dimanche 14 octobre 2012

Kinshasa commente François Hollande

12 octobre 2012


Kinshasa a joué la montre avant l’ouverture du 14eme sommet de la francophonie qui doit rassembler plus de 3000 délégués du 12 au 14 octobre.

Partout s’affairent des peintres, des plombiers, des employés municipaux emportent les dernières charrettes de détritus et à l’aéroport, en dehors des voies balisées, les chaussures restent collées dans l’asphalte encore frais.

Sans aucun doute, la ville est méconnaissable avec ses larges avenues bien éclairées, ses trottoirs piétonniers, ses feux de signalisation, ses gratte ciels en construction…

Mais les atours retrouvés de Kin la Belle sont déjà éclipsés par un coup de théâtre venu de Paris, où le président François Hollande, sans ménagements, a déclaré en présence du secrétaire général de l’ONU que « la situation en RDC est tout à fait inacceptable sur le plan des droits, de la démocratie et de l’acceptation de l’opposition. »

Des propos aussitôt recadrés par le porte parole du gouvernement, Lambert Mende, qui a déclaré que « ces propos ne correspondaient à aucune réalité », invitant le président français à « compléter son information. »

Si cette réplique se veut mesurée, en coulisses, les réactions pourraient être beaucoup plus vives et dans la rue le débat va bon train : « avant même d’arriver, on insulte son hôte, cela ne se fait pas », dit Philippe, un vendeur de journaux, tandis qu’un jeune journaliste rappelle qu’à Kinshasa seulement il y a plus de 50 chaînes de télé dont la plupart sont hostiles à Kabila…
Par contre, les « parlementaires debout », qui commentent inlassablement les titres du jour sans avoir les moyens d’acheter un journal, se préparent à accompagner samedi le vieux leader qui devrait rencontrer le président français à la résidence de l’ambassadeur de France.

Porte parole d’Etienne Tshisekedi, Albert Moleka a invité les « combattants » à accompagner pacifiquement le « président élu » en formant un cortège qui traversera la ville depuis Limete jusqu’aux rives du fleuve.

Cette promenade de soutien donne déjà des sueurs froides à tout le monde : «nous redoutons les provocations, les débordements des services de sécurité, alors que déjà Limete est sous haute surveillance » nous déclare Moleka tandis que les autorités espèrent qu’en ces jours de sommet « fériés, chômés et payés » les citoyens décideront de rester chez eux et de ne pas gâcher la fête.

On peut gager que la garde républicaine sera mobilisée pour canaliser les manifestants en amont et sans doute les empêcher d’atteindre le centre ville.

Sur le fond, comment expliquer la sortie de François Hollande ? Assurer que le président français serait « mal informé », qu’il ne connaît guère l’Afrique et encore moins la République démocratique du Congo, un pays qui ne fait pas partie du « pré carré » franco africain, que Kabila n’a pas donné satisfaction aux ambitions économiques de la France, en en particulier de la société Areva chargée de prospecter les ressources en uranium, est sans doute un peu court.

En réalité, si le président français, longtemps hésitant, s’est décidé à venir à Kinshasa, c’est parce qu’il a été talonné par l’Organisation internationale de la francophonie, pressé par les collègues africains de Kabila et finalement convaincu de l’importance que revêt le plus grand pays francophone d’Afrique.

Mais Paris avait posé quelques conditions, assez modestes au demeurant : une réforme de la Commission électorale indépendante, la poursuite du procès en appel des assassins de Floribert Chebeya et l’examen des responsabilités de l’ex-chef de la police le général John Numbi, le rétablissement du visa de « résidence » accordé au cinéaste Thierry Michel. Sur aucun de ces points, satisfaction n’a été donnée : la réforme de la CENI n’est pas terminée, le procès Chebeya reprendra après le sommet de la francophonie et Thierry Michel attend toujours.

A cela, Kinshasa répond que les diverses procédures sont en cours et ne peuvent entrer en collision avec l’agenda d’une rencontre internationale, attirant l’attention des « amis francophones » sur une priorité autrement plus dramatique : la guerre à l’Est, la perte de contrôle d’une partie du territoire, les centaines de milliers de déplacés.

Sur ce point en effet, les Congolais remarquent avec amertume que la France se montre singulièrement discrète, s’abstenant de toute mise en cause du Rwanda et de toute dénonciation des violations des droits de l’homme commises par les mutins du M23, même si François Hollande a dénoncé l’ « agression » sur la frontière du Kivu.

Au-delà de ces polémiques, il est certain que l’atmosphère se tend : sous les parures de la fête et les sourires de l’accueil, on devine la poigne d’un régime fragilisé, qui n’entend permettre aucun débordement.

La classe politique est la première à en faire les frais : Jean Chalupa, un député élu en 2006, passé à l’opposition en 2011 aux côtés de Tshisekedi, vient d’écoper de quatre années de prison ferme, au motif que la nationalité de ce « Congolais blanc » aurait été usurpée.

Une accusation qui, si elle était appliquée à tous, éclaircirait les rangs de la classe politique où nombreux sont les détenteurs de passeports étrangers…

Le carnet de Colette Braeckman

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