samedi 29 mars 2014

Les trois moments électoraux paradigmatiques de l’histoire de la RDC


Mbelu Babanya Kabudi

Si les majorités congolaises étaient si bêtes à manger du foin, pourquoi sont-elles malmenées de l’extérieur et de l’intérieur depuis les 1960 (et même avant) jusqu’à ce jour ? 

Tous les bruits faits autour de révision de ‘’la constitution de Liège’’ ne sont-ils pas des preuves a contrario de leur indomptable sens patriotique? Il parait, en effet, que quand elles sont bien préparées, bien éduquées, formées et informées civiquement : quand elles se mobilisent et se mettent debout, les majorités congolaises – pas la MP- deviennent ‘’dangereuses’’ !

En 1960, l’ex-métropole organise les élections au suffrage universel. Le MNC de Lumumba et ses alliés les gagnent. Mais ils ne contrôlent ni l’économie du pays, ni l’administration, ni l’armée et la police. Ils ne contrôlent rien. 

Et le mot d’ordre ‘’après l’indépendance = avant l’indépendance’’ va être mis en pratique. Les forces du statu quo et leurs alliés finiront par neutraliser les différents mouvements de résistance et de protestation nés du refus de l’application de ce mot d’ordre. 

Quelques compatriotes congolais réunis autour de Mobutu finiront, avec l’appui des ‘’maîtres du monde’’ impliqués dans la guerre froide, par réduire l’indépendance du Congo à son aspect purement et simplement formel. 

Lumumba et plusieurs de ses compagnons seront tués. Pendant plus de trois décennies, plusieurs d’entre nous mettrons entre parenthèse les sacrifices et les luttes ayant précédé l’accession du Congo à l’indépendance pour danser à la gloire de ‘’l’aigle de Kawele’’. 

Néanmoins, ‘’un petit reste ‘’ replié dans certains maquis du monde veillera ; elle sera vigilante.

Quand ‘’le dernier Maréchal’’ de l’Afrique malade perd de son aura et que ses créateurs l’estimant ‘’créature de l’histoire’’ décident de changer la donne politique en Afrique des Grands Lacs, ils vont jouer sur la fibre sensible des ‘’Zaïrois(es) soumis(es) aux programmes d’ajustement structurels de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international pour impulser un changement qu’eux-mêmes maîtrisaient. 

Ils vont, tactiquement se servir d’un maquisard ayant appartenu à ‘’la génération Lumumba’’ et combattu Mobutu pour maquiller leur appétit cynique de devenir les maîtres incontestés et incontestables du Congo par des proxys interposés. 

Museveni et Kagame se serviront de Laurent-Désiré Kabila comme marchepied pour berner les ‘’Zaïrois(es)’’ épris(es) de liberté et assouvir la soif de domination des ex-maîtres de Mobutu.

En 1996-1997, plusieurs compatriotes rejoindront Laurent-Désiré Kabila et entraîneront plusieurs autres à crier dans les rues de différents villages et villes du pays : « Libérés, libérés, libérés!» 

Ces compatriotes croyaient être ‘’libérés’’ sans avoir la maîtrise des tenants et des aboutissants de la guerre d’agression et de prédation ayant conduit à cette libération de pacotille. Les enjeux leur échappaient. 

Et quand Laurent-Désiré Kabila tentera de se débarrasser de ceux qui l’avaient porté au ‘’pouvoir-os’’, il sera assassiné le 16 janvier 2001. (Lumumba fut assassiné le 17 janvier 1961. Et-ce anodin ?) A qui profitera ce crime ? Qui montera sur ‘’le trône ‘’? Monsieur Joseph Kabila.

Cette montée aventureuse de Joseph Kabila sur ‘’le trône’’ sera légitimée par les mêmes maîtres du monde au travers d’une élection au suffrage universelle-bidon prise en charge par l’Union Européenne en 2006. 

A l’issue de cette élection, un Congolais, challenger de Joseph Kabila son deuxième round, Jean-Pierre Bemba, avouera qu’il a accepté l’inacceptable. 

Longtemps après son incarcération à la CPI, un livre[1] très bien documenté viendra attester que les élections de 2006, émaillées de crimes et de censure, étaient une mascarade au profit de Joseph Kabila et de la sauvegarde du ‘’pouvoir’’ de Paul Kagame au Rwanda. Plusieurs compatriotes ayant soutenu ‘’Igwe’’ iront à la mangeoire de la ‘’kabilie’’.

En 2011, ‘’les maitres du monde’’ récidivent au grand dam des masses mobilisées comme un seul homme derrière Etienne Tshisekedi. 

Un journaliste Belge en témoigne dans un article intitulé ‘’Il est minuit moins une à Kinshasa’’. Arnaud Zajtman, parce que c’est de lui qu’il s’agit, note qu’à l’issue des élections de novembre et décembre 2011, la RDC a subi le même coup que celui qui lui a été assené en 1961 après l’assassinat de Lumumba.

Ces élections émaillées de plusieurs fraudes et tricheries ont profité au ‘’raïs’’. Depuis lors, il gère son pouvoir fantoche avec l’appui de plusieurs mangecrates congolais et celui de ses parrains extérieurs.

