mercredi 1 décembre 2010

Malheur à toi…



« Malheur à toi qui tues les innocents et les prophètes. Leur sang crie jusqu’à moi ». C’est le cri d’alarme de Mgr Melchisédech Sikuli, évêque de Butembo-Beni. En pasteur engagé, il a signé de ses propres mains, le 23 novembre 2010, à Butembo, une lettre ouverte adressée « à tous ceux qui ont des responsabilités dans l’appareil de l’Etat ». Surtout à l’Est du pays, en particulier, dans le Grand-Nord du Nord-Kivu. Pourquoi ce prélat est-il monté au créneau ?

Suivez-moi : le ras-le-bol. L’évêque doit en avoir plein dans ses tripes. Les enlèvements et disparitions de personnes, les assassinats, les pillages sur les routes (Beni-Kisindi, Butembo-Karuruma-Kasindi, Butembo-Goma, Butembo-Manguredjipa)… autant de forfaits qui affectent toutes les couches de la société. Vraiment, un calvaire insupportable à vivre ! Même Lucifer lui-même serait mécontent de ce qui se passe ici.

Tenez. Depuis juin 2010, dans la seule ville de Butembo et ses environs, 19 personnes ont été tuées par des hommes à main armée. « Certains en tenue militaire, d’autres en tenue portant la mention P.N.C, d’autres encore en tenue civile », écrit l’évêque. Ce dernier ne parle pas en vain. Il n’en a jamais l’habitude. Mgr Sikuli a cité nommément des victimes : jeunes, élite intellectuelle, journalistes, commerçants, pères et mères de famille, paisibles paysans… tous ont été assaisonnés à la même sauce. Seulement, il existe, même dans l’espèce animale, des bêtes qui ne sont pas comestibles. Voici pourquoi.

Sur un chapelet déjà très long des victimes, vient s’ajouter l’Abbé Christian Mbusa Bakulene. Ce prêtre catholique était curé de la paroisse de Kanyabayonga. Ne vous perdez pas, nous sommes au Nord-Kivu. Le 8 novembre 2010, l’infortuné curé a été crapuleusement et sauvagement assassiné alors qu’il revenait des services pastoraux. Oh ignominie ! Oh sacrilège ! Qui a osé ôter la vie à cet Oint de Dieu ?

Indigné et consterné, son évêque a piqué une sainte colère. Résolu de s’adresser à qui veut entendre la voix de la sagesse, il tire sur tout ce qui bouge : le pouvoir central, les élus des territoires de Beni et de Lubero, la Monusco, les chefs coutumiers, l’armée et la Police nationale, les agents pastoraux, les fidèles et hommes de bonne volonté... « Il y a trop de morts et la souffrance provoquée par cette situation a dépassé toutes les limites du supportable », a martelé le prélat. Avec un message fort à la fin : « Nous voulons des dirigeants respectueux du peuple et soucieux de paix ». Que celui qui a des oreilles pour entendre…

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire