samedi 24 octobre 2015

Congo-Brazzaville: Denis Sassou-Nguesso en dix dates

le 23-10-2015
 
 

Le président congolais Denis Sassou-Nguesso. AFP PHOTO / THIERRY CHARLIER

Denis Sassou-Nguesso, 71 ans, fait face à des mouvements de fronde à Brazzaville avant le référendum constitutionnel du 25 octobre. Le nouveau texte lui permettrait de briguer un troisième mandat. Ce référendum est contesté par une partie de l’opposition et de la société civile. Retour sur le parcours d’un chef d’Etat qui a passé 31 ans au pouvoir.

1968, commandant du Groupement aéroporté


A 22 ans, en 1965, le lieutenant Denis Sassou-Nguesso intègre le premier bataillon de parachutistes de l’armée congolaise, qui mène une fronde d’officiers « progressistes » contre Alphonse Massamba-Débat, président depuis 1963 et instaurateur du parti unique en 1964. Marien Ngouabi, commandant des parachutistes, est arrêté en juillet 1968. Ses hommes le libèrent pour en faire le chef d’un Comité national de la révolution (CNR). Denis Sassou-Nguesso en est membre, comme du nouveau parti unique marxiste-léniniste, le Parti congolais du travail (PCT), fondé en 1969.

1975, ministre de la Défense


Le PCT fait face à de fortes dissensions internes, menant à la dissolution du bureau politique, remplacé par un état-major spécial révolutionnaire (EMSR) de cinq membres, parmi lesquels Denis Sassou-Nguesso. Il prend du grade rapidement et devient en décembre 1975, à 32 ans, ministre de la Défense et de la sécurité.

1979, accession au pouvoir


Marien Ngouabi est tué en 1977 chez lui, et un Comité militaire du parti (CMP) institué, qui abroge la Constitution de 1973 et les institutions. Joachim Yhombi-Opango devient président du CMP et de la République, Denis Sassou-Nguesso premier vice-président et toujours ministre de la Défense. Des luttes de palais éclatent au bout d’un an. Denis Sassou-Nguesso pousse à la tenue d’une session extraordinaire du comité central du PCT, le 5 février 1979, qui met en minorité Yhombi-Opango et dissout le CMP. En mars 1979, il est élu par le PCT président du comité central et président de la République pour cinq ans.

1989, un président reconduit par son parti


Une nouvelle Constitution est adoptée par référendum en 1979. L’exploitation de gisements pétroliers, à partir de 1980, ouvre une ère de relative prospérité. Un plan quinquennal de développement est lancé en 1982 et le président reconduit en 1984 et 1989 par son parti, sur fond d’ajustement structurel et de crispation politique. Des procès sont intentés pour « atteinte à la sûreté de l’Etat » à l’ex-président Yhombi-Opango et d’autres personnalités.

1992, l’alternance


Le comité central du PCT sépare le parti de l’Etat en juillet 1990, dans la foulée du discours de La Baule de François Mitterrand sur la démocratisation de l’Afrique. Il faudra un bras de fer avec les syndicats et une grève générale en septembre 1990 pour que le multipartisme soit autorisé. Une conférence nationale se tient en 1991, débouchant sur une nouvelle Constitution, en 1992, et des élections. Denis Sassou-Nguesso les perd, arrivant en troisième position avec 16,9% des voix. Pascal Lissouba, de l’Union panafricaine pour la démocratie sociale (UPDS), est élu président en août 1992.

1995, exil en France 


L’accord de gouvernement, conclu entre le PCT et l’UPDS, ne satisfait pas l’ex-parti unique. Des législatives anticipées se soldent par un conflit armé entre le pouvoir et l’opposition, qui en conteste les résultats. Un climat de guerre civile s’instaure, avec création de milices à la solde des partis politiques. Denis Sassou-Nguesso s’exile en 1995 en France, pour deux ans de traversée du désert.

1997, reprise du pouvoir par les armes 


Il revient en janvier 1997 au Congo, accueilli triomphalement par la population, pour faire campagne. Le 5 juin 1997, sa résidence privée est encerclée par des militaires à Brazzaville. Les « Cobras », sa milice, encadrée par d’anciens officiers, réplique. Les combats s’enlisent. Le soutien angolais aux Cobras contraint Pascal Lissouba à l’exil, en octobre 1997, au terme d’une guerre civile qui a fait 400 000 morts. Denis Sassou-Nguesso se proclame président à 53 ans et lance une transition.

2002, une nouvelle Constitution 


Un régime présidentiel est instauré, avec un mandat de sept ans renouvelable une seule fois, et un âge limite fixé à 70 ans pour les candidats à la présidentielle. Denis Sassou-Nguesso est élu en mars 2002 à l’issue d’un scrutin contesté, auquel les opposants de poids n’ont pas concouru.

2009, réélection 


Les inégalités se creusent au Congo, où le salaire minimum passe en 2007 à 40 000 francs CFA (61 euros), et où 70 % de la population vit sous le seuil de pauvreté. Les dépenses ostentatoires des dirigeants font couler de l’encre. Le parquet de Paris ouvre en 2007 une enquête sur les « biens mal acquis » à l’encontre de Denis Sassou-Nguesso, Omar Bongo et leurs entourages. Le président sortant est réélu avec 78 % des voix au premier tour, en juillet 2009, avec un taux de participation officiel de 66 % qui contraste avec celui de 5 % observé lors des élections locales de juin.

2015, référendum constitutionnel


Le climat politique se tend, en raison des consultations lancées par le chef de l’Etat en vue d’une modification de la Constitution, afin de pouvoir briguer un troisième mandat. Le camp présidentiel assure vouloir retourner à un régime semi-parlementaire, mais la fronde, à l’approche du référendum constitutionnel prévu pour le 25 octobre, débouche sur des manifestations le 17 octobre à Pointe-Noire et le 20 octobre à Brazzaville. La police tire à balles réelles sur les manifestants, faisant plusieurs morts.
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Sabine Cessou
 

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