Ce parcours assez chaotique de l’histoire congolaise appelle certaines observations. La victoire des nationalistes congolais et de leurs alliés aux élections de 1960 fut un mauvais signal pour ‘’les maîtres du monde’’ et leurs nègres de service. 

Croyant que cette fibre nationaliste (dans le sens de patriotique) allait être brisée après les trois décennies de Mobutu, ils se sont rendus compte, au cours de la guerre du mois d’août 1998, que les Zaïro-Congolais sont majoritairement ‘’chauvins’’. 

Ou qu’ils le deviennent quand les enjeux face auxquels leur pays est exposé leur sont bien expliqués. 

Rappelons que la chanson ‘’Tokufa mpo na Congo’’ et plusieurs entretiens tenus par Laurent-Désiré Kabila ont contribué, dans une certaine mesure, à la mobilisation tous azimuts des Congolais(es) contre la guerre rwando-burundo-ougandaise de 1998. 

Le sachant, ‘’les maîtres du monde’’ ont mobilisé et l’argent et l’armée (Eufor) pour ‘’voler’’ la victoire congolaise aux élections de 2006.

‘’Récidivistes’’, plusieurs compatriotes ont travaillé à leur rassemblement pour qu’ils emportent les élections de 2011 en plébiscitant Etienne Tshisekedi. Mais ‘’la raison du plus fort fut la meilleure’’. Les rapports de force ont joué en faveur de ‘’nouveaux prédateurs’’. 2011 fut un fiasco.

Contrairement à toutes les critiques formulées à l’endroit des populations congolaises, une analyse froide de leur parcours politico-historique semble révéler que bien formées civiquement, bien informées et bien mobilisées, elles savent faire des choix patriotiques conséquents. 

Les trois moments paradigmatiques des élections organisées en RDC en témoignent.

Même si rester mobilisées patriotiquement avant, pendant et longtemps après les échéances électorales, ne leur est toujours pas facile. Il arrive que certaines distractions, des spiritualités imbécilisantes, la misère et la pauvreté les détournent de leur devoir citoyen d’être toujours vigilants. 

Sachant cela, ‘’les maîtres du monde ‘’ et leurs nègres de service cherchent à trouver des formules leur permettant de corrompre beaucoup plus facilement les vieux dinosaures et les nouveaux prédateurs pour permettre à leurs ‘’chevaux de Troie’’ d’avoir une certaine légitimité formelle. C’est ridicule. 

Mais comme dirait Alain Badiou, « la classe dominante est cynique ». Et le ridicule ne la tue pas.

Tous les bruits autour de ‘’la constitution de Liège’’ et de sa révision sont un témoignage a contrario de l’indomptable sens patriotique des majorités congolaises.

Se faire fabriquer une constitution et se mettre à la modifier à toutes les échéances des élections-bidons est un signe qui ne trompe pas. 

L’une des leçons que nous pouvons tirer de toute cette agitation est que les majorités congolaises, malgré leur sens patriotique, ne sont pas les initiatrices des processus qu’elles arrivent à convertir en leur faveur avant que ‘’les Chevaux de Troie’’ ne s’en emparent violemment ; sans aucun respect pour la dignité humaine.

Comment, fortes de cette histoire, ces majorités peuvent-elles cultiver la conscience historique et reprendre l’initiative historique ? L’un des grands défis est là. 

Les différentes associations, mouvements citoyens et partisans congolais devraient s’y pencher et échanger leurs propositions sans qu’il soit nécessairement important de les mettre sur la place publique.

De toutes les façons, en relisant cette histoire, les Congolais(es), dans leur immense majorité, devraient quand même être fier(es) de leur capacité de rebondissement et de leur sens patriotique. 

Peut-être qu’il leur faudra, à un certain moment, créer une association ‘’inamovible’’ de ‘’gardiens de la République’’, capable de consentir des efforts de résistance et de mobilisation avant, pendant et après toutes les échéances importantes qu’ils (elles) créent ou que l’histoire leur impose.

Supposons que demain, ‘’les Chevaux de Troie’’ en RDC modifient leur ‘’constitution de Liège’’, cela ne devait pas conduire les patriotes et autres résistants Congolais à baisser la garde. Ils peuvent faire de leur ‘’feuille de chou’’ ce qu’ils veulent. 

En principe, cela ne devrait pas concerner outre-mesure les patriotes et les résistants Congolais, jeunes, adultes ou vieux, engagés dans la lutte d’émancipation politique contre la mise sous tutelle internationale et l’occupation de la RDC par les pays voisins. 

L’unique rendez-vous qu’ils auraient à prendre avec l’histoire devrait être celui de la victoire sur toutes ces forces de la mort.
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Mbelu Babanaya Kabudi

[1] C. Onana, Europe, crimes et censure au Congo. Les documents qui accusent, Paris, Duboiris, 2012. Ce livre se comprend mieux à partir de la présentation que son auteur en a fait à Bruxelles à travers ce lien : http://www.youtube.com/watch?v=JRktigh-ZO4
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