mercredi 9 février 2011

Le Soudan balkanisé. A qui le prochain tour ? La RD Congo ?



Depuis le 9 janvier 2011, le plus grand pays de l’Afrique a tourné une grande page de son histoire : on l’a aidé, on l’a forcé de mourir. Le Soudan dans ses limites de la colonisation n’existe plus. Par la volonté des Anglo-saxons au motif humanitaire qu’il fallait arrêter l’indéfinie torture des peuples du Sud Soudan. En effet, le régime de Khartoum est accusé d’asservir les peuples du sud, de piller leur sol et leur sous-sol.

Caricaturalement, le Soudan se présente comme suit : les richesses, en agriculture et en pétrole restent au sud. Mais la majorité de la population vit au nord.

En clair, la partition du Soudan ne résoud pas le problème dès lors que la question du partage des richesses demeure entière. Les Etats-Unis et la Grande-Bretagne ont-ils opté pour une catastrophe régionale ? Rien n’est moins sûr.

La presse occidentale et tous les spécialistes de l’Afrique s’étaient attaqués au régime de Khartoum qui niait l’identité et en même temps le droit à l’existence des peuples méridionaux qui ont pour péché d’être non-arabes et/ou non musulmans. Par le comportement de Khartoum, ils mirent en place toute la mécanique de la partition du Soudan. Elle va se réaliser en cette année 2011.

Personne ne pensa aux conséquences même alors que la question divise les Africains selon les intérêts (l’Ethiopie qui craint l’impact avec la région de l’Ogaden, le Kenya accusé de favoriser la création d’une région autonome à la frontière, l’Ouganda qui tire toutes sortes de profit sur les islamistes extrémistes, etc.)

La France qui en 1998 avait choisi de soutenir l’unité du plus grand pays d’Afrique vient de capituler devant la puissance Anglo-saxonne. Mort à la France, mort à l’intangibilité des territoires (frontières) hérités de la colonisation. Mort à l’Afrique des indépendances. Rappelons tout de même que les Etats-Unis n’ont jamais eu de colonies en Afrique et pourraient en ce 21e siècle en avoir besoin. En dépeçant les « grands » pays ingouvernables, les émiettant dans leurs parties les plus utiles en richesse du sous-sol notamment.

Le Sud Soudan regorge quantité inépuisable du pétrole et intéresse au plus haut point les Oil men. Cependant, il faut craindre la contagion notamment pour la RDCongo. Pour deux raisons : par sa taille de sous continent qui la rend ingouvernable et par les potentialités naturelles qu’elle regorge qui font la convoitise de tous les charognards.

LE NORD-EST DU CONGO EN DANGER ?


La RD Congo, un Etat fragile et fragilisé par de nombreuses violences armées et une instrumentalisation en fonction des intérêts des grandes puissances.

Le Rwanda poursuit inlassablement par les populations banyarwanda son effort de mise sous telle du Kivu. L’Ouganda se concentre sur la région frontalière septentrionale avec la première tentative de la création de la province autonome de l’Ituri en 2000.

La partition du Soudan pourrait avoir des effets de contagion avec le Nord-est du Congo. Il suffit d’actionner les marionnettes congolaises, car les bras armés existent. Les possibles partitions à venir de la RD Congo reposent aussi sur le faux clivage est-ouest qu’on brandit à chaque tournant de l’histoire de notre pays, notamment durant les élections de 2006.

Le nombre impressionnant des sociétés militaires privées (SMP) autour des puits des minerais fait peur. Personne surtout pas le gouvernement congolais ne contrôle toutes ces milices privées. Tout se passe sur le mode du libéralisme mafieux qui impose partout sa méthode de dislocation de notre pays. Le Congo, ingouvernable, est en proie à une déstabilisation permanente des milices et mouvements armés qui naissent et disparaissent et ré-naissent changeant des appellations.

Une analyse pessimiste voudrait voir, mieux tirer la sonnette d’alarme du dépeçage du Congo. Les régions riches en matières premières de l’Est sont en danger permanent à cause des convoitises des grandes puissantes. Dans le pire de cas, le Nord-est pourrait être décapité de la manière suivante :

1. Les Uélé (Bas et Haut mais surtout Haut Uélé) à la frontière naturelle avec le Sud-Soudan. Culturellement les peuples a cheval sur les deux frontières sont des frères. L’histoire rappelle qu’il existe des territoires cédés de part et d’autre et d’autres pris en compensation. Le Haut Uélé, avec le parc de la Garamba, dispose de routes qui reliaient Paulis (Isiro) – Dungu – Faradje – Abayei jusqu’à Juba avec un commerce florissant.

2. L’Ituri et le Grand nord (Beni – Lubero) Nord-Kivu, obéissent économiquement à l’Ouganda. Les opérateurs économiques et certains leaders ethnico-religieux et politiques de cette région sont très soumis au pouvoir de Kampala. Les milices armées sont recrutées à travers les populations riveraines. C’est aussi la région la plus insécurisée du Congo.

3. Le Kivu (Goma et le Sud-Kivu) pourrait être forcé à vivre sous la tutelle du Rwanda. A l’heure actuelle, il manque un vrai leadership dans les deux Kivu.

A part les Uélé (malgré la présence des Mbororo et des rebelles de la LRA), les deux autres régions vivent intensément les signes d’éclatement et les tensions inter ethniques. C’est aussi dans cette partie du pays où l’autorité de Kinshasa est la plus contestée voire vilipendée. C’est ici où circulent des noms de républiques fantômes depuis de décennies.

Le cas du Soudan, à n’en point douter, constituera une jurisprudence pour des régions fragiles et longtemps convoitées par les multinationales anglo-saxonnes.

Demain, l’Afrique dira adieu à l’intangibilité des frontières héritées de la colonisation. La RDCongo semble bien placée pour être la nouvelle cible. Il n’y a pas à parier mais le danger est réel et devant notre porte.

NICAISE KIBEL’BEL OKA

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