Par PIERRE MARCELLE
Eh bien, vous, je ne sais pas, mais moi, malgré la Grèce, malgré la Syrie, malgré la crise et malgré la guerre, je ne finis pas de ne pas m’en lasser, de l’affaire Strauss-Kahn. Sans doute, j’ai bien ressenti comme tout le monde un petit coup de mou, l’autre semaine, après la brève audience «technique» du 6 courant, mais ce ne fut qu’une fausse alerte : à peine la séance levée, l’entrée en lice de Kenneth Thompson relançait la machine, non d’un fait seulement divers et qui ferait diversion, pour citer à nouveau notre cher Pierre Bourdieu, mais d’un fait éminemment signifiant, dans nombre de domaines de la chose publique.
Donc, sur le trottoir du tribunal, Kenneth Thompson, à la bouille très ronde et à la peau très noire, avocat déclaré de la plaignante Nafissatou Diallo, alias «Ophelia», annonça urbi et orbi pour sa cliente une défense de combat. De ce jour commença à se diffuser par chez nous une sale petite musique teintée de communautarisme ethnico-religieux et de soupçons de «french bashing», qui, mezza voce d’abord, puis de plus en plus forte, n’eut d’autre but que de disqualifier, voire diaboliser, les adversaires de Strauss-Kahn. Et sur quel mode, s’il vous plaît, et sous quel prétexte ? Sur un mode «moral» et au prétexte que la motivation profonde, sinon la seule, de Thompson et Diallo serait de prendre, en guise de dommages et intérêts devant un tribunal civil, du pognon, beaucoup de pognon et encore plus de pognon.
Cette sale petite musique, Jean-Christophe Cambadélis l’avait un petit peu adaptée en jetant un soupçon confus sur la manifestation des femmes de ménage venues accabler de sa honte le boss déchu du FMI (1). Depuis, l’antienne va son chemin délétère. Ainsi, mardi, au hasard d’un zapping, une présentatrice de chaîne info évoquait-elle«l’appel à la délation» du «tonitruant» Kenneth Thompson. Elle faisait référence à l’appel à témoins adressé par l’avocat à d’éventuelles victimes des appétits sexuels de Strauss-Kahn. Et de donner in fine la clé de son entreprise en ajoutant que «son véritable objectif est que [sa] cliente obtienne des centaines de milliers de dollars». Entendre en creux une sourde réprobation. Un chèque pour laver son honneur bafoué ? Tsss Tsss… Pas joli joli, ça…
C’est vrai, l’argent, par ces temps spéculatifs et peu redistributeurs, est un objet volontiers perçu comme sale, et ceux qui y aspirent sans légitimité patrimoniale comme des salauds. Dans une société libérale, dans un pays qui a élu son chef suprême sur la vertu d’un «travailler plus pour gagner plus», on n’avait pas dû bien comprendre que travailler plus pour toucher un misérable RSA, c’était pour les pauvres, et gagner plus tandis que leur seul argent travaille, c’était pour les très riches. Cette sale petite musique, même les défenseurs du socialiste Strauss-Kahn ont pourtant dû la percevoir, qui crurent bon mardi déclarer leur souci de ne pas «salir» la plaignante. Bien aimables…
De Dominique Strauss-Kahn, l’autre philosophe de service médiatique, Alain Finkielkraut, en ce moment un petit peu éclipsé par son collègue Luc Ferry (2), écrivait le même jour dans une tribune au Monde :«On le noie dans l’abstraction. "Qui il est" est remplacé par ce qu’il est ou ce qu’il est censé être : le dominant dans ses œuvres, le vieux-mâle-blanc-libidineux, le membre des clubs des puissants que rien n’arrête et qui se croient tout permis.» On, ici, c’est, selon Finkielkraut, encore et toujours ce bon vieux «totalitarisme médiatique», dont il ne nous avait pas semblé qu’il fut si cruel à DSK.
Dominique Strauss-Kahn en archétype du «vieux-mâle-blanc-puissant», voilàune image qui effare l’auteur, et certainement à bon droit, puisqu’une autre affaire tombe à point pour la démentir, au moins en partie. C’est que le parquet de Paris a rouvert (ou ouvert ?) une enquête relative à une agression sexuelle qui serait advenue le 26 juillet 2010 dans une chambre du Park Hyatt Paris-Vendôme, un palace de la rue de la Paix. La victime présumée en serait une femme de chambre de nationalité guinéenne et de 28 ans d’âge, et l’auteur présumé un membre de l’entourage du prince du Qatar, certainement «mâle» et«puissant», mais dont «on» ne saurait pour autant préjuger qu’il est«vieux» et «blanc». Ça va comme ça, Finkie ?
(1) Voir «No Smoking» du 10 juin. Depuis, «Camba» nous a sans nous convaincre fait savoir, par mail, que «suggérer que la manifestation n’était pas spontanée», c’était de sa part «souligner que les salariés (sic) des grands hôtels mènent un combat dont DSK est le prétexte mais pas l’objet».
(2) L’homme qui sollicita de Fillon la nomination, en son Conseil d’analyse de la société, de la directrice des relations extérieures du loup «Médiator» Servier («Libération» de mercredi). A ce stade, rien à ajouter au propos de l’épatant François Morel, l’autre semaine dans son billet du vendredi sur Inter, intitulé ce jour-là : «Ferme ta gueule, Luc Ferry, ferme ta gueule.»
