Par Le Potentiel
« Les politiciens ont plusieurs fois reporté la date de la révision du fichier électoral et maintenant ils changent la Constitution sans notre avis. Ils font tout pour allonger les choses. Personnellement, je ne crois plus à l’organisation de ces élections », regrette Madeleine Nabintu, une jeune femme de Bukavu dans le Sud-Kivu. La grande majorité des gens de la région attendent ces élections avec impatience. Ils sont convaincus que seule la voie des urnes pourra changer la situation et faire comprendre que ce sont les élections et non les armes qui permettent d’arriver aux commandes de l’Etat. Ils pensent aussi que le pouvoir veut prolonger son mandat pour rattraper un peu le temps perdu. Seuls quelques travaux de réhabilitation des routes ont ainsi été lancés ici et là dans le pays depuis décembre dernier.
Ils sont donc impatients de voir débuter la révision du fichier électoral qui devait démarrer dans toutes les provinces le 30 novembre dernier, selon le chronogramme de la Commission électorale indépendante publié en août 2010. Pour des raisons « d’ordre financier et logistique », évoquées quelques semaines plus tard par la CEI, la révision devrait se dérouler province par province. Au Sud-Kivu, elle a été annoncée pour fin décembre, puis reportée pour cette année.
DE L’IMPATIENCE A LA PANIQUE
La récente adoption par les deux chambres du parlement de la révision de la Constitution n’a fait qu’accroître les craintes des électeurs. Son article 71 stipule que l’élection présidentielle est désormais à un seul tour. A deux tours, elles coûteraient énormément cher. Cette révision constitutionnelle place les magistrats sous le contrôle du ministère de la Justice, et permet désormais au chef de l’Etat de révoquer les gouverneurs de province élus par les Assemblées provinciales. Cependant, le découpage provincial en 26 provinces est abandonné étant donné qu’on ne garde que les 11 provinces actuelles.
Pour les partis d’opposition comme pour de nombreux habitants de cette province, cette révision est « une trahison » : « Nos élus viennent de changer des lois essentielles sans nous consulter. Ce n’est pas à dix mois des élections qu’on devrait faire cette révision », résume le porte-parole d’un groupe de jeunes de la commune de Kadutu à Bukavu. « C’est la panique parce que nous vivons des moments d’incertitude. Si on doit chaque fois reporter les dates et créer de nouvelles histoires, comme c’est le cas à l’Assemblée nationale, nous allons d’inquiétude en inquiétude », a affirmé Descartes Mponge, vice président de la société civile du Sud Kivu un reporter de Syfia Grands Lacs.
Les plus impatients sont les jeunes qui ne s’étaient pas enrôlés en 2005 parce qu’ils étaient encore mineurs et aussi les électeurs peu convaincus par la prestation de leurs élus à qui ils veulent le faire payer. « En 2006, j’ai voté un député qui nous a promis monts et merveilles dans notre village. Depuis, il n’est venu qu’une seule fois et n’intervient même pas au profit de notre coin victime d’insécurité », s’indigne Kitoga, originaire du territoire de Mwenga et qui s’est « réfugié » à Bukavu. « Nous sommes tous impatients de sanctionner des gens comme ceux-là », a-t-il conclu !
LA CEI TENTE DE RASSURER
Albert Rubuye, chargé de la formation électorale au Sud Kivu, réagit à cette remarque en faisant allusion à l’adoption de la révision constitutionnelle : « La CEI ne légifère pas et n’a pas de banque. En tant qu’institution d’appui à la démocratie, elle se conforme à ce que décident les autres instances de la République ». Le 11 janvier 2011, le bureau provincial de la CEI a cependant clôturé une session de formation des formateurs électoraux, qui devait avoir lieu depuis belle lurette. C’est la première étape de la révision du fichier électoral.
Selon lui, ces 14 formateurs vont se rendre à l’intérieur de la province du Sud-Kivu pour former les agents des bureaux de liaison et la révision du fichier électoral pourrait commencer dans la deuxième quinzaine de février.
Un autre problème est le nombre de centres d’inscription qui a été réduit. Faute de moyens, la CEI ne pourra pas en implanter le même nombre qu’en 2006. Dans certains territoires, les gens seront contraints de marcher toute une journée pour atteindre un centre de vote. La société civile avait proposé l’idée des « centres mobiles » pour pallier ce problème. « Nous avons de nombreuses inquiétudes qui ont été soumises à l’exécutif provincial », conclut D. Mponge. La population du Sud-Kivu, qui reste perplexe et préoccupé estime que toutes ces observations seront prises en compte pour ne pas donner raison à ceux qui disent qu’il n’y aura pas d’élections.
(SYFIA GRANDS LACS/RDCONGO)/LP
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