vendredi 11 février 2011

Soulèvements populaires : L’Algérie aussi ?



Depuis déjà plusieurs semaines, la marmite sociale ne cesse de bouillonner en Afrique du Nord. En effet, quelques semaines après la pitoyable fuite de Ben Ali et au moment où les images de la place Al-Tahrir en Egypte passent en boucle sur les chaînes de télévision internationales, l’Algérie s’apprête à vivre à son tour de difficiles moments avec une marche dite pacifique, prévue pour demain samedi 12 février.
Et ce, bien que les marches et autres manifestations du genre soient interdites dans ce pays. Un samedi de tous les dangers donc, qui fait suite à une série d’émeutes, toutes choses qui pourraient installer durablement le pays du président Boumediene dans une sorte de chienlit. Pour bien d’observateurs politiques d’ailleurs, l’Algérie vit, depuis, un profond malaise sociopolitique dont les conséquences restent difficilement prévisibles.
C’est un pays au creux de la vague qui, en dépit de ses prodigieuses richesses minières, laisse sur le bas- côté de la route une très forte proportion de bras valides qui végètent dans un chômage endémique, le sous-emploi, voire la misère noire. C’est ce pays - qui pourrait être une poudrière si on n’y prend garde - qui est l’objet de bien de préoccupations ces derniers temps, par une sorte d’effet d’entraînement dû aux mouvements sociaux et à la révolte inédite en Tunisie et en Egypte.
Certes, le point de départ de cette contestation sociale en Algérie comporte quelques similitudes avec celles vécues ces derniers temps par les pays sus-cités, mais, hormis l’augmentation des prix des denrées de première nécessité, l’annonce en Algérie de la hausse de 50% des salaires des policiers a été très mal vécue, la police étant considérée comme une force purement répressive, du fait notamment des années noires, marquées par la disparition de 15 000 personnes.
Autre point de revendication, et non des moindres, c’est la levée de l’Etat d’urgence, en vigueur depuis 1992, soit 19 ans donc. Si en Tunisie le président Ben Ali a préféré prendre la clé des champs sans demander son reste, et que Moubarak en Egypte s’accroche désespérément à un pouvoir presque perdu, pour, dit-il, ne pas laisser s’installer l’anarchie, on se demande bien quelle sera la réaction du président Abdel Aziz Bouteflika et de l’Occident face à cette rue qui gronde du côté d’Alger.
C’est de notoriété publique que l’ancien charismatique ministre des Affaires étrangères du président Houari Boumediene, devenu magistrat suprême d’Algérie, tente de calmer cette tempête sociale en chargeant le gouvernement de s’atteler sans délai à l’élaboration de textes appropriés pour combler les attentes des manifestants. Mais a-t-il vraiment les coudées franches dans un régime où ce sont les généraux qui dictent leur loi dans l’ombre ?
Bien d’analystes politiques bien au fait de ce qui se passe en Algérie estiment que le président Bouteflika n’est qu’un paravent d’un régime dominé par l’armée, les services de renseignements et les puissances économiques. Et tous savent que sans cette unité sacrée, dont ils font jusqu’à présent montre, point de salut face à l’hydre islamiste qui n’en finit pas d’étendre ses tentacules dans cette partie du monde.
N’oublions surtout pas que le groupe salafiste pour la prédication et le combat est devenu, depuis janvier 2007, Al Qaïda au Maghreb islamique, et a fait officiellement allégeance à la nébuleuse de Ben Laden. C’est un pouvoir de généraux à l’épreuve de la rue, qui hésite encore entre la répression et la négociation avec les opposants, avec des islamistes qui tentent d’exploiter au maximum cette idoine occasion. Mais pour l’Occident, le choix ne souffre pas d’ambiguïté : il faut soutenir le pouvoir en place à Alger, le risque que les Barbus s’emparent des manettes de l’Etat étant très grand.
Boureima Diallo — L’Observateur Paalga

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