Vendredi, 01 Juillet 2011


Là où passe le président rwandais, même quelques minutes, tout doit paraître beau et en bon état : des routes sans trous, pas de mendiants, des arbres peints… Pourquoi et avec quel budget, s'interrogent les habitants ? Reportage à Huye au sud du Rwanda. Il reste encore quelques marques de peinture à la chaux sur les arbres le long de la route qui relie le district Huye, au sud du Rwanda, à Muhanga.
Ce sont les derniers vestiges des décorations faites lors de la visite du président de la République à Huye à la mi-mai dernier. Les bords de la route avaient été nettoyés, les trous rebouchés juste deux jours avant cette visite. Ces rapides changements avaient interloqué la population. "Probablement que le président va visiter notre district", disaient alors les gens de Muhanga.
Des trous présents depuis longtemps sur les routes ont vite été comblés. "À force de vouloir éviter ces fossés, nous courions des risques d’accident en les contournant surtout la nuit", se félicite un motard de Muhanga.
Là où le président doit passer, les routes restées longtemps en mauvais état retrouvent une nouvelle jeunesse. "À peine la nouvelle de cette visite était-elle connue, que cette route en terre battue a bien vite été compressée", s’étonnent les habitants de Cyarabu, un quartier de la ville de Butare au Sud.
À quelques pas de là, en effet, le président devait inaugurer un marché moderne : "C’est parce qu’ils savent bien qu’il va y jeter un coup d’œil. Croyez-vous que dans les quartiers retirés de cette même ville où le président n'a pas mis les pieds la situation est la même ?", s’interroge à son tour Manikuzwe Ismaël* de Butare.
En effet, excepté pour accéder à ces lieux visités, la route principale et d'autres passages n'ont pas été réhabilités. Selon les autorités locales, qui ne veulent guère s'exprimer sur ce sujet, il est de leur devoir de bien préparer la visite du chef de l'État, "y compris par l’aménagement des routes". "En outre, ajoutent certains responsables, "d’autres choses se font ici et là, comme la construction des infrastructures de base, la réhabilitation des centres, mais les gens ont tendance à ne regarder que les petits détails."
Qui paye ?
Pour Manikuzwe comme pour bon nombre d’habitants de Huye, ces travaux, entraperçus à peine quelques minutes par le président lors de son déplacement, empêchent de mener d'autres activités. "D’où vient l’argent pour réhabiliter les routes à la dernière minute ?
Quand tous les arbres au bord des routes sont peints, cela figure-t-il dans le budget des districts ?", s’interroge pour sa part un professeur d’une institution supérieure. D'autant que le président lui-même n'est pas dupe. "Comment une ville comme Butare qui abrite l’université nationale peut-elle demeurer dans la poussière ?", a-t-il demandé.
Pour la population rassemblée devant le stade pour parler avec lui, lui poser des questions et faire des propositions, il faisait ainsi allusion à la route jadis macadamisée, devenue poussiéreuse et compactée à la hâte pour son arrivée. "S'il le dit ainsi, c’est qu’il sait bien que les districts ont les moyens de le faire", commente à son tour Kamana Marcel*.
Malgré tout, ces réalisations réjouissent les habitants, comme ce chauffeur de Nyamagabe, qui se souvient d'un malade arrivé mal en point à l'hôpital tant sa voiture auparavant sautait de trou en trou sur les quelques mètres du parcours.
Pas de mendiants le long de la route
Pas question non plus pour le président de croiser des mendiants. "Les abategetsi (autorités) m’ont éloignée de la route. Je suis allée à quelques mètres. Après son passage, je suis revenue sur mon site", témoigne une sexagénaire handicapée de Muhanga qui se déplace en se traînant sur le sol et passe toute la journée à mendier.
Elle espérait pourtant beaucoup de cette visite du président. "Je sais qu’un jour Dieu me donnera la chance de m’approcher du micro et de parler de mes problèmes. Je ne suis pas contente de rester assise ici en mendiant.
Pourquoi les autorités me cachent-elles quand il va passer ?", regrette-t-elle toute triste.
"Nous avons un vaste programme pour aider les pauvres y compris les mendiants", répond un agent du district Muhanga niant qu’un ordre officiel ait été donné de les expulser du bord des routes.
D'autres mesures ont été prises, toujours pour montrer la ville sous le meilleur jour possible. Ainsi, bien que la loi sur les constructions exige que les chantiers soient clôturés jusqu’à leur achèvement, "on nous a obligé à enlever des tôles de la clôture alors qu’un de nos bâtiments est encore en construction", rapporte un des promoteurs de ce nouveau bâtiment à vitres bleues, qui sera le plus beau de la ville de Gitarama.
Fulgence Niyonagize
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