![]() Allassan Ouattara |
A peine Laurent Gbagbo mis aux arrêts, au moment où les Ivoiriens s’apprêtaient à pleurer puis à enterrer leurs morts avant de faire leur deuil, il nous revient de façon récurrente, l’hypothèse d’une réconciliation nationale. Or, en temps normal, c’est à la fin de ce long et pénible processus que ladite réconciliation pouvait se projeter. Alors, la question de fond que nous posons au premier ministre Alassane Ouattara est de savoir s’il a un problème avec les Ivoiriens ou si la réconciliation nationale est un rituel de gouvernement ? Par ailleurs, l’union à laquelle il appelle les Ivoiriens est-elle pour entériner le coup d’Etat franco-américain contre le pouvoir de Laurent Gbagbo ? En clair, sa réconciliation est souhaitée pour quoi faire exactement ? La réponse à ces différentes questions nous amène à faire un état des lieux (1), ensuite à poser les conditions d’une éventuelle réconciliation nationale (2). I) L’état des lieux. Le premier ministre Alassane Ouattara ne peut pas honnêtement dire qu’il ne savait pas que les Ivoiriens ne l’accepteraient jamais quelle que soit la manière dont il arriverait au pouvoir. D’aucuns disent même que feu Félix Houphouët Boigny, lui aurait déconseillé de briguer un mandat électif… Après le rappel à l’ordre des suites de sa velléité successorale de 1993 contre le président Bédié, il a fait une fuite en avant en fomentant ou finançant des coups d’Etat dont celui de décembre 1999 qui se solda par la chute de son rival d’antan. Même sous le général Robert Guéï, il continua dans la préparation du désordre jusqu’à l’arrivée de Laurent Gbagbo en octobre 2000. Ce dernier croyant bien faire, a tenté un forum de réconciliation nationale. Monsieur le premier ministre Alassane Ouattara a montré une panoplie de dossiers de ses parents et grands parents qui laissaient à désirer. Bref, chacun comprit le caractère loufoque de la prestation d’ADO. Malgré l’ouverture prônée par le président Laurent Gbagbo, vingt trois mois après son élection, une tentative de coup d’Etat intervint dans la nuit du 18 au 19 septembre 2002. Devant son échec patent, elle se mua en rébellion qui tergiversa jusqu’en novembre 2010. Ce rappel douloureux du passé a été évoqué pour dire que le premier ministre Alassane Dramane Ouattara a toujours eu le sentiment que c’est lui qu’il fallait à la Côte d’Ivoire et personne d’autre. Au moment où il devait démontrer juridiquement qu’il est bel et bien ressortissant ivoirien, il a préféré la manière forte par des menaces dans le genre : «(…) Je rendrai ce pays ingouvernable » ou « quand je frapperai ce pouvoir moribond, il tombera …» et même, dira-t-il encore « je n’attendrai pas 2005 pour arriver au pouvoir… ». Maintenant que son coup d’Etat a réussi, et qu’Il a la latitude de gouverner sans partage ; c’est en ce moment-là qu’il se rend compte qu’il y a d’autres personnes que lui dans ce pays. Nulle part en Afrique, les dozos ne sont associés au pouvoir d’Etat, si ce n’est en Côte d’Ivoire, par le fait du premier ministre ADO. Dieu seul connaît la cruauté de ces chasseurs dans la brousse. Et leur espace de jeu transposé en pleine ville a donné libre cours à des tueries violentes de personnes humaines… Au moment où le sang frais des victimes ruissèle encore dans les caniveaux, le conspirateur franco-américain appelle à une réconciliation nationale. Celui qui peut le plus ne peut-il pas le moins ? Pour l’heure, nous estimons vivre dans une république où il y a des lois. Et ces normes ne sont pas faites pour garnir les livres, mais plutôt pour être respectées en vue d’une vie en société civilisée. ADO a-t-il vraiment besoin de réconciliation ? Il s’inquiète du sort de deux français enlevés en Côte d’Ivoire au moment où des milliers de centaines d’Ivoiriens sont suppliciés et il n’en a cure. Le français assassiné par ses sbires dans un hôtel à Yakro, n’est-il pas un humain comme les autres, si tant est que, seuls ces étrangers possèdent