Eh bien, vous, je ne sais pas, mais moi, malgré la Grèce, malgré la Syrie, malgré la crise et malgré la guerre, je ne finis pas de ne pas m’en lasser, de l’affaire Strauss-Kahn. Sans doute, j’ai bien ressenti comme tout le monde un petit coup de mou, l’autre semaine, après la brève audience «technique» du 6 courant, mais ce ne fut qu’une fausse alerte : à peine la séance levée, l’entrée en lice de Kenneth Thompson relançait la machine, non d’un fait seulement divers et qui ferait diversion, pour citer à nouveau notre cher Pierre Bourdieu, mais d’un fait éminemment signifiant, dans nombre de domaines de la chose publique.
Donc, sur le trottoir du tribunal, Kenneth Thompson, à la bouille très ronde et à la peau très noire, avocat déclaré de la plaignante Nafissatou Diallo, alias «Ophelia», annonça urbi et orbi pour sa cliente une défense de combat. De ce jour commença à se diffuser par chez nous une sale petite musique teintée de communautarisme ethnico-religieux et de soupçons de «french bashing», qui, mezza voce d’abord, puis de plus en plus forte, n’eut d’autre but que de disqualifier, voire diaboliser, les adversaires de Strauss-Kahn. Et sur quel mode, s’il vous plaît, et sous quel prétexte ? Sur un mode «moral» et au prétexte que la motivation profonde, sinon la seule, de Thompson et Diallo serait de prendre, en guise de dommages et intérêts devant un tribunal civil, du pognon, beaucoup de pognon et encore plus de pognon.
Cette sale petite musique, Jean-Christophe Cambadélis l’avait un petit peu adaptée en jetant un soupçon confus sur la manifestation des femmes de ménage venues accabler de sa honte le boss déchu du FMI (1). Depuis, l’antienne va son chemin délétère. Ainsi, mardi, au hasard d’un zapping, une présentatrice de chaîne info évoquait-elle«l’appel à la délation» du «tonitruant» Kenneth Thompson. Elle faisait référence à l’appel à témoins adressé par l’avocat à d’éventuelles victimes des appétits sexuels de Strauss-Kahn. Et de donner in fine la clé de son entreprise en ajoutant que «son véritable objectif est que [sa] cliente obtienne des centaines de milliers de dollars». Entendre en creux une sourde réprobation. Un chèque pour laver son honneur bafoué ? Tsss Tsss… Pas joli joli, ça…
C’est vrai, l’argent, par ces temps spéculatifs et peu redistributeurs, est un objet volontiers perçu comme sale, et ceux qui y aspirent sans légitimité patrimoniale comme des salauds. Dans une société libérale, dans un pays qui a élu son chef suprême sur la vertu d’un «travailler plus pour gagner plus», on n’avait pas dû bien comprendre que travailler plus pour toucher un misérable RSA, c’était pour les pauvres, et gagner plus tandis que leur seul argent travaille, c’était pour les très riches. Cette sale petite musique, même les défenseurs du socialiste Strauss-Kahn ont pourtant dû la percevoir, qui crurent bon mardi déclarer leur souci de ne pas «salir» la plaignante. Bien aimables…
De Dominique Strauss-Kahn, l’autre philosophe de service médiatique, Alain Finkielkraut, en ce moment un petit peu éclipsé par son collègue Luc Ferry (2), écrivait le même jour dans une tribune au Monde :«On le noie dans l’abstraction. "Qui il est" est remplacé par ce qu’il est ou ce qu’il est censé être : le dominant dans ses œuvres, le vieux-mâle-blanc-libidineux, le membre des clubs des puissants que rien n’arrête et qui se croient tout permis.» On, ici, c’est, selon Finkielkraut, encore et toujours ce bon vieux «totalitarisme médiatique», dont il ne nous avait pas semblé qu’il fut si cruel à DSK.
Dominique Strauss-Kahn en archétype du «vieux-mâle-blanc-puissant», voilàune image qui effare l’auteur, et certainement à bon droit, puisqu’une autre affaire tombe à point pour la démentir, au moins en partie. C’est que le parquet de Paris a rouvert (ou ouvert ?) une enquête relative à une agression sexuelle qui serait advenue le 26 juillet 2010 dans une chambre du Park Hyatt Paris-Vendôme, un palace de la rue de la Paix. La victime présumée en serait une femme de chambre de nationalité guinéenne et de 28 ans d’âge, et l’auteur présumé un membre de l’entourage du prince du Qatar, certainement «mâle» et«puissant», mais dont «on» ne saurait pour autant préjuger qu’il est«vieux» et «blanc». Ça va comme ça, Finkie ?
(1) Voir «No Smoking» du 10 juin. Depuis, «Camba» nous a sans nous convaincre fait savoir, par mail, que «suggérer que la manifestation n’était pas spontanée», c’était de sa part «souligner que les salariés (sic) des grands hôtels mènent un combat dont DSK est le prétexte mais pas l’objet».
(2) L’homme qui sollicita de Fillon la nomination, en son Conseil d’analyse de la société, de la directrice des relations extérieures du loup «Médiator» Servier («Libération» de mercredi). A ce stade, rien à ajouter au propos de l’épatant François Morel, l’autre semaine dans son billet du vendredi sur Inter, intitulé ce jour-là : «Ferme ta gueule, Luc Ferry, ferme ta gueule.»

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