02.12.10

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