un certificat d’humanité ! C’est le moment pour lui de dire au monde entier, mais surtout à la communauté ivoirienne, en quoi lui ADO est l’homme qu’il faut absolument à la Côte d’Ivoire, même s’il doit enjamber des milliers de morts pour s’asseoir sur le fauteuil présidentiel. Si c’est pour nous servir les thèses des années soixante, nous disons non, car l’endettement outrancier n’est pas la solution de nos jours. La dette est un instrument de domination perpétuelle d’autant plus que notre pays est l’un des plus endettés au monde. Laurent Gbagbo n’a –t-il pas négocié le statut PPTE ? (Pays pauvre très endetté). Or ADO-la-solution ne jure que par l’endettement, métier de banquier oblige. Est-ce pour en arriver à ça qu’il a fallu tuer tant de monde ? Pour nous unir comme autrefois, cela demande des conditions. II) Les conditions de la réconciliation. Ne nous voilons pas la face dans ce pays où nous sommes condamnés à vivre ensemble. Et c’est malheureux qu’ADO ait pris pour slogan de campagne : le vivre ensemble. Quand on lit l’opus de Guillaume Soro (Pourquoi je suis devenu rebelle), on se rend compte que la vraie raison est ailleurs que celle qu’il avance. Selon le jeune Soro, l’une des principales raisons de sa rébellion est d’avoir été lui-même considéré comme un étranger dans son propre pays. Seulement, il ne cite aucune loi ni décret émanant d’une autorité politique ou administrative qui aurait pris cette norme. Pire, il n’existe pas dans notre pays, des archives qui attestent qu’il y a eu une marche de protestation contre ce traitement des « nordistes ». Par ailleurs, les forces de l’ordre et autres qui se seraient rendues coupables de telles exactions, à supposer que cela soit avéré, il faut noter que c’est par voie de concours qu’elles sont entrées dans ces métiers (police et gendarmerie). Ce qui suppose qu’il y a des nordistes dans la police comme dans la gendarmerie. Alors les nordistes de ces corps d’Etats se faisaient-ils hara kiri pour être conformes à l’esprit de leur corps ? Ce qu’ils ont dénoncé pour justifier leur rébellion, nous l’entendons à grande échelle pour commettre des pogromes actuellement. Duékoué est souvent cité, mais il y a pire ailleurs. Les vols, viols, assassinats n’ont pas encore été comptabilisés afin de situer les responsabilités. En plus, les premiers qui ont semé la mort et la désolation n’ont pas encore été jugés et l’on raconte des inepties dans le sens de juger Gbagbo et ses refondateurs. S’il y a un tribunal pénal international, il faudrait que le premier ministre Alassane et son petit Soro en ouvrent le bal avant d’être suivis s’il y a lieu, par le président Gbagbo et consorts. Cela paraîtrait plus proche de la justice ; parce que celui qui le premier a agressé la légalité doit subir la rigueur de la loi selon le même ordre. Enfin, s’il n’y a pas de justice, il ne saurait y avoir de réconciliation nationale. Or la justice passe par l’indemnisation de ceux qui par la faute des hommes politiques et leurs tueurs, ont tout perdu. Ensuite, les morts ; les milliers de morts dans les deux camps, doivent être dédommagés par leurs ayant-droit interposés. Ce n’est qu’à la suite de tout cela qu’on peut chercher la réconciliation et écrire en lettre d’or, plus jamais ça. Le cas échéant, ce serait mettre la charrue avant les bœufs. Plus jamais ce comportement à la ADO qui ne sait pas attendre son tour, à supposer qu’il en ait un. Plus jamais cette stupide idée qui consiste à dire qu’un tel est le messie ; traduit en malinké par l’expression « Na kaman ». A Mama, il n’y a pas plus de christ qu’à Bélégban encore moins à Sindou (Burkina-F.). C’est cette façon de voir qui a été le début du désordre que nous déplorons tous aujourd’hui. La démocratie pluraliste et participative que nous voulons a-t-elle besoin de messie ? Julius Blawa Gueye |
| source : Julius Blawa Gueye |
vendredi 20 mai 2011
La charrue avant les bœufs
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