samedi 25 juin 2011

Sénégal : A peuple vaillant…

Manifestations du 23 juin à Dakar (Ph : Politicosn)

Par Macoumba BEYE, La Rédaction AfriSCOOP à Dakar ©
Qu’y apprenons-nous ? D’abord, que seul le peuple, détenteur de toutes les légitimités, peut faire face à un régime autoritaire et fou. On y verra aussi que ce même peuple qui a donné le mandat à ses représentants de défendre leur intérêt, mais surtout des valeurs, est prêt, une fois à bout, de faire le sacrifice nécessaire pour restaurer le bien. Cette reprise de légitimité sans scrutin et dans la rue est un fait politique qui rappelle que l’élu ne doit jamais faire fi du juste et du bien général pour plaire à son leader de parti ou à ses propres intérêts à lui. On y apprendra également que face à Abdoulaye Wade, le biceps prime sur l’argument quelque soit sa force et sa pertinence. Il faudra surtout que nos dirigeants se laissent pénétrer par l’idée que le peuple sera toujours prêt à se révolter contre l’injustice. Il ne s’agit plus d’attendre un appel de chefs religieux ou de régulateurs sociaux en perte de crédibilité pour engager une bataille juste. Ce jeudi quelque chose dont on ne connait pas encore peut être entièrement le nom est né. Il ne mourra plus jamais et n’aura grandi que quand Abdoulaye Wade aura quitté le pouvoir et échoué dans sa volonté de se faire remplacer par son fils.
Ce projet de loi, c’est le cas de le dire, était injuste, antidémocratique et insultait singulièrement l’antique principe de la majorité d’un suffrage universel pour garantir la légitimité d’un pouvoir ou d’un élu. Avec cet inique projet de loi qui visait à changer les règles du jeu pour garder le pouvoir quoiqu’il arrive, le président Wade et ses hommes de mains se sont heurtés à une détermination plus grande que la leur pour combattre l’excès. Avec cette révolte, les sénégalais ont dit définitivement démontré qu’ils ne sont pas prêts à accepter le recul de leur modèle démocratique qui a pendant un demi siècle fait leur fierté.
Il est heureux qu’il en soit ainsi. Les lâches qui sont prêts à tout pour monter dans l’estime de Wade doivent comprendre ce qu’il en coûte de porter et de défendre des projets ignobles contre le peuple et son intérêt. Les cinq sages du Conseil constitutionnel qui doivent valider ou invalider sa candidature, s’ils sont si sages, savent ce qu’ils doivent faire. Pendant tout le temps que Abdoulaye Wade tirait sur la bête et qu’elle ne s’était pas vengée, il avait fini par croire que le sénégalais ne se priverait jamais d’un repas pour défendre une cause ou un principe de la Constitution. Ce fut une idiote conviction et une grave erreur de jugement. Il croyait connaitre les sénégalais le voilà obligé de reconsidérer ses certitudes. La journée de jeudi aura permis au moins de changer la conception que Wade se fait des sénégalais. Des êtres éternellement inertes, adorant le gain facile et sans valeurs ou principes. Et pourtant il n’a cessé d’être averti contre ces faux sourires qui trahissaient colère et furie contenues. C’est comme si « un pot de chambre lui masque le ciel étoilé » comme dit le poète. Les peuples ont des legs qu’ils veulent transmettre et sa sauvegarde n’est pas soumise aux fluctuations d’intérêts personnels.

Manifestation du 23 juin 2011 (Photo : Opposition sénégalaise devant l’Assemblé nationale à Dakar - Crédit : Le populaire)
Pendant plus de dix ans Abdoulaye Wade a pris du plaisir à humilier les sénégalais. Il leur aura dit qu’ils ne travaillent pas comme lui et sa famille. Fainéants, donc. Il leur aura dit qu’ils ne ferment la bouche que quand ils dorment. Volubiles, donc. Il leur aura dit que chacun d’entre vous a un prix. Des gadgets, donc. Et même quand le peuple, fatigué de mauvais choix budgétaires verra des dizaines de milliards investis dans une satanique statue, Wade se retournera contre une des religions, blessant tout le peuple quand il a identifié le culte chrétien à de l’idolâtrie. On passera sur les multiples coups de boutoir qui ont vachement éprouvés les institutions pendant son règne.
A la place Soweto ce jeudi, les symboles étaient forts. Rarement on aura vu une telle ferveur des sénégalais hors du domaine religieux. Une handicapée physique voilée sur sa chaise roulante a risqué sa vie pour se joindre à la foule devant l’assemblée nationale. La foule en transe chantait l’hymne national et brandissait le drapeau du Sénégal. Le sursaut était dicté par le danger qui guettait la république. La colère était saine.
(AfriSCOOP Editorial ) — Quelle Histoire ! Le jeudi 23 juin 2011 est historique. « L’histoire est en marche » comme aurait dit Arnold Toynbee. Par la force du peuple –pas la rue- qui a exigé et obtenu le retrait du projet de loi qui devait permettre au pouvoir sortant de passer dès le premier tour avec 25% des suffrages exprimés, les sénégalais savent plus clairement ce qu’ils peuvent obtenir dans l’union et la détermination, quand l’essentiel est en jeu. Le peuple véto vous salue bien.

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