Par Le Potentiel
Des zones d’ombre continuent à entourer l’immobilisation au sol depuis le 3 février 2011 à Goma d’un avion immatriculé aux Etats-Unis. Des sources proches du dossier confirment que ce n’est pas la première fois que cet avion atterrissait au chef-lieu du Nord-Kivu. Qu’est-ce qui s’est donc passé pour que cette fois-ci le trafic des minerais, objet de la présence de cet aéronef, éclate au grand jour ? Le mystère est donc entier. Même si, contacté hier mardi en fin de journée, Lambert Mende, porte-parole du gouvernement, soutient que la justice fera éclater toute la lumière sur ce dossier.Un grand mystère plane sur ce qu’il faut désormais appeler « Affaire de l’avion saisi à Goma ». Personne, en tout cas, ne sait exactement ce qui s’est passé ce jour-là pour que l’avion, immatriculé aux Etats-Unis et qui n’était pas à son premier voyage dans cette ville, fasse l’objet d’une immobilisation au sol sur instruction des autorités de la province.
Des sources proches du dossier renseignent que, malgré l’interdiction sur instruction présidentielle de toute exploitation artisanale des minerais à l’Est, le commerce illicite des minerais a continué à battre son plein dans cette partie du territoire national. En suspendant en septembre 2010 l'extraction et le commerce des minerais dans le Nord-Kivu et deux autres provinces limitrophes, le président Joseph Kabila visait à démanteler « les réseaux maffieux » qui utilisent ces ressources naturelles à des fins criminelles.
La preuve que la mesure n’a pas été suivie d’effet sur terrain vient d’être donnée avec la saisie, depuis la semaine dernière à Goma (chef-lieu du Nord-Kivu) de cet avion avec à son bord des millions de dollars américains et plus d’une centaine de kilos d’or. A son bord également, des passagers pas ordinaires du tout, au nombre desquels un Américain, un Français, deux Nigérians et quatre membres d'équipage, tous étrangers. Ils ont été placés en détention dans la même ville. Aux dernières nouvelles, l’AFP rapporte que « Les membres de l'équipage de l'avion -trois Américains et un Nigérian- ont été rapidement laissés libres ».
Le drame est que le biréacteur, indiquent les mêmes sources, n’était pas à son premier voyage dans le chef-lieu du Nord-Kivu. Son affréteur et son équipage sont des habitués du coin qui s’adonnaient à la contrebande des minerais de la région. Mal leur en a pris cette fois. Le gouverneur Paluku a indiqué que « 435,6 kg d'or ont été interceptés par les enquêteurs ».
L’on se trouve devant un cas d’affaire de gros sous qui implique des complicités à plusieurs niveaux. Comment la machine a-t-elle pu gripper ? Deux hypothèses sont possibles. Soit, l’affaire a mal tourné et l’un des membres du réseau a vendu la mèche aux services de sécurité. Soit, le non respect des règles de la transaction. Il semble que l’argent – plus de six millions USD, ne correspondait pas à la contrepartie de l’or livré. Mais encore, la monnaie de la transaction aurait été constituée de faux billets de dollars américains.
VERSION OFFICIELLE
Dans un communiqué publié lundi dernier par le gouvernorat du Nord-Kivu, le chef de l’exécutif provincial, Julien Paluku cité par BBC Afrique, a affirmé « avoir stoppé net un trafic international de minerais ». Selon l’AFP, le gouverneur du Nord-Kivu a fait remarquer que « cela pourrait s’agir de l’un des réseaux qui alimentent la guerre à l'Est ».
Julien Paluku a dévoilé que l'avion était arrivé le jeudi 3 février 2011 en provenance du Nigeria. Toutes les personnes à bord ont été arrêtées lorsque les services de sécurité ont découvert qu'elles transportaient une somme d'argent que les autorités ont évalué à plusieurs millions USD. Selon elles, cet argent était destiné à acheter frauduleusement de l'or extrait dans la région.
Les ambassades des trois pays concernés n'étaient pas en mesure de confirmer l'arrestation de leurs ressortissants lundi après-midi. Même si un des Américains arrêtés est donné pour être un repris de justice et sous surveillance d’Interpol.
Contacté par notre rédaction hier mardi en fin de journée, Lambert Mende Omalanga, ministre de la Communication et des Médias, s’est montré prudent dans ses déclarations. Il s’est contenté de rassurer que les coupables devront répondre de leurs actes devant la justice, sur place à Goma et non à Kinshasa. A l’en croire, le but de cette audience foraine est que « ça serve d’exemple » à ceux qui ont décidé de défier l’autorité de l’Etat. Aussi, sans faire entorse au devoir de la justice, il a fait remarquer que « la procédure judiciaire a démarré » pour que, finalement, la vérité éclate au grand jour.
Toutefois, le ministre n’a pas précisé la qualité des personnes inculpées.
RECONSIDERER LA PRESENCE DE NTAGANDA
Dans cette affaire, à en croire des sources provinciales relayées par la presse internationale, outre les étrangers retrouvés dans l’avion au moment des faits, des autorités militaires et, sans doute politiques, congolaises sont aussi impliquées dans le dossier. Voilà un cas qui met l’opération tolérance zéro à rude épreuve. Soit les coupables sont identifiés, jugés er condamnés, soit la justice résonnera creux désormais.
Le plus en vue d’entre tous est l’ex-chef rebelle, aujourd’hui incorporé dans les Forces armées de la RDC avec rang de général. Il s’agit de Bosco Ntaganda. Il est soupçonné d’être le principal facilitateur de cette transaction maffieuse. Or, l’homme se trouve, depuis des mois, sous le coup d’un mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale (CPI) pour son implication dans les événements survenus en Ituri et pour lequel Thomas Lubanga, son compagnon de lutte, est incarcéré présentement à La Haye.
Utilisé comme monnaie d’échange dans l’accord de paix signé entre le gouvernement central et les ex-rebelles du CNDP en mars 2009, le général Ntaganda est considéré par Kinshasa comme le fusible pour une paix – bien qu’encore virtuelle – dans le Nord et le Sud-Kivu. L’affaire du trafic illicite de minerais, pour laquelle l’implication est nettement avérée, devrait peut-être amener Kinshasa à reconsidérer sa position vis-à-vis de l’ex-chef rebelle.
Pour l’heure, et en attendant que la justice s’arme de courage pour crever l’abcès en identifiant notamment les complices internes, le flou demeure. D’autant que, commente l’AFP, « certains officiers proches du général Ntaganda, issus comme lui de l'ex-rébellion du Congrès national pour la défense du peuple (CNDP), sont régulièrement accusés de contrôler des mines et d'en tirer profit, dans l'Est de la RDC ».
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